L'archipel des Halligens, dans la mer du Nord, est menacé de disparition. Chaque jour, ses 330 habitants construisent à la main des digues pour se protéger de
l'inexorable montée des eaux.
Il faut attendre que la marée soit basse pour prendre le petit autorail qui mène aux Halligens, un miniscule archipel de la Mer du Nord, au large des côtes
allemandes. Les rails construits en équilibre à fleur de mer semblent percer les flots, si calmes en cet hiver naissant. A l’horizon, des gouttes de terre comme un mirage. C’est là qu’habite Ruth
Hartwig-Kruse, qui conduit le wagon pour rentrer chez elle après une journée de courses sur le continent. Elle roule sur l’eau dans un halo de bruits mécaniques.
Ruth Hartwig-Kruse rentre du continent avec ses courses.
Elle pensait que sa famille vivrait sur l'archipel jusqu'au crépuscule des temps.
Depuis trois siècles les racines de la famille Kruse courent dans ces îlots de tourbe et de boue. Ruth pensait qu’il en serait ainsi jusqu’au crépuscule des temps.
Mais le réchauffement climatique pourrait avoir sonné le glas des Halligens. Elle monte, elle monte, la mer. Elle devient insistante, envahissante, hargneuse même, à rôder inlassablement autour
des dix îles posées à raz de l’eau. « Le niveau de la mer est bien monté de 50 cm en vingt ans et tous les jours, lors des marées, elle menace un peu plus de pénétrer sur nos
champs, de tuer nos bêtes et de saccager nos cultures. De quoi vivrons-nous alors ? », s’inquiète Ruth, fière héritière d’une lignée de paysans.
Les 330 habitants des Halligens vivent d’élevage, d’agriculture et de tourisme. L’hiver, ils ramènent les bêtes à l’abri sur le continent, de peur des inondations. Ils ne sont pas de ceux
que les défis effraient. La mer leur a déclaré la guerre, ils se battront jusqu’au bout.
Chaque matin, tous les hommes des Halligens se mobilisent sur les rives de leur île. La journée du mari de Ruth, Hermann, commence à sept heures. Avec les autres hommes de son île,
Nordstrandischmoor, ils agencent une à une des pierres pour élever une digue de fortune qui enserre l’île minuscule. L’Etat les paie pour cette tâche de « protection des côtes
allemandes ». « Quand nous aurons fini de faire le tour, il faudra recommencer car le niveau de la mer aura certainement de nouveau augmenté »,dit Hermann d’une voix lasse. « Nous sommes en colère parce que les responsables du réchauffement climatique ne réalisent
pas ce que c’est que de perdre la seule terre qu’on ait jamais connue. C’est comme devenir orphelin du jour au lendemain», dit-il.
La digue peut résister contre les petites marées mais, contre les « Landunter », une montée soudaine des eaux de plusieurs mètres qui intervient dix à vingt fois par an, elle ne
peut rien. Un fort vent d’ouest, des courants capricieux, une pleine lune, et soudain la mer prend possession de l’archipel, l’aspire d’un coup, à l’exception des maisons construites chacune sur
une colline artificielle de 8 mètres de haut. Quand l’océan se retire, il abandonne un dépôt de sédiments qui fertiliseront les prés salés.
« Les enfants adorent les Landunter, c’est toujours un peu la fête, comme si nous étions tous en voyage », dit Ruth. Elle aussi les aime bien, ces irruptions inattendues. Sa
maison a encore quelques mètres d’avance mais, si la mer continue de monter, il sera impossible de surélever la maison. « Il faudrait construire une nouvelle colline et cela coûte
des millions d’euros. L’Etat les a financées une fois, il ne le fera pas une deuxième fois », déplore Hermann.
L’archipel est né en 1362 des restes d’un pan de continent qui s’effondra sous une gigantesque tempête. On comptait alors une centaine d’îles. En 1720, un quart de la surface fut engloutie par la
mer puis des tempêtes et, en 1825, l’archipel fut à nouveau amputé de nombreuses de ses îles. En 1962, une grande tempête acheva de lui donner sa configuration d’aujourd’hui.
La victoire des hommes, c’est qu’ils y vivent encore.
L'AUTEUR
Géraldine Schwarz. Après dix ans d’AFP, deux prix et un ras-le-bol des conférences de presse, elle reprend sa liberté pour pouvoir se saouler de reportages. Sans
limite de temps ni d’espace. Depuis Berlin, elle s’est réinventée reporter photo, texte et caméra, en français et en allemand, avec des rêves à la Tintin plein la tête. Elle collabore avec
Arte, Deutsche Welle, la presse française et est rédactrice en chef d’un journal germano-italien en devenir Il Punkto/Der Punkt.
France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne
Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
Le 13 décembre, son invitée était Hannelore Cayre, auteur du récit "Au bonheur de la rue des
Rigoles".
Sept cent petits entrepreneurs se croisent presque tous les jours dans la même société de domiciliation, la moins chère et la plus grande de Paris. François, le patron, connaît sur le bout des
doigts tout son petit monde.
En cette fin novembre, en ces terres arides du Turkménistan, des guirlandes et des ballons gonflables ont été accrochés
auxmarches du palais Sergi Köşgi, un édifice de marbre blanc, construit par Bouygues en 2005. Le 14ème salon annuel du pétrole et du gaz vient de s’ouvrir.
Les pétroliers du monde entier se sont donnés rendez-vous dans ce décor mi-pompeux soviet, mi-fête du Parti local.
L’ancienne république soviétique d’Asie centrale, une des plus fermées de la planète, dispose, selon les estimations, des quatrièmes réserves de gaz du monde.
Poussée la lourde porte de verre et de métal doré du palais Sergi Köşgi, un immense portrait du Président Berdymoukhamedov s’impose à tous. Histoire de rappeler que pas un contrat ne se signe
sans son aval ? Pas seulement. Des portraits du chef de l’Etat, il y en a partout au Turkménistan.Jusqu’ici, dans ce palais où presque la moitié
des 160 exposants, dont la plupart sont étrangers, se sont pliés au culte de la personnalité.
Le portrait du président turkmène est partout, jusqu'ici, à l'entrée du salon.
Le stand de Chevron, la major américaine, a des airs de bureau de poste turkmène. En son centre, trône l’image du chef de l’Etat en veste sombre et cravate rouge. La même image, encadrée
d’or comme il se doit, est aussi présente sur le stand de la société allemande RWE: en avril dernier, elle a décroché un permis d’exploration dans ce pays longtemps fermé aux occidentaux.
Le vice-président du cabinet des ministres, Baimourat Hodjamoukhammedov, en charge de l’énergie, inaugure le salon. Promu en juillet dernier, après une énième purge dans le secteur, il est
prudent. Comme tous les responsables turkmènes, il porte costume et cravate noirs et veille à étouffer le timbre de sa voix, question de survie.
Au 2eme jour du salon, commencent les conférences. Cette année, elles sont annoncées sous l’intitulé suivant: « Le développement de l’industrie du pétrole et du gaz du Turkménistan à
l’époque de la nouvelle renaissance et de la coopération internationale. » Le cycle de conférences débute par la lecture d’un message adressé par le Président. Mais avant, il faut
écouter l’hymne national… d’ un avenir forcément radieux.
Des étudiants ont été invités aux conférences pour combler les sièges vides du salon.
Une noria de cent choristes et musiciens emprunte les escalators du palais et se rassemble devant la scène de l’amphithéâtre. Les jeunes filles arborent une robe turkmène rouge à broderies.
Des traditionnels couvre-chefs de laine, les “takhia”, émergent de longues couettes tressées. Les hommes sont en costume noir, leur coupe au bol également coiffée de la “takhia”.
De sa voix volontairement monotone, M. Hodjamoukhammedov lit le message de « notre estimé Président. » Sous le gigantesque portrait du “chef”, le vice-président en charge de
l’énergie se garde bien de rien annoncer. Ce qui facilite d’autant les querelles d’interprétation des innombrables et multiples experts présents.
Les Russes sont quasi absents. Aux grands messes, ils préfèrent les coulisses. Et puis, l’arrière-scène turkmène leur est infiniment plus familière qu’aux Européens ou aux Américains.
Même discrétion côté chinois. Même si, cette année, le responsable local du conglomérat pétrolier national, Lu Gongxun, s’est fendu d’un bref topo au nom du CNPC. Il le fallait bien: les
responsables turkmènes font tous référence au gazoduc qui, en décembre, devrait acheminer leur gaz vers la Chine.
Les plus bavards sont les occidentaux, occupés à convaincre leurs hôtes de leur intérêt à « diversifier leurs routes » d’exportation et à utiliser leur technologie. Un peu de
flatterie ne fait pas de mal: le représentant de Chevron, Douglas Uchikura, n’hésite pas. « La nouvelle Constitutionassure la protection des droits humains de base » ,
affirme-t-il avec aplomb.
Au 3eme et dernier jour de salon, de jeunes militaires et des écoliers méritants en quête de crayons et pin’s distribués par les exposants errent dans les allées. Les conférences ne font pas
recette. Soucieux, les organisateurs placent des dizaines d’étudiants dans les sièges vides. Pas un ne parle anglais, pas un ne dispose d’un appareil pour écouter les traductions des orateurs.
Ils contemplent les marbres du palais, l'illusion est presque parfaite...
L'AUTEUR
Régis Genté, 41 ans, vit
à Tbilissi en Géorgie. Depuis bientôt huit ans, il passe son temps entre Caucase et Asie centrale. Il s’intéresse à la fois aux dynamiques de pouvoir dans ces régions et aux transformations
profondes qui s’y produisent depuis la chute de l’Union soviétique. Il travaille notamment pour Radio France Internationale et Le Figaro.
France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne
Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
Le 6 décembre, son invité était Jean-Thomas Ceccaldi, auteur du documentaire "Comme chez nous", commenté en dix
plans illustrés dans le numéro 8 de XXI. Le pari du réalisateur:raconter la France depuis Coulommiers. Filmer des gens ordinaires affrontant un
quotidien ordinaire dans une ville ordinaire.
Un nouveau magazine naîtra le 8 décembre à San Francisco, et sera ensuite vendu dans les librairies et les kiosques du
reste des Etats-Unis. Panorama,c’est son nom,se présente comme un« prototype du journal du XXI ème siècle » :cinq mois de travail pour 380 pages
d’enquêtes, de portfolio, de nouvelles, de dessins, de bande dessinée, réalisés par des signatures comme Miranda July, Stephen King, Art Spiegelman, Roddy Doyle, Michelle Tea, Michael
Chabon, Wajahat Ali…
A l’origine du projet, la maison d’édition indépendante McSweeney's, fondée à San Francisco par Dave Eggers, un célèbre auteur et éditeur américain de
39 ans, admirateur de XXI ! « Nous pensons que la meilleure chance pour le magazine de survivre est de faire ce qu’internet ne peut pas : explorer toutes la richesse et les
atouts d’un journal grand format. »,estime-t-il.Panoramase présente comme un livre de 15 cm sur
22, avec un graphisme léché et des articles courant sur plusieurs pages. Seul regret : c’est un pari sur un seul numéro. Pour l’instant ?
A l'école Joseph-Gomis de Fann, un quartier de Dakar, Madame Henriette N'Diaye fait la classe. En français. A l'école
sénégalaise, il est interdit de parler wolof, sous peine de devoir porter le "symbole", un os de mouton accroché autour du cou. Micro ouvert dans une classe rude et tendre.
Linda Kebdani a réalisé ce reportage lors de son voyage de fin d'études de journalisme, au Sénégal. Dans le quartier de Dakar où elle est en stage, elle pousse
par curiosité la porte d'une école et s'assoie sur un banc au fond de la classe. "Le contrastre entre la sévérité de la maîtresse et la douceur des enfants m'a tout de suite frappée. J'ai
ouvert mon micro et je me suis laissée immerger..."
Dans la classe, un des élèves porte le "symbole" autour du cou.
L'AUTEUR
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Linda Kebdani, 26 ans, est diplômée de l'IPJ. Elle est inscrite sur le "Planning" de Radio France et pige pour différentes émissions de France Inter et pour Arte Radio.