Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /2010 01:38

 

Benoit VitkineBenoît Vitkine (Mon cousin, colon) 26 ans, journaliste au Monde.fr. J’aime Paris, les voyages, les livres, la mer, Moscou, ma famille, les gares, le foot, l’Afrique, la radio, le cinéma, le désert, la neige. J’aime prendre mon temps pour lire, pour écrire, j’aime XXI.


Anne BrunswicAnne Brunswic (Le médecin qui sourit) Explorant des genres différents, écrivaine du réel d’humeur souvent vagabonde (Sibérie, Palestine, Bosnie), je poursuis depuis dix ans une enquête personnelle sur les blessures du monde. Bienvenue en Palestine, chroniques d’une saison à Ramallah (Actes Sud) a reçu le prix RFI Témoin du monde. (www.annebrunswic.fr)


16028364silhouette-homme-jpgBenny Lévy (Opération Toto) Benny Lévy est un pseudonyme. Pour protéger ses sources et en raison de la sensibilité de l’histoire, l’auteur n’a eu d’autre choix que de prendre un nom de plume. Le récit de l’opération Toto repose sur de nombreux documents originaux, des actes légaux et des interviews avec des parties impliquées.


Image 2Monique Yazdani (Douces folies de Sibérie) Née à Lübeck en 1974, j’ai étudié la photo au London College of communication et à l’université de Westminster. J’ai développé mes premières images à 4 ans dans la salle de bain familiale, transformée en laboratoire par mon frère. Depuis, je n’ai jamais arrêté. La salle de bain de ma jeunesse s’est agrandie à la Birmanie et à l’Afrique du Sud, au Congo et à l’Inde, au Guatemala et à l’Australie. Je vis entre Berlin et Hambourg et suis membre de l’agence Focus.


CasterSylvie Caster (L’étrange pavillon du docteur Henry) Journaliste et écrivain, Sylvie Caster promène régulièrement sa délicate plume dans XXI. Au Canard enchaîné, elle a tenu pendant treize ans une chronique hebdomadaire qui lui a valu le prix Mumm. Elle a publié en 1980 son premier roman, Les Chênes verts, puis Nel est mort, Bel Air, La Petite Sibérie et Dormir.



Guibert okEmmanuel Guibert (Des nouvelles d’Alain 4) Ce dernier épisode des Nouvelles d’Alain dit notre admiration pour Ivan Akimov et les Kesaj Tchavé. Je suis invité les 19, 20 et 21 novembre prochains au festival de bande dessinée de Blois, et je me suis laissé dire que la troupe y serait présente (ainsi qu’à Rennes, fin novembre). Bienvenue aux lectrices et lecteurs de XXI qui viendront danser. Et bienvenue aux organisateurs de spectacles que cela inspirerait d’inviter chez eux les « Enfants de la fée ».


Keler OKAlain Keler Après un tour du monde sac au dos, je suis devenu photographe pour l’agence Sygma. Prix Paris Match en 1986 avec « L’Ethiopie sous la pluie », je finis par réaliser que tout ce travail a comme unique compteur le nombre d’avions utilisés. Je quitte Sygma pour entamer une vraie vie de photographe. Le projet Vents d’Est a obtenu le prix Eugene-Smith en 1997. J’ai rejoint l’agence MYOP en 2008.


Francois MusseauFrançois Musseau (Les Allemands perdus du Paraguay)Né en 1966, je vis et travaille à Madrid depuis onze ans, où je suis correspondant de Libération et de RFI. En 1991, dès mon diplôme de journaliste en poche, j’ai suivi en indépendant le conflit yougoslave, de Vukovar à Sarajevo. J’y éprouve le danger, mais aussi le goût immodéré du reportage et du voyage journalistique. Cela m’amènera à m’établir pendant cinq ans à New Delhi, d’où je roulerai ma bosse dans tout le sous-continent indien. Ces derniers temps, c’est l’Amérique latine, une passion adolescente, qui a chez moi repris le dessus.


Clarisse FeletinClarisse Feletin (La juge et les dioxines) Réalisatrice, j’ai commencé par larguer les amarres après les études. Deux transatlantiques en voilier et en stop, puis un an en Océanie et en Amérique du Sud, pour planter une caméra dans des tribus isolées. Je me suis aussi intéressée à une grande résistante méconnue et en ai tiré un livre, Hélène Viannay, l’instinct de résistance. En parallèle, j’enquête, depuis plus de treize ans, sur les problématiques de l’incinération et la pollution aux dioxines. Jamais, avant La juge et l’affaire des dioxines (mention spéciale au festival Figra), je n’avais pénétré dans le secret de l’instruction.


Natalie Levisalles PCNB06Natalie Levisalles (Enquête sur les békés de Martinique) Journaliste à Libération depuis 1994, j’ai fréquenté un certain nombre de services, des Sciences aux Livres, en passant par l’Etranger et les pages Rebonds. En fait, beaucoup de choses m’intéressent. Pas toutes, mais beaucoup. Beaucoup de gens et d’endroits aussi, la Caraïbe par exemple. C’est comme ça que je suis tombée sur les békés, pas les plus représentatifs des Caribéens, je vous l’accorde. En septembre dernier, j’ai publié un essai, L’Ado (et le bonobo) (Hachette Littératures). Les adolescents m’intéressent aussi.


Jean LeymarieJean Leymarie (Entretien avec Stéphane Hessel) La radio est mon univers. Chaque matin, j’apporte quelques nouvelles du monde aux auditeurs de France Info. Les sons résonnent, se bousculent. L’actualité va très vite, alors parfois je m’arrête pour la regarder au fond des yeux. Le temps nécessaire pour la comprendre. Quand je ne suis pas en studio, je marche. Tout près ou très loin. J’arpente les rues de Paris. J’aime boire des cafés ici et des bières en Australie.


Jean Philippe StassenJean-Philippe Stassen (L’étoile d’Arnold) Né de parents enseignants en 1966, il grandit à Liège. A 15 ans, le remboursement des frais de nettoyage d’un rideau de fer sur lequel son ami Hafid et lui-même avaient réalisé une magnifique fresque (que le propriétaire ne leur avait pas commandée) lui fait accepter un premier travail rémunéré : une BD sur l’immigration marocaine en Belgique. En 1994, l’actualité rwandaise l’oblige à changer sa façon de voyager et de travailler. Il s’intéresse à l’histoire des anciennes colonies. En 2005, installé dans une maison du sud du Rwanda, il prend six mois pour lire Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad en anglais. Il vit aujourd’hui à Paris. Ses amis et même ceux qui ne le sont pas lui reconnaissent un certain talent de cuisinier.


Jean Marie ThéodatJean-Marie Théodat (« Lever l’ancre ») Mon enfance fut une attente désespérée de mon père, parti de la maison et dont la voix lointaine me revenait souvent les jours de grand deuil. Ma jeunesse, une promesse de salut par les études, sous l’impulsion de mes maîtres (le plus souvent bretons de Ploërmel). Ma mère, couturière de métier, ne me retint pas lorsque je manifestai le désir d’aller étudier à Paris. Après des études de géographie à la Sorbonne je me suis orienté vers le métier d’enseignant. Je suis, depuis avril 2010, le responsable, pour la Caraïbe, de l’Agence universitaire de la francophonie. Je suis aussi papa de deux filles adorables qui me manquent dans mon exil à rebours vers la terre natale.

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Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /2010 00:10


MartinJean-François Martin (Couverture) Né à Paris en 1967, diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’arts appliqués et des métiers d’art, Jean-François Martin est d’abord graphiste chez Bayard. En 1993, il se lance dans l’illustration jeunesse. Depuis, il publie dans l’édition et dans la presse, française et étrangère (Libération, Télérama, Le Monde, The New York Times, The Washington Post, Time Magazine). Son travail est régulièrement exposé à Paris.

 

RoccoRocco (Détonnant) Rocco est né à Metz, il a grandi à Grenoble et vit à Paris. Illustrateur et graphiste, il travaille pour la presse et l’édition (Libération, Le Monde, Liaisons sociales, SVM Mac, notamment). La Chienne édite ses affiches et son WAWAcolor, CBO ses ouvrages sérigraphiés. Il a illustré Les Etourdissantes Aventures du beau-singe roichez Albin-Michel jeunesse.

 

Michel GalvinMichel Galvin (Mon cousin, colon) Né à Paris au début des années 1960. Sa passion précoce pour l’image narrative (voir photo) et le gribouillage en général lui permettra de vivre sa relation problématique avec l’Education nationale avec distance, voire bonne humeur, d’éviter les écueils des addictions en tout genre, si typiques de cette époque, (drogues, sucre, télé, violence, musiques faciles) avec brio et de gagner des sommes d’argent considérables… Une vraie réussite en somme.

 

James-Majowski-PortraitJames Majowski (Le médecin qui sourit)Jeune illustrateur et graphiste, je suis basé à East London et je travaille aussi bien pour des journaux – The Guardian, The New Yorker – que pour des sociétés. Je suis sorti diplômé en 2007 du fabuleux Arts University College de Bournemouth et j’ai d’abord travaillé dans la publicité avant de me lancer dans l’illustration.

 

VerdaguerRaymond Verdaguer (Opération Toto) Né dans les Pyrénées, Raymond Verdaguer vit et travaille à New York. Pour la presse et l'édition, plutôt que d’utiliser le dessin, Raymond a choisi la gravure : une technique plus rigoureuse qui va vers l'essentiel, donne plus de solidité, plus de vérité et moins de frivolité à l’image. Raymond contribue au New York Times, The Wall Street Journal, Harper’s Magazine…

 

 

ColcaColcanopa (L’étrange pavillon du docteur Henry) Né dans le Nord en 1977, j’ai franchi la frontière pour étudier l’illustration à Saint-Luc à Tournai (Belgique). Graphiste en agence, j’ai réalisé pendant cinq longues années des pochettes de disque clinquantes pour les majors parisiennes. Pour me racheter une conduite, j’ai créé en 2005 un blog d’illustration d’actualité et de dessins bizarres. Je vis et travaille à Lille.

 

 

FloretJacques Floret (Les Allemands perdus du Paraguay) Après avoir présenté un premier dessin le 14 septembre 1993 à Chambéry, Jacques Floret a multiplié les expositions en France et à l’étranger. Il travaille comme illustrateur, notamment pour Le Monde. Il a publié dernièrement Rachel & Rosco aux éditions Dilecta, mais aussi Oh ! le bel été et Mammaire aux éditions Derrière la salle de bains.

 

 

photo TallecOlivier Tallec (La juge et les dioxines) Petit, j’aurais aimé être chef indien mais, après quelques recherches, il y avait assez peu de débouchés. Je suis donc devenu dessinateur. Né en Bretagne, en 1970, j’ai suivi les cours de l’Ecole supérieure d’arts appliqués Duperré, à Paris, avant de partir pour de longs voyages en Asie et en Amérique du Sud. Je me consacre à l’illustration pour la presse et à l’édition jeunesse. Ma première BD, Negrinha, date de 2009 (Gallimard, coll. Bayou).

 

Philippe LardyPhilippe Lardy (Enquête sur les békés de Martinique) Né en Suisse le jour de la sortie du premier 45-tours des Rolling Stones, j’ai débuté ma vie professionnelle à New York en passant par la School of Visual Arts et en coéditant Gin & Comics avec l’illustrateur José Ortega : une publication de grand format qui présentait au public américain un échantillon de leurs artistes favoris. J’ai quitté les Etats-Unis en 2000 pour Paris afin de mettre l’accent sur mon travail de peintre.

 

yeend portrait d12400i51Richard Yeend (Entretien avec Stéphane Hessel) Né le 5 avril 1945, il rejoint en 1975 le Boston Herald où, directeur artistique, il redessine le quotidien et son supplément dominical. En 1978, il part au New York Times, pour remaquetter les cahiers financiers et « Business ». Il y publie des caricatures sportives. Il poursuit son travail de rénovation en 1987, à l’International Herald Tribune puis, en 1998, à Die Welt. Il devient directeur artistique du Wall Street Journal Europe en 1999. Il a dessiné le logo du Berliner Morgenpost et huit polices typographiques : Abbot Uncial, Broad Street, Broad Street Text, Acorn, Bangor, Comix, Maidenhead et Saxony Script.

 

DutertreCharles Dutertre (« Lever l’ancre ») Je vis et travaille à Nantes comme illustrateur pour la presse et l’édition jeunesse. Je viens de terminer un livre avec Alex Cousseau, Le roi qui n’a rien (à paraître en septembre, Gallimard Jeunesse Giboulées).

 

 

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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /2010 05:58


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.

 

Le 20 juin, son invité était Jean-Claude Raspiengeas, auteur d'un entretien avec René Martin, publié dans le numéro 11. Passionné de rock, René Martin est devenu l'organisateur de la Folle journée de Nantes, le festival de musique classique le plus fréquenté de France.

 

Ecoutez l'interview

web_Rene-Martin.250.jpg ©Richard Yeend


Le site officiel de la Folle journée

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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /2010 19:03

Que sont devenus les habitants de l'immeuble 51, à Grozny?


Près de dix ans après son film le "51", tourné pendant la deuxième guerre de Tchétchénie, la réalisatrice Mylène Sauloy est retounée voir les habitants de l'immeuble 51 qu'elle avait filmés sous les bombes. Depuis, Grozny a été reconstruite. Ramzav Kadyrov dirige la Tchétchénie d'une main de fer avec le soutien de Moscou. La guerre est terminée, mais les habitants du 51 ont toujours peur. 

 

 

 

Réalisatrice, camérawoman, Mylène Sauloy est "tombée dans la marmite de la Tchétchénie" en 1994, lors du premier conflit entre le gouvernement fédéral de Moscou et les groupes armés tchétchènes.  Depuis, elle y retourne près de trois fois par an. "C'est devenu assez obsessionnel." 


Au début de la deuxième guerre, de 1999-2000, elle entre dans la cour d'un immeuble à moitié détruit, le 51, où s'est réfugiée une communauté éclectique et multiconfessionnelle. Ce jour-là, des femmes sont en train de cuisiner dehors. "Ca s'est mis à canarder dans tous les sens dans la ville, mais les femmes ont continué à cuisiner en me racontant leur guerre." Mylène Sauloy retourne voir ces civils à chaque saison pendant un an."J'y allais presque en amie et restais chaque fois quelques jours avec eux." Ce premier documentaire sur "le 51", a été diffusé sur Arte en 2002.

 

Mylène Sauloy a réalisé une dizaine de films sur la Tchétchénie. Elle en reverse les bénéfices à l'association qu'elle a co-fondée, Marcho Doryila, qui signifie en tchétchène "Que la liberté entre avec vous". 

 

Site de Marcho Doryila

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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /2010 06:36


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.

 

Le 13 juin, son invité était Michel Guerrin, auteur de Enquête sur le paradis d'un collectionneur, publié dans le numéro 10. Dans sa bibliothèque de Los Angeles, Manfred Heiting a un trésor de 20.000 livres, plus rares les uns que les autres.

 

Ecoutez l'interview.

 

enqueteHEITING-2.jpg© Eunhwa Lee

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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /2010 16:48

A 250 kilomètres de Bucarest, Baspinar vit à l'heure d'Ankara. Sur 400 habitants, pas un seul Roumain. 

   

C'est en carriole, sur une route goudronnée mais rongée par les ornières, qu'on accède à Fantana Mare. Rebaptisé Baspinar par ses habitants, le village tire son nom d’une source découverte en 1278 et au débit toujours régulier.


Depuis sept cents ans, Baspinar est resté figé. Ses 400 habitants descendent des Ottomans et des Tatares venus conquérir la Roumanie au XIIIe et XIVe siècle. Ils ont préservé la culture et les traditions de leurs anciens repartis vaincus quelques siècles plus tard.

 

©Marine Vlahovic - Burcu Ambre Tosunoglu

 

Au centre du petit village, un minaret. Un café aussi où seuls se retrouvent les hommes. Sinon, des maisonnettes clairsemées, des poulaillers et des étables. En bruit de fond, les échos de la télévision turque. « Avant, on communiquait par lettre avec la famille installée en Turquie pour se tenir au courant », explique Nazile, une quinquagénaire ancrée sur la banquette qui lui sert de lit.

 

Unions mixtes


Sur les 400 habitants, pas un seul Roumain. « Il y avait une famille, à l’époque, se souvient Hassan d’une voix chevrotante, mais elle n’est pas restée longtemps." Pendant les fêtes religieuses, quand les enfants partent quêter des bonbons, la famille roumaine était toujours «oubliée ». Isolée, elle s’en est allé.


Peu désirée, la présence roumaine s’impose pourtant doucement. Par de multiples biais. Economiques d’abord : la crise de 2008 a contraint les plus modestes des habitants de Baspinar à vendre leurs champs à des Roumains. Sociaux ensuite : les jeunes peuvent aussi tomber amoureux de leurs voisins.


Les anciens du village ont beau veiller jalousement, ils ne peuvent guère empêcher les unions mixtes. La vieille Fatma évoque avec mépris sa belle-fille roumaine : « On l’a convertie, elle et ses quatre enfants, et on l’a renommée avec un prénom turc ». Cela n’a pas suffit : son fils ne lui rend plus visite.


Regard candide, corps frêle, cheveux soigneusement coiffés au gel, Enghin, 21 ans, a fréquenté pendant un an une roumaine. Poussé par sa famille, il l’a quittée : « Ma tante et ma grand-mère m’ont expliqué qu’elles ne viendraient pas à mon mariage si je n’épousais pas quelqu’un de chez nous. » Depuis, il a épousé Giulgian, une adolescente de 17 ans aux yeux clairs et au foulard fleuri, rencontrée à l’école coranique d’un village voisin.


De grosses voitures noires


Inscrits dans les écoles roumaines, les jeunes de Baspinar bénéficient d’un régime particulier : des professeurs venus d’Anatolie leur enseignent le turc et le Coran. Ankara finance les études religieuses en Turquie des meilleurs élèves de Baspinar. Nazile a refusé que sa fille suive cette voie: « Qui va-t-elle convertir ici ? Qui va la payer pour cela ? Ce n’est pas un métier d’être religieux de nos jours ».


Sur les registres de l’Etat roumain, les villageois se déclarent d’origine turque. Une association de migrants turcs, tous hommes d’affaires, distribue de l’aide. Ils arrivent sans prévenir la plupart du temps, à une cinquantaine, dans de grosses voitures noires. Sur un appel de l’imam, les habitants se regroupent sur la place. Les visiteurs distribuent des livres pour les écoles, et de la nourriture puis repartent aussitôt. «On ne connaît que leurs visages, mais on ignore leur nom et leur vie », regrette une habitante.

 

Les yeux tournés vers la Turquie


Si  les villageois de Baspinar sont restés, c’est par attachement à leur terre, mais aussi en raison de leur grande pauvreté. « On n’a pas d’issue de secours, on est là et on reste là, c’est tout », dit Enghin, dont le beau-père a dû vendre ses 5 hectares de terre l’année dernière pour nourrir ses cinq enfants. Quelques mois après, il ne reste plus rien à cette famille, sinon une dette de 200 lei (50 euros) contractée à l’épicerie du village.


Dans les environs, le travail est rare. Les hommes doivent émigrer, au moins quelques mois par an. « C’est beau ici mais il n’y a plus personne », sourit Aigiun, à la casquette tournée sur le côté. Aux rênes de sa carriole, il promène ses chevaux au milieu des champs inexploités, des kilomètres d’herbes folles balayées par le vent. Les jeunes de Baspinar ont les yeux rivés vers la Turquie.

 

Burcu Ambre TOSUNOGLU et Marine VLAHOVIC

 

 

LES AUTEURS

 

 Marine Vlahovic, 25 ans, est en contrat d'apprentissage à Radio France et au CFJ. Elle a réalisé ses premiers reportages avec un dictaphone avant de piger pour Arte Radio. Elle privilégie les problématiques sociales et a milité pour les droits des sans-papiers.

 

Image 3

 


 

Burcu Ambre Tosunoglu, 27 ans. Après un début de carrière en ressources humaines pour des entreprises du CAC40, ses convictions la poussent à reprendre ses études : elle veut être journaliste. Elle est actuellement en contrat d’apprentissage au CFJ et à l’AFP. Turcophone car née de parents turcs, elle revendique avec allégresse son mélange de culture ottomane et de franchouillardise.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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