Mardi 18 mars 2008
La rebellion touareg au Mali a repris en août 2007, après un cessez-le-feu d’un peu plus d’un an. Plusieurs positions de l’armée régulière malienne ont subi des attaques faisant plusieurs
morts et des otages parmi les militaires. Journaliste basé au Mali, François-Xavier Freland, est parti sur leurs traces.
De Bamako, il faut plusieurs jours de
route avant de rejoindre l'extrême nord-est du Mali, aux confins de l'Algérie et du Niger. La zone touareg est en perpétuelle rébellion depuis les années 90. La route est droite, "bien goudronnée"
comme on dit au Mali... Un rocher qu'on appelle "La main de Fatima" veille sur les automobilistes. Nous traversons des campements touaregs, nous croisons des caravanes de dromadaires... Cette
8ème région du Mali est l'une des plus pauvres. Depuis la reprise de la rébellion touareg en août dernier, les projets de développement sont en suspens. Pourtant, le sous-sol recelle de richesses,
pour certaines encore inexploitées: outre le phosphate, on se prépare dans la région de Tombouctou, à extraire du pétrole qui attise toutes les convoitises. Les américains projettent d'installer
une base militaire dans la région sous prétexte de lutter contre Al Qaida.
Kidal, la capitale régionale, est une ville insoumise depuis toujours. Des tanks abandonnés en pleine rue témoignent des combats passés contre les rebelles. Ici, le touriste ne se hasarde plus, même si l'hôtel Krutel est là, qui attend.
Dans cette ville silencieuse, je rencontre Rhissa Ag Ratbou. Ancien chef de la cause touareg, il est rentré dans le rang. Il s'est présenté aux dernières élections législatives. Il approuve les accords de paix signés en juillet 2006, entre le gouvernement malien et l'alliance démocratique touareg. «Les Touaregs sont des rebelles par principe, ils ont ça dans le sang. Ils aiment les armes. Vous n'avez pas un seul mariage qui se déroule sans coups de fusil», dit-il. «L'Etat malien a, selon lui, beaucoup fait pour la région. Certains sont impatients. Ils veulent tout, tout de suite.»
L
e lendemain, huit heures du matin, nous
sortons de Kidal clandestinement, en évitant les checks points. J'ai rendez-vous avec les rebelles, dans le désert, à 180 kilomètres d'ici, du côté de Tinzaouatène, à la frontière algérienne. Le
chauffeur, qui ne parle pas français a le regard braqué sur la route. Nous filons à vive allure sur la piste Clauzel, du nom de l'administrateur français qui l'inaugura dans les années cinquante.
Cordon vital entre l'Algérie et le Mali, elle aurait dû être asphaltée. Elle est aujourd’hui à l'abandon, dans la région du massif de l'Adrar des Ifoghas.
Après plusieurs heures de route, le chauffeur arrête la voiture et entre en contact avec le chef de la rébellion touareg au Mali: Ibrahim Ag Bahanga. Le feu vert est donné, la route est libre. Nous empruntons une piste encore plus cahoteuse pour entrer dans l'une des bases de la rébellion. Tous les cinquante mètres, des débris d'obus récupérés lors des derniers accrochages avec l'armée malienne indiquent le chemin à suivre.
Des hommes viennent à ma rencontre. Je constate qu'ils n'ont pas d'arme. Il règne ici une certaine décontraction. Une insouciance même. Comme si l'on jouait à la guerre, et que c'était l'heure de la pause. L'accueil est chaleureux. C'est la première fois depuis la reprise de la rébellion en août dernier qu'un journaliste vient leur rendre visite.
Cérémonial obligé, je suis invité à boire le thé. De jeunes rebelles discutent et rient. L’un déclame pour moi quelques vers improvisés où sont racontés les derniers événements :
Après le repas, l’un veut me montrer sur son téléphone portable des images inédites. Devant des 4X4 équipées de mitrailleuses, deux chefs : Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga, rebelle maintes fois intégré dans l'armée malienne.Tous deux ont l'air organisés et disposent de matériel militaire.
Le temps s’écoule lentement… De jeunes soldats jouent aux dames. Il est 15 heures, Ibrahim Ag Bahanga n'est toujours pas au rendez-vous. Pour me faire oublier son absence, on essaye de me distraire. L'un d'eux, Madi, pose devant une mitrailleuse.

Au loin, le soleil décline. Ibrahim Ag Bahanga n'est toujours pas là. Soudain, un grondement de moteur d'auto. C'est lui. La presse malienne présente cet homme combattant formé en Libye dans les années 80 comme «un bandit, un assassin, un illuminé». Il veut prier avant de me rencontrer puis accepte de me rencontrer.
Tous les otages ont été libérés récemment. La rébellion touareg attend un geste du gouvernement malien. Le gouvernement attend que les rebelles rendent les armes. Dans cette obscurité saharienne, on ne distingue pour le moment, rien d'autre, qu'une impasse.
Un reportage de François-Xavier Freland sur la rebellion touareg au Mali est visible sur le site de France 24, ici.
BIOGRAPHIE

François-Xavier Freland est journaliste et correspondant de France 24 et France Inter au Mali. Il est l'auteur de plusieurs essais, dont "L'africaine blanche" paru chez Autrement en 2004 en partenariat avec RFI. Il a collaboré à avec France Info, et l'UNESCO, afin de rédiger un ouvrage sur les traditions orales et immatérielles à paraitre prochainement.
Pour faire connaître cet article autour de vous: Cliquez ici.
De Bamako, il faut plusieurs jours de
route avant de rejoindre l'extrême nord-est du Mali, aux confins de l'Algérie et du Niger. La zone touareg est en perpétuelle rébellion depuis les années 90. La route est droite, "bien goudronnée"
comme on dit au Mali... Un rocher qu'on appelle "La main de Fatima" veille sur les automobilistes. Nous traversons des campements touaregs, nous croisons des caravanes de dromadaires... Cette
8ème région du Mali est l'une des plus pauvres. Depuis la reprise de la rébellion touareg en août dernier, les projets de développement sont en suspens. Pourtant, le sous-sol recelle de richesses,
pour certaines encore inexploitées: outre le phosphate, on se prépare dans la région de Tombouctou, à extraire du pétrole qui attise toutes les convoitises. Les américains projettent d'installer
une base militaire dans la région sous prétexte de lutter contre Al Qaida.Kidal, la capitale régionale, est une ville insoumise depuis toujours. Des tanks abandonnés en pleine rue témoignent des combats passés contre les rebelles. Ici, le touriste ne se hasarde plus, même si l'hôtel Krutel est là, qui attend.
Dans cette ville silencieuse, je rencontre Rhissa Ag Ratbou. Ancien chef de la cause touareg, il est rentré dans le rang. Il s'est présenté aux dernières élections législatives. Il approuve les accords de paix signés en juillet 2006, entre le gouvernement malien et l'alliance démocratique touareg. «Les Touaregs sont des rebelles par principe, ils ont ça dans le sang. Ils aiment les armes. Vous n'avez pas un seul mariage qui se déroule sans coups de fusil», dit-il. «L'Etat malien a, selon lui, beaucoup fait pour la région. Certains sont impatients. Ils veulent tout, tout de suite.»
L
e lendemain, huit heures du matin, nous
sortons de Kidal clandestinement, en évitant les checks points. J'ai rendez-vous avec les rebelles, dans le désert, à 180 kilomètres d'ici, du côté de Tinzaouatène, à la frontière algérienne. Le
chauffeur, qui ne parle pas français a le regard braqué sur la route. Nous filons à vive allure sur la piste Clauzel, du nom de l'administrateur français qui l'inaugura dans les années cinquante.
Cordon vital entre l'Algérie et le Mali, elle aurait dû être asphaltée. Elle est aujourd’hui à l'abandon, dans la région du massif de l'Adrar des Ifoghas.Après plusieurs heures de route, le chauffeur arrête la voiture et entre en contact avec le chef de la rébellion touareg au Mali: Ibrahim Ag Bahanga. Le feu vert est donné, la route est libre. Nous empruntons une piste encore plus cahoteuse pour entrer dans l'une des bases de la rébellion. Tous les cinquante mètres, des débris d'obus récupérés lors des derniers accrochages avec l'armée malienne indiquent le chemin à suivre.
Des hommes viennent à ma rencontre. Je constate qu'ils n'ont pas d'arme. Il règne ici une certaine décontraction. Une insouciance même. Comme si l'on jouait à la guerre, et que c'était l'heure de la pause. L'accueil est chaleureux. C'est la première fois depuis la reprise de la rébellion en août dernier qu'un journaliste vient leur rendre visite.
Cérémonial obligé, je suis invité à boire le thé. De jeunes rebelles discutent et rient. L’un déclame pour moi quelques vers improvisés où sont racontés les derniers événements :
- «Il est temps de nous rejoindre. Nous venons de prendre 10 voitures qui transportaient des bérets rouges».
- «On a participé à une journée de guerre importante, les canons ont tiré, toutes les armes ont crépitées, elles sont devenues chaudes et Semi a bien défendu sa position».
- « L'armée malienne du président ATT est démantelée, nous crions haut et fort le nom d'Hassan Fagaga».
Après le repas, l’un veut me montrer sur son téléphone portable des images inédites. Devant des 4X4 équipées de mitrailleuses, deux chefs : Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga, rebelle maintes fois intégré dans l'armée malienne.Tous deux ont l'air organisés et disposent de matériel militaire.
Le temps s’écoule lentement… De jeunes soldats jouent aux dames. Il est 15 heures, Ibrahim Ag Bahanga n'est toujours pas au rendez-vous. Pour me faire oublier son absence, on essaye de me distraire. L'un d'eux, Madi, pose devant une mitrailleuse.
- Madi : Je n'ai pas peur de la mort.
- François-Xavier Freland : Tu es prêt à suivre Ibrahim jusqu'à la mort ?
- Madi : Oui, parce que moi je ressemble à Ibrahim. C'est moi-même Ibrahim. Ce n'est pas juste le problème d'Ibrahim, c'est le problème de nous tous.
- FXF : Tu ne te sens pas Malien ? Tu n'es pas Malien ?
- Madi : Je suis un Malien oui...
- FXF : Mais un Touareg ?
- Madi : Un Touareg oui...

Au loin, le soleil décline. Ibrahim Ag Bahanga n'est toujours pas là. Soudain, un grondement de moteur d'auto. C'est lui. La presse malienne présente cet homme combattant formé en Libye dans les années 80 comme «un bandit, un assassin, un illuminé». Il veut prier avant de me rencontrer puis accepte de me rencontrer.
- François-Xavier Freland : Qu'attendez-vous du gouvernement malien ? Quelle est votre première revendication?
- Ibrahim Ag Bahanga, Chef rebelle de l’ATNMC (Alliance touareg Nord-Mali pour le changement) : Ce que nous voulons, c'est un peu plus d'autonomie dans notre région, plus de tranquillité, plus de sécurité assurée de la part des autorités maliennes. Chaque fois que nous réclamons nos droits, l'état les rejette. Après la première insurrection du 23 mai 2006, il y a eu la signature des accords d'Alger qui donnait enfin du poids à la décentralisation, prévoyait le départ du dispositif militaire déployé dans la région de Kidal ains que la mise en place d'un programme d’insertion des combattants touaregs.Nous avons respecté cet accord en déposant nos armes le 9 mars 2007 à Kidal. Mais le gouvernement en a saboté l'application. Il a déployé ses forces de sécurité au nord-est en proférant des menaces. C'est ce qui explique le dernier soulèvement.
Tous les otages ont été libérés récemment. La rébellion touareg attend un geste du gouvernement malien. Le gouvernement attend que les rebelles rendent les armes. Dans cette obscurité saharienne, on ne distingue pour le moment, rien d'autre, qu'une impasse.
Un reportage de François-Xavier Freland sur la rebellion touareg au Mali est visible sur le site de France 24, ici.
BIOGRAPHIE

François-Xavier Freland est journaliste et correspondant de France 24 et France Inter au Mali. Il est l'auteur de plusieurs essais, dont "L'africaine blanche" paru chez Autrement en 2004 en partenariat avec RFI. Il a collaboré à avec France Info, et l'UNESCO, afin de rédiger un ouvrage sur les traditions orales et immatérielles à paraitre prochainement.
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par XXI
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