Jeudi 3 avril 2008

Maureen Grisot
est étudiante en journalisme à l'IPJ, à Paris. De Moscou, où elle s'est rendue en reportage début mars, elle a ramené un témoignage de la répression qui s'abat toujours sur l'opposition.




DIAPORAMA




Des centaines de soldats, des camions anti-émeutes, plus de cent journalistes. Nous ne sommes pas en marge d’un sommet du G8, mais bien sur les lieux de la manifestation des opposants de l’Autre Russie à Moscou interdite par le Kremlin.

Au lendemain du scrutin présidentiel russe, quelques dizaines de membres du parti libéral se sont réunis place Tourguenevskaia pour s’opposer à l’élection de Dmitri Medvedev, candidat adoubé par Vladimir Poutine. Ils font écho au rassemblement, autorisé celui-là, de deux mille personnes à Saint-Pétersbourg autour de Garry Kasparov, porte-parole de l’Autre Russie. Les journalistes ne veulent rien manquer. Sorte de mascarade médiatique, où les correspondants étrangers attendent caméra et appareil photo au poing que les quelques manifestants se fassent arrêter brutalement. Une foule compacte entoure les jeunes. Après avoir scandé “Nous voulons une autre Russie”, ils dégainent une fusée de détresse rouge, et attendent la charge policière. Peu pourront s’exprimer devant les caméras, trop rapidement neutralisés par les forces de sécurité, en uniforme ou en civil. Dans une rue adjacente, des bus les emmènent au poste.

Ce jeu du chat et de la souris durera à peine trente minutes. Une fois tous les manifestants embarqués, ne restent que les journalistes et quelques Russes qui apostrophent les policiers. Les photographes profitent de ce retour au calme pour s’approcher les jeues soldats et les mitrailler en gros plan. Tout le monde est ensuite fermement poussé vers le métro.


 

BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR

 

Maureen Grisot a 23 ans et est étudiante en journalisme à l'IPJ. Elle s'intéresse aux radios communautaires, plus particulièrement en Afrique. Elle tient un blog, Dans la rue.





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Mardi 1 avril 2008

Dans son numéro de mars / avril 2008, The Believer publie une discussion (en anglais) entre les deux réalisateurs Werner Herzog et Errol Morris. Ils y évoquent leurs films documentaires, le rapport entre fiction et réalité, la part de vérité dans leur cinéma.




Voilà la sélection, traduite, du blog de XXI.




La vérité


Werner Herzog : Je suis toujours sorti de vos films avec le sentiment que j’avais vu quelque chose d’équivalent à un film de fiction. C’est exactement ce que j’ai ressenti après avoir vu Vernon, Florida ou le film avec McNamara – The fog of war. Même dans ce cas, c’est comme si j’avais vu un film de fiction, avec une structure narrative inventive, et une ambiance qu’on ne crée normalement que pour un film de fiction.

Dans votre nouveau film, Standard Operating Procedure (NDLR: consacré aux photographies d'Abu Ghraib), c’est comme si vous aviez complètement inventé les personnages, et pourtant ce n’est pas le cas. Nous connaissons les photos, et nous savons ce qui s’est passé, et le ressort dramatique des événements. Et pourtant, à la sortie, c’est comme si j’avais vu une œuvre de fiction. (…)


Au sujet de
Grizzly Man, documentaire de Werner Herzog sur Timothy Treadwell, qui vécut régulièrement parmi les ours d'Alaska pendant 15 ans, avant de trouver la mort, tué par ceux-là même qu'il entendait protéger.

Werner Herzog
: Timothy Treadwell a toujours voulu jouer le premier rôle dans son propre film. On le voit se mettre en scène, se diriger, on voit comme il répète une scène après l’autre. (…) Parfois, nous savons qu’il lui arrivait de faire une quinzaine de prises, parmi lesquels il faisait le tri. Il ne voulait pas les montrer toutes. Ce qui reste de ces séquences, c’est la deuxième, la troisième et la quatorzième prise. Donc nous savons qu’il a au moins tourné quatorze prises et effacé rien moins que 11 ou 12 d’entre elles. Il était très organisé ; c’était un grand fan de cinéma. Il aimait la science-fiction, les séries télé, Starsky et Hutch. Il avait postulé pour un rôle dans une série, Cheers, qu’il n’a pas obtenu. En quelque sorte, il a créé son rôle dans le film.

C’est pourquoi je serais prudent concernant la notion de «vérité». La vérité surgit à certains moments, quand Treadwell est dans le mode «Starsky et Hutch» et qu’il porte son bandana. Il s’écarte du sentier, saute. Il disparaît pendant une douzaine de secondes, ce qui est long dans un film. Il disparaît, puis réapparaît. Et dans l’intervalle, soudainement, on voit l’herbe haute, les longues tiges, et le vent qui les agitent. (…) J’ai le sentiment que la vérité est là. (…)

Quand on parle de la vérité, il faut la saisir avec des pincettes – parce qu’en réalité, on ne s’en approchera jamais. (...)



L'imprévu


Errol Morris : La spontanéité, c’est ne pas savoir ce que quelqu’un va dire face à la caméra, n’en avoir aucune idée, être surpris. J’aime particulièrement ces moments dans une interview où quelque chose se passe. J’ai cette règle des trois minutes : si vous vous taisez et laissez quelqu’un parler, en trois minutes, il vous montrera à quel point il est fou. Et ça, c’est arrivé encore, et encore, et encore. (...)

Si tout était programmé, ce serait épouvantable. Si rien n’était programmé, ça serait tout aussi épouvantable. Le cinéma existe parce que ces deux facettes co-existent. Elles co-existent dans le documentaire, comme elles co-existent dans le cinéma de fiction. C’est, je crois, ce qui rend la photographie et le cinéma si intéressant. Malgré tous nos efforts pour le contrôler, le monde est beaucoup, beaucoup plus puissant que nous le sommes, et plus dérangé que nous le sommes.



Le film d'Errol Morris consacré aux photographies d'Abu Ghraib, Standard Operating Procedure, a reçu l'Ours d'Argent au dernier festival du film de Berlin. Un article consacré au même thème, cosigné par Errol Morris et Philip Gourevitch, est ligne sur le site du New Yorker.


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Vendredi 28 mars 2008

L’arrivée au Cameroun des entreprises de téléphonie mobile a permis de développer un petit métier d’un genre nouveau : le métier de «call-boxeur». Jeune journaliste camerounais, Mohamadou Houmfa raconte.



Yaoundé, il est 8 heures et Frédéric vient d’arriver à son poste de travail au lieu-dit Bonas. Il installe une tablette et une chaise en bois, ouvre son pare-soleil pour se prémunir contre la canicule de la mi-journée, allume son petit récepteur pour écouter de la musique et les informations du jour. De sa sacoche, il sort deux téléphones portables qu’il pose sur la tablette et un petit cahier gondolé où il note toutes les transactions qu’il effectue avec ses clients. Pour lui, c’est une longue journée de travail qui débute ainsi.

Non loin de là, Mélanie, une jeune fille que le sourire ne quitte presque pas, reçoit son premier client. Il prend un téléphone et émet un appel rapide. Peu après, il débourse la somme de 100 francs cfa qu’il remet à Mélanie. Celle-ci, l’allure fière, l’encaisse. On remarque pourtant que son client tient en main, un téléphone portable. «Je ne peux pas appeler de mon téléphone car, cela me revient plus cher» nous confie t-il. En effet, les entreprises de téléphonie mobiles appliquent aux «call-boxes» une tarification différente.


Un métier pour tous

Le métier de «call-boxeur» ne nécessite pas de formation. Il suffit juste de savoir compter. On y retrouve des jeunes qui ont des profils scolaires et académiques extrêmement différents. Frédéric est titulaire d’une maîtrise en économie monétaire et bancaire obtenue à l’université de Ngaoundéré. On peut remarquer sa gêne lorsqu’il nous le fait savoir. Pour lui, c’est un moyen de survie en attendant d’obtenir un travail «plus honorable». Après son diplôme universitaire, il a passé des concours d’entrée dans certaines grandes écoles et ceux lancés par la fonction publique. Mais, ses tentatives se sont soldées par des échecs : «Vous ne pouvez pas imaginer comment la société camerounaise est ingrate. Je n’en reviens pas de me voir assis ici avec ma maîtrise. Tout ce que je veux, c’est exercer un métier honorable, à la hauteur de mon niveau académique». Frédéric n’a pas le choix. Son père, un policier à la retraite, doit s’occuper de ses petits frères qui fréquentent encore le lycée. «Si je ne fais pas ce métier, je ne vois pas comment je vais me nourrir» dit-il. Ses parents ont énormément misé sur lui. Ils ont mobilisé beaucoup de moyens pour qu’il obtienne cette maîtrise. Il garde l’espoir d’être un cadre supérieur dans une institution financière.


A l’opposé de ce solide background universitaire, Mélanie a à peine franchi le cours moyen. Elle a néanmoins obtenu son certificat d’études primaires avant de quitter les bancs d’école. «J’avais alors reçu les félicitations personnelles du directeur de l’école», se souvient t-elle. Ses parents ne pouvaient plus financer ses études. «J’ai toujours voulu travailler dans une banque, mais mon rêve s’est évanoui lorsque mon père m’a fait dit que j’allais arrêter. J’ai eu du mal à l’accepter car je voyais mes camarades parader en uniforme scolaire.» se souvient t-elle. Malgré tout, les règles de calcul apprises à l’école l’aident dans ses transactions avec ses clients. A 24 ans, elle espère reprendre ses études. Elle envisage d’ailleurs, si les moyens lui permettent, de suivre les cours du soir pour passer le concours des aides-soignants. Elle pourrait ainsi postuler au recrutement des personnels sanitaires que l’Etat camerounais lance régulièrement. En attendant, ce sont les appels émis par les clients, les achats et les transferts de crédit qui lui permettent d’entretenir le rêve de ses ambitions.


Gagner sa vie à Yaoundé

Au premier regard, le bénéfice que tire le «call-boxeur» de son activité semble faible. Pour un appel émis, ce dernier gagne parfois 25 francs.

Cependant, Frédéric rassure : «A la fin de la journée, lorsque nous faisons le bilan et les comptes, nous avons toujours un bénéfice assez important». En réalité, lorsque le «call-boxeur» va s’approvisionner en crédit, son livreur lui donne un bonus important qui lui offre une marge bénéficiaire conséquente. Mélanie, par exemple, reçoit un bonus de 8000 francs lorsqu’elle achète du crédit de 12000 francs. Ce bonus constitue ainsi sa marge bénéficiaire brute.

Par ailleurs, sur chacune des cartes de recharge revendues, les «call-boxeurs» perçoivent des ristournes. Si la plupart sont réservés sur l’importance de leurs gains, Mélanie nous fait savoir qu’il y a des jours où elle dégage une marge bénéficiaire de «2500 francs à 10000 francs», de quoi faire pâlir d’envie certains fonctionnaires. Mais Mélanie tempère rapidement : «Vous devez savoir que je suis juste une employée et que je reverse la recette journalière à ma patronne. Je gagne 25000 francs par mois (environ 38€) ». Sans enthousiasme pour ce traitement salarial, Mélanie s'en satisfait : «Beaucoup de jeunes diplômés ne parviennent pas trouver un emploi. Ils restent à la charge de leurs parents alors que moi, je gagne au moins de quoi satisfaire mes besoins essentiels» avoue-t-elle. Le chômage est une réalité pour une très grande partie de la jeunesse camerounaise. Et pour ceux qui parviennent à s’intégrer dans la fonction publique, leur quotidien n’est pas des plus enviables. La rémunération des fonctionnaires des catégories les plus basses de la fonction publique camerounaise n’est pas très éloignée de celle de Mélanie. Dans les milieux du call-box, nous apprend un employeur, les salaires oscillent entre 20000 et 30000 francs par mois. Quand à Mélanie, ses 25000 francs de rémunération lui permettent de payer sa petite chambre qu’elle loue à 5000 francs par mois. Elle partage le reste entre ses frais alimentaires, ses produits de beauté et des petites dépenses liées au paiement de ses factures d’eau et d’électricité. Elle s’arrange à faire de petites économies pour parer aux problèmes de santé qui pourraient survenir. «En tout cas, je m’en sors avec mon petit salaire», explique-t-elle. Pour cela, elle doit affronter ce soleil déjà au zénith dont les rayons transpercent son pare-soleil et le monotone défilement des passants qu’animent de temps à autre, les klaxons des taxis. Sa journée de travail, comme celle de Frédéric, s’achèvera très tard le soir.



BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR



Mohamadou Houmfa est un jeune journaliste camerounais. Travaillant en free-lance pour certains journaux africains et une radio communautaire canadienne, il entend lancer avec un groupe d’étudiants en journalisme, un site web consacré à l'actualité du Cameroun.


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Jeudi 27 mars 2008


nouveaux_contestataires.jpgAnti-pubs, anti-OGM, combat pour les sans-logis, actions décalées et non-violentes... L'agence CAPA a produit un documentaire sur "Les Nouveaux Contestataires", diffusé sur Canal Plus.

Maria Malagardis avait consacré un reportage à la "France de la désobéissance", pour le premier numéro de XXI. 




Un lien vers la page du documentaire sur le site de l'agence CAPA.

Le film, réalisé par Alexis Marant et Delphine Vailly est visible, ici.



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Mardi 25 mars 2008


Rash et Tamada ont publié en juin 2007, «Chroniques du proche étranger. En Tchétchénie», chez Vertige Graphic. Cette bande dessinée est le récit de la guerre en Tchétchénie telle qu’ils l’ont vécu, entre 1996 et 2004, dans le cadre de missions humanitaires.


Chroniques du proche étranger
a reçu le prix 2007 du jury œcuménique de la bande dessinée.


Tamada, médecin et scénariste des « Chroniques » explique la naissance du projet, et réagit à deux planches choisies par le blog de XXI.


undefinedRash et moi avons été dans le Caucase, et tous deux confrontés à la guerre en Tchétchénie à plusieurs reprises entre 1996 et 2004, à Grozny et dans les camps de réfugiés tchétchènes en Ingouchie et en Géorgie. Rash a également travaillé auprès des réfugiés tchétchènes arrivant dans la région parisienne.

Il est difficile de parler de cette situation, tellement désespérante que très vite, on ne vous écoute plus. Alors tu restes avec tes histoires, en écoutant raconter que les élections en Tchétchénie se sont bien passées ou qu'une famille entière est morte de froid dans les forêts polonaises en essayant de traverser les frontières de l'Union Européenne.

Nous avons mis nos petites histoires sur la table ; nous avons déversé tout ce que pouvions en vrac, comme des bouts de miroir brisé. On a créé des personnages fictifs pour faire le lien, on a construit une histoire avec toutes ces histoires. Le talent de Rash a fait le reste.

Une dame tchétchène qui a lu le livre nous a dit : "Ca se passe vraiment comme cela dans la vie, mais en pire".


 

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Le trafic des individus est certainement un des côtés les plus abominables de cette guerre. En 2000, on entendait régulièrement parler de cas d'enlèvements par l'armée russe. Les soldats venaient pour quelques mois ; il leur fallait faire de l'argent rapidement sans se faire tuer. Au check-points, ils rançonnaient, vidaient les coffres. Nous l’avons vu faire, nous l’avons subi aussi. Lorsque quelqu’un est retenu par l'armée, sa famille doit collecter de l’argent pour obtenir sa libération. Si elle le fait rapidement, il y a une chance que la personne soit encore vivante. Sinon, elle doit payer pour le corps. Pour un musulman, il est important d'enterrer ses morts. Le refus du Kremlin de rendre le corps du président Maskhadov à sa famille est un exemple de ce jeu morbide avec les corps.

Il m'est arrivé de voir une famille à la recherche d'argent pour récupérer un parent. Leur angoisse, le désarroi, la panique est inimaginable. Ces enlèvements sont tellement violents et fréquents que de problèmes individuels, ils deviennent collectifs. Ils s'inscrivent dans l'imaginaire tchétchène, comme l'a été la déportation des Tchétchènes au Kazakhstan en 1944.

La destruction de la ville entière de Grozny est baroque et surréaliste. Une ville de 500 000 habitants a été rayée de la carte. En 1996, la ville avait subi des bombardements, mais elle existait encore. En 2000, plus un bâtiment n’était intact.

La vie des gens, c'est ce que nous essayons de raconter, la vie des Tchétchènes des Ingouches, des Russes et des Arméniens, des vieux, des jeunes... de tous ces gens qui faisaient Grozny.



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On ne peut pas comprendre l'histoire tchétchène à la lecture d'un seul événement. Cette guerre puise ses racines dans des décennies de conflit. Ces rappels historiques cherchent à restituer l’histoire dans son contexte.

Les dégâts perpétrés par l'armée russe sont incomparablement plus grands que ceux causés par les combattants tchétchènes. Si le combat oppose une puissance coloniale à des personnes colonisées, tous les Tchétchènes ne combattent pas pour les bien universels des habitants d'Ischkérie. Une prise d'otage dans une école n'est pas une action excusable.

Le peuple tchétchène était désespéré : il avait cru à l’indépendance, mais la gestion du président indépendantiste Maskhadov à partir de janvier 1997 avait laissé libre cours aux pratiques mafieuses de tous ordres. A la fin 1999 et dans les années qui ont suivi, les Tchétchènes n’avaient plus rien à quoi se raccrocher. Le déclenchement de la deuxième guerre sonnait le glas de leurs illusions.



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Jeudi 20 mars 2008

Le 12 mars dernier, à la Librairie de Paris, Michel Onfray rencontrait ses lecteurs, pour un débat en compagnie de Judith Perrignon qui lui a consacré un portrait, dans le premier numéro de XXI.


 

Extraits : 

 

 

Retrouvez le programme des rencontres de XXI, dans l'Agenda, ici.

 

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