Achgabat, Régis Genté
En cette fin novembre, en ces terres arides du Turkménistan, des guirlandes et des ballons gonflables ont été accrochés aux marches du palais Sergi Köşgi, un édifice de marbre blanc, construit par Bouygues en 2005. Le 14ème salon annuel du pétrole et du gaz vient de s’ouvrir.
Les pétroliers du monde entier se sont donnés rendez-vous dans ce décor mi-pompeux soviet, mi-fête du Parti local. L’ancienne république soviétique d’Asie centrale, une des plus fermées de la planète, dispose, selon les estimations, des quatrièmes réserves de gaz du monde.
Poussée la lourde porte de verre et de métal doré du palais Sergi Köşgi, un immense portrait du Président Berdymoukhamedov s’impose à tous. Histoire de rappeler que pas un contrat ne se signe sans son aval ? Pas seulement. Des portraits du chef de l’Etat, il y en a partout au Turkménistan. Jusqu’ici, dans ce palais où sont rassemblés 160 exposants, dont la moitié d’étrangers.
Le portrait du président turkmène est partout, jusqu'ici, à l'entrée du salon.
Le stand de Chevron, la major américaine, a des airs de bureau de poste turkmène. En son centre, trône l’image du chef de l’Etat en veste sombre et cravate rouge. La même image, encadrée d’or comme il se doit, est aussi présente sur le stand de la société allemande RWE: en avril dernier, elle a décroché un permis d’exploration dans ce pays longtemps fermé aux occidentaux.
Le vice-président du cabinet des ministres, Baimourat Hodjamoukhammedov, en charge de l’énergie, inaugure le salon. Promu en juillet dernier, après une énième purge dans le secteur, il est prudent. Comme tous les responsables turkmènes, il porte costume et cravate noirs et veille à étouffer le timbre de sa voix, question de survie.
Au 2eme jour du salon, commencent les conférences. Cette année, elles sont annoncées sous l’intitulé suivant: « Le développement de l’industrie du pétrole et du gaz du Turkménistan à l’époque de la nouvelle renaissance et de la coopération internationale. » Le cycle de conférences débute par la lecture d’un message adressé par le Président. Mais avant, il faut écouter l’hymne national… d’ un avenir forcément radieux.
Des étudiants ont été invités aux conférences pour combler les sièges vides du salon.
Une noria de cent choristes et musiciens emprunte les escalators du palais et se rassemble devant la scène de l’amphithéâtre. Les jeunes filles arborent une robe turkmène rouge à broderies. Des traditionnels couvre-chefs de laine, les “takhia”, émergent de longues couettes tressées. Les hommes sont en costume noir, leur coupe au bol également coiffée de la “takhia”.
De sa voix volontairement monotone, M. Hodjamoukhammedov lit le message de « notre estimé Président. » Sous le gigantesque portrait du “chef”, le vice-président en charge de l’énergie se garde bien de rien annoncer. Ce qui facilite d’autant les querelles d’interprétation des innombrables et multiples experts présents.
Les Russes sont quasi absents. Aux grands messes, ils préfèrent les coulisses. Et puis, l’arrière-scène turkmène leur est infiniment plus familière qu’aux Européens ou aux Américains.
Même discrétion côté chinois. Même si, cette année, le responsable local du conglomérat pétrolier national, Lu Gongxun, s’est fendu d’un bref topo au nom du CNPC. Il le fallait bien: les responsables turkmènes font tous référence au gazoduc qui, en décembre, devrait acheminer leur gaz vers la Chine.
Les plus bavards sont les occidentaux, occupés à convaincre leurs hôtes de leur intérêt à « diversifier leurs routes » d’exportation et à utiliser leur technologie. Un peu de flatterie ne fait pas de mal: le représentant de Chevron, Douglas Uchikura, n’hésite pas. « La nouvelle Constitutionassure la protection des droits humains de base » , affirme-t-il avec aplomb.
Au 3eme et dernier jour de salon, de jeunes militaires et des écoliers méritants en quête de crayons et pin’s distribués par les exposants errent dans les allées. Les conférences ne font pas recette. Soucieux, les organisateurs placent des dizaines d’étudiants dans les sièges vides. Pas un ne parle anglais, pas un ne dispose d’un appareil pour écouter les traductions des orateurs. Ils contemplent les marbres du palais, l'illusion est presque parfaite...
L'AUTEUR
Régis Genté, 41 ans, vit
à Tbilissi en Géorgie. Depuis bientôt huit ans, il passe son temps entre Caucase et Asie centrale. Il s’intéresse à la fois aux dynamiques de pouvoir dans ces régions et aux transformations
profondes qui s’y produisent depuis la chute de l’Union soviétique. Il travaille notamment pour Radio France Internationale et Le Figaro.
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©Chloé
Poizat
Un tour de Görlitz en bus pour les touristes du troisième âge.
D'initiative publique ou privée, les offres pour le bien-être et les divertissements des seniors ne manquent pas.
Zgorzelec. Görlitz coté polonais. De l'autre coté du Neisse, à la place
des bâtiments historiques, on trouve des Plattenbau et de l'essence pas chère.
Madame Laux. Son mari et elle sont tombés amoureux de Görlitz dans les
années 90. Lui, ex responsable d'investissement en retraite, a acheté plusieurs immeubles à Görlitz ; elle, architecte, s'est occupée de la restructuration de ces bâitiments historiques dans le
centre ville. Ils habitent aux alentours de Francfort, mais passent plusieurs mois l'année á Görlitz.
Chiara Dazi, photographe. Italienne,
30 ans, diplômée de l'Université de Bologne avec une thèse sur le phénomène allemand de l’Ostalgie (la nostalgie de l'est). Travaille ensuite à Paris pendant trois ans en tant que
photo-editor à l'Agence VU et développe des projets photographiques personnels (sur l'imaginaire lié à la ville de Paris; la question des mémoires à Berlin, …). Elle est basée à Berlin
depuis 2008 où elle collabore pour la presse francaise et allemande. Le football à Magdeburg en un projet au long cours qu’elle poursuit aujourd’hui.