En Roumanie, des cheminots travaillent sur la dernière ligne d'exploitation forestière d'Europe.
Seule la faible lumière des spots éclaire les ombres. Le soleil ne s’est pas encore levé sur Viseu de Sus, petit village au fin fond des Carpates roumaines. Mais les employés de la compagnie CFF, s'activent depuis déjà une heure. Ils sont prêts à prendre les rails. Du lundi au samedi, ils récupèrent les cargaisons de rondins de bois coupés et entassés par les bûcherons dans la montagne.
Chaque matin, à 6h30, les employés de la compagnie C.F.F
préparent les locomotives rouges marquées à l'effigie de la compagnie roumanie C.F.F.
Isolée, la vallée de la Vasser est traversée par la dernière ligne de chemin de fer d’exploitation forestière d’Europe. Dans la boue et les herbes, les rails, à peine entretenus depuis leur construction en 1932, s’enfoncent à travers l’épaisse forêt des Maramures, connue pour ses loups et ses ours bruns.
« Dans les années 80, le régime communiste a investi dans le pays pour développer le réseau routier. Le fer n’était plus une priorité », raconte Michael Schneeberger. Baroudeur suisse fasciné par la nature et les trains brinquebalants, l'homme a posé ses bagages à Viseu de Sus à la fin des années 1980. « L’isolation a d’abord était un handicap, puis un atout pour la compagnie R.G Holz, de fait, la seule à pouvoir exploiter le bois de la forêt grâce à cette voie», note-il.
Premier arrêt à Paltin. Les jeunes charpentiers descendent ici. Quelques maisons bordent la voie. Elles hébergent
les bûcherons qui y passent la semaine.
Le bois reste malgré tout la principale activité économique dans cette ville de 20 000 habitants. Le transport des grumes se fait à une vitesse moyenne et maximum de 30 kilomètres par heure Dans le wagon, les rares passagers allument le vieux poêle à bois pour se réchauffer.
Sur le
trajet du retour, une succession de secousses surprend les passagers. Le train s’arrête subitement. L’un des essieux s’est retourné sur la voie, maintenant encombrée par les
rondins.Ciprian, 26 ans, accompagné de deux jeunes collègues, emprunte aujourd’hui cet unique moyen de transport pour accéder à ces zones reculées. Les trois charpentiers rejoignent un de leurs chantiers situé à Paltin, un hameau sans gare ni familles, occupé la semaine par les seuls bûcherons, à 21 km de la gare de Viseu.
Après trois ans passés aux Pays-Bas, Cyprian est revenu au pays pour monter une entreprise de construction. « Il n’y a pas de travail ici, explique le jeune homme. Les nouvelles générations ne veulent plus être bûcherons, le travail est bien payé mais trop pénible. On ne voit jamais sa famille !»
« On sait à quelle heure le train part, mais jamais à quelle heure il rentre», plaisantent les habitants de Viseu de Sus. Le soir, le
bois est déchargé dans les entrepôts qui jouxtent la gare avant d’être transformé puis vendu.
Traditionnellement, les hommes deviennent bûcherons de père en fils. Ils gagnent en moyenne 800 à 1000 euros par mois. Vers 40 ans, ils arrêtent le travail de coupe pour devenir conducteur de locomotive ou manutentionnaire.
Le long de la rivière, les haltes se suivent et se ressemblent : la locomotive freine péniblement, les hommes en sautent d’un bond, déchargent les wagons vides. Les manoeuvres sont répétitives et laborieuses. Il faut aussi récolter l’eau de la rivière qui refroidit le moteur diesel. Le convoi peut atteindre jusqu’à 40 wagons. Plusieurs tonnes de bois sont ainsi menées chaque jour aux entrepôts pour y être traitées, coupées et exportées sur les routes d’Europe.
LES AUTEURS
Servane Philippe, Marie-Adélaïde Scigacz, Augustin Svatovki.
En octobre 2009, Marie, Servane et Augustin décident de partir pour la Roumanie, sac au dos. Ils atterrissent à Bucarest, une capitale européenne où l'anarchie architecturale côtoie un cosmopolitisme culturel surprenant. Plus que tout, ils rêvent de partir sur les traces des ours des Maramures. Faute de voir les bêtes, ils échouent à Viseu de Sus et rencontrent les cheminots.
Designer, Augustin s'improvise photographe pour l'occasion. Marie et Servane ont étudié le journalisme respectivement à l'ESJ de Lille et à l'IPJ de Paris. Elles collaborent aujourd'hui avec différents titres (Ouest-France, VSD, Ulysse).
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©Marco Marella
pour XXI
Ouiza
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Mustapha Sandid. Enfant, du haut de mon immeuble de Clichy-sous-Bois, je rêvais de découvrir des pays lointains. Après un parcours scolaire chaotique, je décide de partir. La
Californie m'accueille et m'ouvre d'autres horizons. Venezuela, Brésil, Pologne, Roumanie... Ma décision est prise, je serai journaliste. Mes études me ramènent à Paris, à
l'IPJ. Avec toujours la même idée en tête : raconter les histoires de ceux que l'on veut mettre dans des cases.