Dans Mon cousin colon, publié dans le numéro 11, Benoît Vitkine fait le portrait de son cousin, installé dans une colonie de Cisjordanie. Coulisses d'un récit familial.
Qui est ce cousin dont vous racontez l’histoire ?
Mon oncle, le frère de mon père, est parti vivre en Israël à vingt ans. A la différence de sa famille, peu pratiquante, il s’était découvert une vocation religieuse et politique à l’adolescence. Juif ashkénaze, il a épousé une Marocaine séfarade, dont il a eu sept enfants, élevés religieusement. J’ai rencontré cette branche de ma famille il y a deux ans seulement lors de vacances en Israël. Mon oncle m’a reçu dans leur appartement familial de la banlieue de Jérusalem. C’était jour de Shabbat, tous les enfants étaient réunis, dont mon cousin Akiva, sa femme et leur bébé.
Akiva et sa femme, Batya: "On a une vue magnifique de chez nous."
Pourquoi écrire sur lui?
Akiva et moi avons à peu près le même âge, et nous nous sommes tout de suite bien entendus, malgré nos modes de vie très différents. Je ne suis pas croyant, je ne parle pas l’hébreu. Lui a choisi de vivre en mobile-home dans une colonie illégale de Cisjordanie entourée de villages arabes. Ce choix de vie radical, je voulais essayer de le comprendre. Un an après notre rencontre, je suis retourné en Israël, chez lui.
Akiva s'est installé dans un mobile-home avec sa famille.
Votre famille était-elle d’accord ?
Le côté français de ma famille était assez réticent à l'idée de ce reportage, qu’il voyait comme une source potentielle de conflits. Akiva était méfiant lui aussi. Il trouve, à tort ou à raison, que les médias européens sont a priori anti-israéliens. J’ai été franc avec lui : je lui ai dit qu’il n’aimerait peut-être pas mon récit, car la plupart des gens ne se reconnaissent pas dans leur portrait. Finalement il m’a fait confiance et m’a ouvert les portes de sa colonie.
La colonie illégale de Guiva, en Cisjordanie, où vit Akiva.
Est-il difficile d’écrire sur un proche ?
J'ai choisi d'écrire que nous sommes cousins dès les premières lignes pour poser les choses. Cela m’a permis d’assumer une certaine proximité. Ensuite, j’ai simplement retranscrit les paroles d'Akiva, sans jugement, et raconté son quotidien. Ma plus grande crainte était de le faire passer pour un extrémiste cinglé.
Les collines de Guiva sont le territoire réservé des colons.
Quelle a été sa réaction en lisant le papier ?
Comme il ne parle pas français, il l’a traduit sur internet. Il ne s’est pas senti trahi, mais ne s’est pas reconnu non plus. Je l’ai par exemple beaucoup interrogé sur les Palestiniens ; mais lui, les Arabes, il n’y pense pas tous les jours.
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© Michel Galvin pour XXI

*Des nouvelles d’Alain (4)
