Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 00:00


A l’ouest de l’Allemagne, le plus important centre d’enquête sur les crimes nazis poursuit son travail. Son dernier succès : l’arrestation de John Demjanjuk, gardien du camp d’extermination de Sobibor.

 

L’entrée est bien gardée. Grille, caméra, agents de sécurité. Que recèle cette maison bourgeoise de Ludwigsbourg, qui respire la quiétude bien acquise? Une administration à son ordinaire : des couloirs aux sols plastifiés, distribuant des bureaux ouverts sur un paysage d’hiver endormi. On passerait presque son chemin, si le regard n’était arrêté par des dizaines de classeurs noirs portant tous, sur leurs bordures, le même nom : Demjanjuk.

 

Pendant trente ans, cet Ukrainien naturalisé Américain, ancien gardien du camp d’extermination de Sobibor en Pologne, accusé de complicité dans la mort de 27.900 juifs en 1943, a vécu des jours paisibles aux Etats-Unis. Jusqu’à ce que les enquêteurs du "Zenstralstelle für Nazi-Verbrechen", le Centre d'enquête sur les crimes nazis, relancent le dossier.

 

centreL'entrée du "Zenstralstelle für Nazi-Verbrechen", le Centre d'enquête sur les crimes nazis, situé dans la ville allemande de Ludwigsbourg


Ici, à Ludwigsbourg, travaillent six anciens juges et procureurs allemands qui ont fait de la chasse aux derniers criminels nazis leur raison d’être. Ce sont eux qui ont obtenu en mai 2009 l’extradition des Etats-Unis de John Demjanjuk. Le procès de l’ancien gardien de camp a débuté à Munich en novembre dernier.

 

Kirsten Goetze, une femme frêle, presque transparente tant elle est discrète, est au coeur du dossier. “Il a fallu convaincre la justice américaine en rassemblant patiemment les pièces du puzzle,” raconte-t-elle. En plongeant dans les archives de la SS, elle a exhumé de nouvelles preuves. La magistrate a également eu recours aux nouvelles technologies. Sur l’écran de son ordinateur, elle superpose une photo d’identité du gardien de camp Demjanjuk, âgé d’une vingtaine d’année, et une autre du mécanicien Demjanjuk, cinquante ans plus tard. Le résultat s’affiche : les paramètres des deux photos correspondent, il s’agit d’une seule et même personne. “Cette méthode nous est d’un grand secours quand l’accusé nie être la personne incriminée, explique Mme Goetze. Presque tous les anciens criminels nazis recourent au démenti, tant ils sont devenus méconnaissables après toutes ces années.”

 

Image 2

Le passeport de John Demjanjuk, gardien du camp d'extermination de Sobibor.

 

La juge a rejoint l’équipe des justiciers de Ludwigsbourg il y a trois ans : “J’ai toujours été passionnée d’histoire. Je fais ce que j’avais toujours rêvé de faire”. Pourtant, le centre n’a pas toujours eu bonne réputation. Fondé en 1958 par un Etat allemand soucieux de faire taire les critiques envers son approche du passé, il devait permettre d’introduire une stratégie juridique spécifique dans la poursuite des criminels de guerre nazis. Les débuts furent brillants : en un an, 400 enquêtes furent ouvertes et une arrestation retentissante eut lieu, celle du président de la police criminelle de l’Etat regional de Rhénanie-Palatinat, Georg Heuser.

 

Mais, en 1965, un scandale vint tout gâcher : il fut prouvé que le président du centre, Erwin Schüle, était un ancien membre du parti nazi NSDAP. Schüle limogé, le centre a dû travailler d’arrache-pied pour racheter sa crédibilité. 7.600 enquêtes ont été ouvertes, plus de 6.000 anciens nazis ont comparu devant la justice.

 

Ces quinze dernières années, le rythme s’est ralenti : beaucoup de nazis sont morts, les témoins se font rares. “Pour Demjanjuk, nous n’avons aucun témoin. Nous compensons cette faiblesse par le travail sur les archives”, explique Mme Goetze.

 

L’ensemble des archives rassemblées au fil des enquêtes des cinquante dernières année se trouve réuni à une dizaine de couloirs du bureau de la magistrate. Dans des boîtes en carton alignées à perte de vue, sur des mètres et des mètres, d’innombrables déclarations de victimes et d’accusés, des fiches des services de renseignement, des rapports administratifs et militaires du IIIème Reich, des correspondances...

 

Président du centre depuis 2000, Kurt Schrimm parcourt le globe à la recherche de ces documents. Assis derrière son bureau, une grande carte du monde en toile de fond, l’homme est déterminé : “Tant qu’il y aura des criminels en vie, nous les poursuivrons, serait-ce sur la lune”. Il vient de boucler deux nouvelles enquêtes. Dont l’une relative à un ancien haut fonctionnaire du gouvernement allemand à la retraite, Samuel K., soupçonné de complicité de meurtre dans le camp d’extermination de Belzec (Pologne). Son nom n’avait, jusqu’ici, jamais éveillé de soupçons.

 

Image 1Kurt Schrimm, directeur du centre depuis 2000.


Le directeur se réjouit : des rapports inédits sur des nazis en fuite après la guerre viennent d’être exhumés en Amérique du Sud. “Ce pourrait être la découverte la plus importante des 10 ou 20 dernières années,” dit M. Schrimm qui, bientôt, va aller les consulter.

 

De nombreux documents restent toujours interdits d’accès. Et une fois les archives ouvertes, il faut encore localiser les personnes suspectes. C’est la “traque”, au sens propre. “Cela peut durer des années”, reconnaît M. Schrimm. Un travail de fourmi, au résultat lent et incertain pour retrouver des fantômes grabataires…. “Je le fais au nom des victimes, les mortes et les vivantes qui ne trouveront  la paix que quand justice sera faite”. Ses convictions se sont renforcées lors d’interrogatoires d’anciens nazis : “Aucun n’a jamais regretté”.

 

  L'AUTEUR

 

 

 

 

Géraldine Schwarz. Après dix ans d’AFP, deux prix et un ras-le-bol des conférences de presse, elle reprend sa liberté pour pouvoir se saouler de reportages. Sans limite de temps ni d’espace. Depuis Berlin, elle s’est réinventée reporter photo, texte et caméra, en français et en allemand, avec des rêves à la Tintin plein la tête. Elle collabore avec Arte, Deutsche Welle, la presse française et est rédactrice en chef d’un journal germano-italien en devenir Il Punkto/Der Punkt.

 

 

 

 

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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 09:45


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.

Le 7 février, son invitée était Anne Brunswic, auteur de "Ecrire la petite histoire d'une grande utopie", l'entretien du numéro 9 de XXI.

Anne Brunswic a rencontré Svetlana Alexievitch.
Ecrivain "des voix"  depuis un quart de siècle, la Biélorusse travaille inlassablement une parole receuillie "au ras des pâquerettes." "Je me sers du journalisme pour me procurer les matériaux, mais j'en fais de la littérature, explique-t-elle. Sur une centaine de pages d'entretien, il m'arrive de garder deux paragraphes."

Régulièrement pressentie pour le Nobel, Svetlana Alexievitch est notamment l'auteur d'un livre choc, "Les cercueils de zinc", dans lequel les soldats soviétiques rentrés d'Afghanistan racontent de l'intérieur ce bourbier sanglant.

Ecoutez l'interview.
 

  pererov 2009A Pererov, 2009. ©AFP V. Drachev
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 07:55


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
 
Le 31 janvier, son invité était Rémi Lainé, auteur de "La justice, c'est moi!" En 2004, sept lycéens sont accusés de viol par une femme de service. Dès le début de l’affaire, un examen minutieux des faits montre qu’il y a des problèmes dans l’accusation. Le procureur de Macon va pourtant s’évertuer à faire condamner les garçons. "Il a une vision un peu particulière de la justice...", dit Rémi Lainé.

Ecoutez l'interview.


Image 3-copie-1 ©Cindy Cookie pour XXI
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 17:06

Gilles Loriot, surnommé "Gilou", est facteur. Comme cent mille collègues, il distribue tous les jours le courrier. Il a trente ans de poste derrière lui. Il est passé par le bureau de la rue du Louvre à Paris, puis Autun et Villapourçon, dans son Morvan natal. Quand le bureau de Villapourçon qui desservait quatre cent cinquante-sept habitants du Morvan, a fermé en 2004, Gilles Loriot a rejoint Moulins-Engilbert, à quinze kilomètres de là. Le photographe Jean-Luc Luyssen l’a accompagné dans sa tournée. Son reportage est publié dans le numéro 9 de XXI. Le voici, prolongé en diaporama sonore.





L'AUTEUR


LuyssenJean-Luc Luyssen. Après un parcours chaotique, j’ai découvert la photographie avec du matériel tombé du camion et quitté sans regrets un poste de magasinier à l'âge de 27 ans pour rejoindre le magazine Murs-Murs. J’y suis resté 5 ans avant d'intégrer l'agence Gamma en 2003. Indépendant à nouveau depuis trois mois, je m’intéresse tout autant au facteur morvandiau qu’aux artistes aborigènes en Australie.
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 11:51


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
 
Le 24 janvier, son invité était Alain Lewkowicz, auteur de "Anna Frank au pays d'Hiroshima".
Le journal d'Anne Frank est un best-seller au Japon. Mais les Japonais ne savent rien de l'Holocauste. Pour eux, le petite Allemande est juste une héroïne. Sauf pour le révérend Makoto, qui a rencontré son père.

Ecoutez l'interview.

Image 3 Illustration: Martin Jarrie
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 15:02

Traverser la frontière pour se faire soigner : c'est bien souvent le seul choix laissé aux Américains sans couverture médicale. Certains traversent le pays pour subir des opérations lourdes au Mexique, car ils ne peuvent tout simplement pas payer le prix des soins aux Etats-Unis.

Ville frontalière, Tijuana regorge de cabinets dentaires, pharmacies, cliniques et même hôpitaux s'adressant directement à cette clientèle nord-américaine. 20 millions d'Américains se rendent chaque année au Mexique, pour échapper à un système de santé considéré comme inefficient et trop onéreux. Reportage sonore.






L'AUTEUR

CecileGregoriades

Cécile Grégoriades est journaliste multimédia à Los Angeles. Elle travaille pour de nombreux médias français dont LeMonde.fr, Terra Economica, France Soir, L'Humanité Dimanche, RMC radio ou encore BFM TV. Ses sujets de prédilections : les faits de société, l'environnement, la politique.
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