Mercredi 5 mars 2008
«Betrayed» (Trahis) est une pièce de théâtre du journaliste George Packer. La pièce met en scène les vies de trois Irakiens, traducteurs à l’Ambassade américaine à Bagdad. Inspiré d'un de ses reportages en Irak publié en mars 2007 dans le New Yorker, “Betrayed” est produite actuellement à New York.
Le site internet du New Yorker en propose quelques extraits, ainsi qu’une interview de George Packer, qui explique comment de reporter, il s’est fait dramaturge. Voici la sélection du blog de XXI.
George Packer:
J’étais à Bagdad il y a un an, pour rendre compte de la situation des Irakiens qui travaillaient pour les Américains. Leur situation était vraiment désespérée. Leurs histoires étaient celles de gens pris pour cible par les insurgés, les militants, et même le gouvernement irakien. Certains quittaient le pays, d'autres avaient été tués. Les autres réalisaient que le gouvernement américain était au mieux... désinvolte, quand il s’agissait d’assurer leur sécurité.
Scène 1

Traducteur 1 : Il a dit: «Pourquoi travaillez-vous comme agent de l’occupant ? Il n’y a pas de lieux sûrs pour les traîtres en Irak».
Soldat américain: Est-ce qu’il vous a menacé ? Je lui casserai sa putain de tête personnellement s’il vous cherche de nouveau des ennuis.
Traducteur 1 : Ecoutez, c’est un problème pour nous. Les habitants de Bagdad pensent que les Irakiens comme nous sont des traîtres, que nous leur donnons des fausses informations. Vous devez diffuser votre message à la télévision de manière à ce qu’il soit compris. Les Irakiens ne voient rien des Américains, ils n’obtiennent rien des Américains. C’est dangereux pour vous, et pour moi.
Soldat américain : C’est bien au-dessus de mes moyens, mon pote.
Scène 2

Traducteur 1 : J’ai été naïf. J’ai cru que les Américains ne nous mentiraient pas. Nous étions amis, ok, mais ils ne nous faisaient pas confiance. (...)
George Packer
Dans la pièce, vous avez ces gens, à l’hôtel Palestine de Bagdad, qui reviennent des années plus tard sur la guerre. Cela me donne la possibilité de faire revivre les scènes comme des retours en arrière. Mais je décris aussi la situation dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui, dans la chambre d’hôtel: l’un d’entre eux est en grand danger. Il ne sait pas quoi faire et se tourne vers ses amis pour leur demander de l’aide.
Scène 3

Traducteur 2 : OK, quitte le pays!
Traducteur 1 : J’ai essayé. Je ne suis même pas arrivé à la frontière saoudienne. La police des frontières m’a arrêté avec l’aide de je ne sais quelle technologie américaine. Devine quoi ? Mon passeport est un faux. (…) Ils ont pris mes 600 dollars. J’ai du rentrer chez moi, sans passeport, sans argent, juste davantage de menaces.
Traducteur 2 : Essaie encore avec ta carte d’identité. Ils disent…
Traducteur 1 : Oublie. A la frontière, les Saoudiens commencent à demander un visa. C’est comme la Jordanie maintenant. Il n’y a nulle part où fuir, nulle part où se cacher.
George Packer
«Ils ne m’accorderont pas l’asile, ils ne me donneront jamais de visa. Pourquoi ? Parce que faire ça, c’est reconnaître leur échec en Irak». Ca, c’est une citation directe d’une de mes interviews. Beaucoup des dialogues de la pièce viennent de ces interviews. C’est un sentiment assez répandu parmi les Irakiens.
Il y une scène que j’ai écrite très tard dans les répétitions. Il y a les deux principaux personnages irakiens de la pièce qui débutent et terminent la pièce dans la chambre d’hôtel et un troisième, une femme irakienne qui travaillent dans le même bureau à l’Ambassade américaine. Ils sont dans le bureau, discutant entre eux alors qu’ils travaillent. La discussion va et vient entre le passé et l’avenir, comment ils se voient dans cinq ans.
Scène 4

Traducteur 3 : Dans cinq ans, je serai à l’UNESCO, à Paris, afin d’apporter de la littérature britannique dans les pays arabes, en particulier, les livres que n’étions pas autorisés à lire.
Traducteur 2 : Sympa…
Traducteur 3 : En train de faire de la cuisine française dans mon appartement. Mes frères et mes sœurs me rendront visites pendant les vacances. On ira skier tous ensemble, et je serai la première à arriver en bas de la piste.
Traducteur 1 : Tu seras mariée à un Français qui s’appelle Jacques…
Traducteur 3 : Pas si vite. Je serai mariée à ma carrière…
George Packer
Et ils ont tous leurs propres rêves. Peut-être un peu improbables, mais pas invraisemblables. Mais à la fin, Adnan, qui vraiment est le centre moral de la pièce leur dit:
Traducteur 2 : Peut-être que je serai rédacteur en chef d’un journal progressiste célèbre.
Traducteur 1 : Cool!
Traducteur 2 : Peut-être que j’écouterai du jazz à New York.
Traducteur 1 : Super cool!
(…)
Traducteur 2 : Tout est possible en Irak. Peut-être que nous serons tous à nous cacher des milices et des insurgés. Dans un trou, comme Saddam, ou dans la voiture d’un trafiquant en route pour la Syrie... Tout est possible.
Vous pouvez accéder aux séquences, à l'interview de George Packer, ainsi qu'à son article original sur le site du New Yorker (en anglais).
par XXI
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Journaliste, Sorj Chalandon a raconté, dans le premier numéro
de XXI, l'histoire de son amitié avec le membre de l'IRA, Dennis Donaldson et la trahison de ce dernier. Il revient pour le blog sur l'impératif d'honnêteté qui l'a guidé tout au long de son
travail en Irlande du nord.







