Vendredi 11 décembre 2009 5 11 12 2009 19:55

Achgabat, Régis Genté



En cette fin novembre, en ces terres arides du Turkménistan, des guirlandes et des ballons gonflables ont été accrochés aux marches du palais Sergi Köşgi, un édifice de marbre blanc, construit par Bouygues en 2005. Le 14ème salon annuel du pétrole et du gaz vient de s’ouvrir.

Les pétroliers du monde entier se sont donnés rendez-vous dans ce décor mi-pompeux soviet, mi-fête du Parti local. L’ancienne république soviétique d’Asie centrale, une des plus fermées de la planète, dispose, selon les estimations, des quatrièmes réserves de gaz du monde.

Poussée la lourde porte de verre et de métal doré du palais Sergi Köşgi, un immense portrait du Président Berdymoukhamedov s’impose à tous. Histoire de rappeler que pas un contrat ne se signe sans son aval ? Pas seulement. Des portraits du chef de l’Etat, il y en a partout au Turkménistan. Jusqu’ici, dans ce palais où sont rassemblés 160 exposants, dont la moitié d’étrangers.


TK portrait entreeLe portrait du président turkmène est partout, jusqu'ici, à l'entrée du salon.


Le stand de Chevron, la major américaine, a des airs de bureau de poste turkmène. En son centre, trône l’image du chef de l’Etat en veste sombre et cravate rouge. La même image, encadrée d’or comme il se doit, est aussi présente sur le stand de la société allemande RWE: en avril dernier, elle a décroché un permis d’exploration dans ce pays longtemps fermé aux occidentaux.

Le vice-président du cabinet des ministres, Baimourat Hodjamoukhammedov, en charge de l’énergie, inaugure le salon. Promu  en juillet dernier, après une énième purge dans le secteur, il est prudent. Comme tous les responsables turkmènes, il porte costume et cravate noirs et veille à étouffer le timbre de sa voix, question de survie.

Au 2eme jour du salon, commencent les conférences. Cette année, elles sont annoncées sous l’intitulé suivant: « Le développement de l’industrie du pétrole et du gaz du Turkménistan à l’époque de la nouvelle renaissance et de la coopération internationale. » Le cycle de conférences débute par la lecture d’un message adressé par le Président. Mais avant, il faut écouter l’hymne national… d’ un avenir forcément radieux.

TK etudiants ConfDes étudiants ont été invités aux conférences pour combler les sièges vides du salon.

Une noria de cent choristes et musiciens emprunte les escalators du palais et se rassemble devant la scène de l’amphithéâtre. Les jeunes filles arborent une robe  turkmène rouge à broderies. Des traditionnels couvre-chefs de laine, les “takhia”, émergent de longues couettes tressées. Les hommes sont en costume noir, leur coupe au bol également coiffée de la “takhia”.

De sa voix volontairement monotone, M. Hodjamoukhammedov lit le message de « notre estimé Président. » Sous le gigantesque portrait du “chef”, le vice-président en charge de l’énergie se garde bien de rien annoncer. Ce qui facilite d’autant les querelles d’interprétation des innombrables et multiples experts présents.

Les Russes sont quasi absents. Aux grands messes, ils préfèrent les coulisses. Et puis, l’arrière-scène turkmène leur est infiniment plus familière qu’aux Européens ou aux Américains.

Même discrétion côté chinois. Même si, cette année, le responsable local du conglomérat pétrolier national, Lu Gongxun, s’est fendu d’un bref topo au nom du CNPC. Il le fallait bien: les responsables turkmènes font tous référence au gazoduc qui, en décembre, devrait acheminer leur gaz vers la Chine.

Les plus bavards sont les occidentaux, occupés à convaincre leurs hôtes de leur intérêt à « diversifier leurs routes » d’exportation et à utiliser leur technologie. Un peu de flatterie ne fait pas de mal: le représentant de Chevron, Douglas Uchikura, n’hésite pas. « La nouvelle Constitutionassure la protection des droits humains de base » , affirme-t-il avec aplomb.

Au 3eme et dernier jour de salon, de jeunes militaires et des écoliers méritants en quête de crayons et pin’s distribués par les exposants errent dans les allées. Les conférences ne font pas recette. Soucieux, les organisateurs placent des dizaines d’étudiants dans les sièges vides. Pas un ne parle anglais, pas un ne dispose d’un appareil pour écouter les traductions des orateurs. Ils contemplent les marbres du palais, l'illusion est presque parfaite...

L'AUTEUR


Régis Genté, 41 ans, vit à Tbilissi en Géorgie. Depuis bientôt huit ans, il passe son temps entre Caucase et Asie centrale. Il s’intéresse à la fois aux dynamiques de pouvoir dans ces régions et aux transformations profondes qui s’y produisent depuis la chute de l’Union soviétique. Il travaille notamment pour Radio France Internationale et Le Figaro.


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Lundi 7 décembre 2009 1 07 12 2009 11:09


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
 
Le 6 décembre, son invité était Jean-Thomas Ceccaldi, auteur du documentaire "Comme chez nous", commenté en dix plans illustrés dans le numéro 8 de XXI. Le pari du réalisateur: raconter la France depuis Coulommiers. Filmer des gens ordinaires affrontant un quotidien ordinaire dans une ville ordinaire.

Ecoutez l'interview.

Illustré par Séverin Millet.
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 12 2009 13:39

 


Un nouveau magazine naîtra le 8 décembre à San Francisco, et sera ensuite vendu dans les librairies et les kiosques du reste des Etats-Unis.  Panorama, c’est son nom, se présente comme un « prototype du journal du XXI ème siècle » : cinq mois de travail pour 380 pages d’enquêtes, de portfolio, de nouvelles, de dessins, de bande dessinée,  réalisés par des signatures comme  Miranda July, Stephen King, Art Spiegelman, Roddy Doyle, Michelle Tea, Michael Chabon, Wajahat Ali…

 


A l’origine du projet, la maison d’édition indépendante McSweeney's, fondée à San Francisco par Dave Eggers, un célèbre auteur et éditeur américain de 39 ans, admirateur de XXI ! « Nous pensons que la meilleure chance pour le magazine de survivre est de faire ce qu’internet ne peut pas : explorer toutes la richesse et les atouts d’un journal grand format. », estime-t-il. Panorama se présente comme un livre de 15 cm sur 22, avec un graphisme léché et des articles courant sur plusieurs pages.  Seul regret : c’est un pari sur un seul numéro. Pour l’instant ?

 

L.M.

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 12 2009 10:18


A l'école Joseph-Gomis de Fann, un quartier de Dakar, Madame Henriette N'Diaye fait la classe. En français. A l'école sénégalaise, il est interdit de parler wolof, sous peine de devoir porter le "symbole", un os de mouton accroché autour du cou. Micro ouvert dans une classe rude et tendre.





Linda Kebdani a réalisé ce reportage lors de son voyage de fin d'études de journalisme, au Sénégal. Dans le quartier de Dakar où elle est en stage, elle pousse par curiosité la porte d'une école et s'assoie sur un banc au fond de la classe. "Le contrastre entre la sévérité de la maîtresse et la douceur des enfants m'a tout de suite frappée. J'ai ouvert mon micro et je me suis laissée immerger..."

Dans la classe, un des élèves porte le "symbole" autour du cou.

L'AUTEUR

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Linda Kebdani, 26 ans, est diplômée de l'IPJ. Elle est inscrite sur le "Planning" de Radio France et pige pour différentes émissions de France Inter et pour Arte Radio.

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 16:10


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
 
Le 28 novembre, son invitée était Camilla Panhard, auteur du récit "La frontière des femmes", publié dans le numéro 8 de XXI. L'histoire de latino-américaines, en majorité très jeunes, qui tentent de rejoindre les Etats-Unis au péril de leur vie. En chemin, elles sont presque toutes violées et tombent souvent dans le trafic d'êtres humains.




©Chloé Poizat pour XXI

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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 11 2009 11:26


Depuis la chute du Mur de Berlin, la ville de Görlitz, située dans la campagne d’ex-RDA à la frontière polonaise, est devenue l’eldorado des retraités de l’Ouest.

 

 

« Papiland » : c’est ainsi que les médias ont surnommé Görlitz, la ville la plus à l’Est de l’Allemagne. Là où le soleil se lève en premier. « D’ailleurs, il brille plus souvent ici qu’en Westphalie », aime constater Rolf Achemann depuis son appartement flambant neuf. A 75 ans, ce solide retraité, ancien cadre dans l’industrie, fait partie des 400 « nouveaux Görlitzer », ces sexagénaires dynamiques qui ont fui l’Ouest pour la tranquillité de la petite cité du soleil. Un phénomène national : la ruée vers l’Est concerne 35 000 retraités depuis l’an 2000.

 

Un tour de Görlitz en bus pour les touristes du troisième âge.  D'initiative publique ou privée, les offres pour le bien-être et les divertissements des seniors ne manquent pas.


C’est en 2007, suite à un « reportage télévisé » que les époux Achemann visitent Görlitz, 57 000 habitants. Située le long du tracé de l’ancienne Via regia, l’une des plus importantes routes de commerce entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, la ville a longtemps été la halte obligée des marchands du Moyen Age. L’héritage Renaissance, Baroque et Art nouveau qui parsème les rues témoigne de ce passé prospère. Certains n’hésitent pas à affirmer que Görlitz, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est la plus belle ville d’Allemagne. Berlin est à 2h30, Dresde à 1h30.

 

Sur la place de la mairie, des répétitions de théatre en plein air. Le centre de Görlitz est classé par l'UNESCO patrimoine culturel mondial

 

Pour les Achemann, c’est le coup de foudre. Ils revendent leur maison de l’Ouest et louent un appartement, au cœur du vieux Görlitz, 115m2 pour 690 euros mensuels, charges comprises. Un choix incompréhensible pour leurs amis. Pourquoi aller s’enterrer dans la « pampa d’ex-RDA » ? Il y a tellement mieux, le Sud de la France, Majorque… Mais Rolf et sa femme sont ravis de ce « nouveau départ ». Entre les concerts d’orgue, le club cinéma ou le fitness studio « spécial 60+ », les activités ne manquent pas, leur carnet de bal affiche complet. L’intégration avec les gens du cru, les « Ossis », Allemands de l’Est, se déroule à merveille. « Après quarante ans de communisme, les gens d’ici sont un peu timides mais normaux, » souligne Rolf. Et Görlitz compte le plus grand nombre de pharmacies par habitant du pays.

 

Pour se ravitailler en essence et en alimentation, les Achemann vont en Pologne, à 10 minutes à pied seulement. Görlitz est séparée de Zgorzelec, sa jumelle polonaise, par le fleuve Neiße, celui de la ligne Oder-Neisse. De l’autre côté, le calendrier semble s’être figé en 1989. Pas de club de fitness ni de théâtre, mais une série d’immeubles grisonnants et défraîchis. Mais on trouve de tout, à des prix battants toute concurrence.

 

Zgorzelec. Görlitz coté polonais. De l'autre coté du Neisse, à la place des bâtiments historiques, on trouve des Plattenbau et de l'essence pas chère.

 

A Noël, les Achemann ont été conviés par le maire CDU, Joachim Paulick, à un pot de bienvenue. La municipalité choie les nouveaux arrivants. Margaritta David est chargée de répondre au moindre de leurs desideratas « Mon rôle est de tout faire pour que les personnes âgées se sentent bien. ». Adresses de médecins de confiance, conseils immobiliers personnalisés…, la dame ne manque pas d’idées avantageuses pour séduire les retraités. Son arme fatale ? Les loyers, extrêmement bas. Ici, le m2 se négocie entre 3,5 et 6 euros. Contre 18 euros à Münich.

 

Sans l’arrivée des retraités, Görlitz serait à la dérive. Comme dans toute l’ex-Allemagne de l’Est, le taux de chômage est deux fois plus élevé qu’à l’Ouest et flirte avec les 20%. Industries exsangues, absence de perspectives…depuis le tournant de 1989, la majorité des jeunes ont plié bagage. Près 7 800 appartements restent inoccupés.

 

Madame Laux. Son mari et elle sont tombés amoureux de Görlitz dans les années 90. Lui, ex responsable d'investissement en retraite, a acheté plusieurs immeubles à Görlitz ; elle, architecte, s'est occupée de la restructuration de ces bâitiments historiques dans le centre ville. Ils habitent aux alentours de Francfort, mais passent plusieurs mois l'année á Görlitz.


750 millions d’euros ont déjà été injectés par le gouvernement fédéral dans la rénovation de bâtiments classés. Mais les édiles de Görlitz misent surtout sur les ressources d’un 3ème âge aisé, féru de culture ou d’histoire, et peu regardant à la dépense. En dix ans, Manfred Laux, ancien cadre supérieur dans la finance internationale, et son épouse, ont ainsi racheté quatre immeubles datant de l’époque médiévale, l’un orné d’une tapisserie des Gobelins dont il a assumé l’entière rénovation. Coût des travaux : près d’un million et demi d’euros. « La beauté de cette ville me fascine », dit-il.

 

Chaque année depuis quinze ans, un mystérieux mécène à l’identité inconnue envoie par fax un million de Deutsche Marks pour le ravalement du patrimoine historique…

 

 


LES AUTEURS






Prune Antoine, journaliste. 28 ans, diplômée en droit. Basée à Berlin, elle travaille pour Arte, Elle, Madame Figaro, et Médiapart.

 

Chiara Dazi, photographe. Italienne, 30 ans, diplômée de l'Université de Bologne avec une thèse sur le phénomène allemand de l’Ostalgie (la nostalgie de l'est). Travaille ensuite à Paris pendant trois ans en tant que photo-editor à l'Agence VU et développe des projets photographiques personnels (sur l'imaginaire lié à la ville de Paris; la question des mémoires à  Berlin, …). Elle est basée à Berlin depuis 2008 où elle collabore pour la presse francaise et allemande. Le football à Magdeburg en un projet au long cours qu’elle poursuit aujourd’hui.

 

 

 

 

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