Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 11:11


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
 
Le 10 janvier, son invité était Quintin Leeds. Le directeur artistique de XXI explique les choix graphiques de la revue et le format à l'italienne de la couverture. 

Ecoutez l'interview.

Par XXI - Publié dans : La vie de XXI
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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /2010 10:20

 A la rentrée universitaire, Patrick de Saint-Exupéry était invité par l'IFP (Institut français de presse) à donner une "leçon inaugurale" devant les étudiants. A XXI, ce titre nous a fait sourire. Notre rédacteur en chef endossant le rôle de donneur de leçons, lui qui biffe systématiquement tout ce qui peut ressembler à un point vue dans nos reportages, c'était l'arroseur arrosé. Au-delà du clin d'oeil, nous avons décidé de publier cette leçon sur le blog de la revue. Parce qu'elle exprime sa vision du journalisme et revient sur la genèse de XXI, qui fête aujourd'hui ses deux ans.
 L.M.


Quand – après avoir accepté votre gentille invitation - il m’a été expliqué, au téléphone qu’il s’agissait d’une « leçon inaugurale », j’ai été très impressionné. Et je vais vous dire pourquoi.

 

Je n’ai pas fait d’études, ou plutôt très peu. Et n’ai donc simplement jamais eu l’occasion d’entendre ou de participer à une « leçon inaugurale ». L’expression a beau être claire et limpide, elle n’a pour moi guère de réalité, au sens pratique du terme ; je veux dire : elle n’est pas incarnée par une expérience partagée.

 

Ce petit mot d’introduction donc pour vous faire part de ma difficulté première. Et surtout, pour vous amener sur un terrain qui m’est bien plus familier.

 

Je viens de mentionner deux mots. Ces deux mots sont, pour moi, au cœur du journalisme, de ce que devrait être le journalisme, de ce qu’il pourrait être. Ces deux mots sont : « réalité » et « expérience partagée ».  A ceux-ci, j’en ajouterais un troisième : « témoignage ».

 

A tort ou à raison, j’ai toujours pensé que la légitimité fondamentale du journalisme procédait de ces trois mots : « réalité », « expérience partagée », « témoignage ». Ajoutez-en un quatrième : « honnêteté », c’est à dire volonté – engagement - de raconter au plus près, au plus juste, en portant son regard sans céder au point de vue. Et nous avons, me semble-t-il, une base solide pour parler de journalisme.

 

Ces mots là sont des mots très simples. Ce qui est logique : le journalisme est fondamentalement un exercice tout en simplicité. Rendre compte du monde, l’exposer, ce sont là deux principes évidents. Mais, comme souvent, la difficulté n’est pas tant dans la définition que dans la mise en œuvre : s’il est complexe de faire simple, il est facile de faire complexe.

 

La presse est en crise, vous le savez. Et je ne vais pas développer ce point. Juste m’attarder un peu. Sur ce qui me semble en être l’un des ressorts essentiels : l’oubli justement de la simplicité.

 

Là où il y avait des hommes, des histoires d’hommes, la presse s’est faite de plus en plus technique. Elle s’est technicisée. Je veux dire qu’elle s’est oubliée, qu’elle s’est mise à négliger son ressort : le lecteur.

 

Peu à peu, les « mass médias » - un chapitre, un simple chapitre dans la longue histoire de la presse, un chapitre aussi peut-être en train de se clore -, ont enfermé le lecteur dans une représentation : il est devenu homme ou femme, il avait 20 ou 50 ans, était riche ou pauvre, provincial ou parisien, cadre ou employé… Qu’importe. Le lecteur, l’honnête homme, l’honnête femme, le curieux, ont disparu au profit de la cible. Devenus « gâteau », les lecteurs ont été découpés en tranches. A chaque tranche, sa recette. Et pour parvenir à additionner les tranches, une addition de recettes. Bien sûr, le résultat est devenu indigeste.

 

Quand nous avons imaginé la revue XXI, Laurent Beccaria et moi, nous avons eu tous deux de longues discussions. Au fil de ces échanges, Laurent en est venu à jour à me parler du « meilleur gâteau du monde », ce rêve d’enfant, de tout enfant, qu’un illustrateur s’était amusé à mettre en images.

 

Pour réaliser ce « meilleur gâteau du monde », l’illustrateur met donc en scène un enfant qui se dit, un jour, qu’il lui suffit de choisir tout ce qu’il aime. Dans un plat, l’enfant mêle sucre, frites, ketchup, chocolat, saucisses, oeufs, bonbons… Et passe le tout au four.

 

Voilà, le « meilleur gâteau du monde ».

 

Mais nous ne sommes plus des enfants, ou plutôt : plus tout à fait. Nous avons, vous et moi,  – et j’en reviens à ces mots :  « réalité », « expérience partagée » - éprouvé le réel et appris que la recette du « meilleur gateau du monde » était une impossible recette d’enfant.

 

Cela remet-il en cause le rêve du « meilleur gâteau du monde » ? Non, bien sûr, évidemment non, surtout pas.

 

Cela oblige simplement à réfléchir sur la recette et le but de notre métier.

 

A XXI, nous avons donc posé les choses un peu différemment. Nous n’avons pas cherché de recettes. Nous nous sommes dit une chose toute simple : essayons de parler aux lecteurs, à tous, sans distinction, sans les découper en tranches. Revenons à la base. A cette envie d’histoires partagée par tous, à ce désir ancré en chacun.

 

Et c’est un fait : nous avons tous envie d’entendre des histoires, nous avons tous souvenir d’histoires lues, entendues il y a longtemps ou hier. Nous nous inscrivons tous dans ces histoires partagées. Notre métier est de les raconter et de les transmettre.

 

Dans un reportage photo que nous avons publié, une jeune femme, Aurélie, disait ceci en parlant de son souvenir de lecture des Malheurs de Sophie : « A un moment, Sophie joue à la dinette et trempe un morceau de craie blanche dans l’eau. En lisant, j’ai eu le goût du lait dans la bouche. C’était merveilleux ».

 

L’image est belle, elle m’a frappée : « Le goût du lait dans la bouche ». Parvenir à transmettre ce « goût du lait », donner au travers de mots « le goût du lait ». Parce qu’on l’a éprouvé, parce que l’on estime que c’est important, parce que l’on entend s’adresser à chacun.

 

N’est-ce pas cela le journalisme ?... C’est en tout cas ce à quoi nous nous efforçons d’arriver à XXI. Parlant du journalisme, Adam Michnik avait cette formule : « Voir la mer dans une goutte d’eau ». Exercer son regard jusqu’à parvenir à l’aiguiser au plus fin, être capable au final de « rendre compte » de la mer au travers de la « goutte d’eau ».

 

Pour finir, trois « gouttes d’eau », trois petites « gouttes d’eau ».

 

La première, une lettre reçue, parmi de nombreuses autres. Une lettre d’une dame plutôt âgée qui habitait en province et nous disait qu’elle nous appréciait, ce qui était gentil. Mais qui, surtout, poursuivait en nous expliquant ceci : quand mes enfants passent chez moi, il se plongent dans le dernier numéro et mes petits-enfants veulent prendre l’exemplaire pour l’emporter avec eux. Pour vous dire la vérité pleine et entière : ce courrier – un détail, une « goutte d’eau » - nous a ravi et, bien plus que la satisfaction immédiate, nous a procuré une belle réserve d’énergie.

 

La deuxième « goutte d’eau » est tombée pendant mes vacances. Dans un endroit perdu en France, une dame m’interpelle : « On m‘a dit que vous étiez de XXI.

- Oui, c’est exact...

- C’est bien XXI, ce n’est pas commercial ».

Et la dame est partie. Sans plus un mot. Ce que voulait dire cette dame, elle-même commercante, était, me semble-t-il, tout simple : elle parlait d’un échange, et donc de la valeur qu’elle y attachait.

 

La troisième « goutte d’eau », enfin, a déboulé voici quelques jours. Une lettre encore – nous en recevons beaucoup et de belles – d’une jeune fille qui, du « haut de ses 17 ans », dit-elle, propose un récit et écrit : « Je n’ai pas la prétention de penser que cet article sera un jour publié, j’ai eu simplement l’envie de partager cette histoire et d’en faire part ». Cette histoire, nous l’avons lue.  Et la jeune fille, Pauline, c’est son prénom, ne le sait pas encore mais nous entendons la publier sur notre blog.

 

Cela n’a l’air de rien, je le sais. Juste trois « gouttes d’eau ». Et pourtant, nous voyons là, nous, dans ces trois gouttes, une mer. Oui, une mer...

 

Un dernier mot,  juste un dernier. Nous savons – toute l’équipe de XXI le sait – que nous avons une chance immense. Nous nous sommes lancés dans une aventure un peu folle. Depuis nos débuts, voici plus de deux ans maintenant, chaque numéro additionne des dizaines d’énergie et rencontre des lecteurs de plus en plus nombreux.  Tiré à 47.000 ex, le dernier numéro est actuellement en réimpression.

 

C’est rare. Nous en sommes conscients. Tout comme nous savons bien qu’il n’y a pas de « recettes miracles » à la crise traversée aujourd’hui par la presse...


Patrick de Saint-Exupéry

 

 

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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /2009 17:30

Thomas Salva, 25 ans, est photographe. Olivier Lambert, 24 ans, fraîchement diplômé d’une école de journalisme, est présentateur de journaux à RFI et chasseur de sons tous terrains. Ils se sont rencontrés « par hasard » au printemps dernier et ont décidé de raconter des histoires ensemble : celles de personnages croisés au coin de la rue, atypiques et attachants.


Des webdocumentaires faits maison, sans aide extérieure ni budget, un site internet, un blog, « Brèves de trottoirs » est né. Pour des raisons financières, les auteurs dénichent leurs «petites pépites » à Paris.


« Papy Dance », leur premier webdocumentaire, dresse un portrait drôle et touchant d'Elie, un grand-père qui rêve d’être danseur et DJ. Cliquez sur l'image pour voir :



Brevesdetrottoirs illustrations01

 


LES AUTEURS


lambert&salva


Thomas SALVA, 25 ans, formé aux Gobelins, photographe, vidéaste - à la recherche des souvenirs.

Olivier LAMBERT, 24 ans, formé à l'Institut français de presse, journaliste radio et plurimédia - à la recherche du futur.


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Jeudi 24 décembre 2009 4 24 /12 /2009 17:17


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C’est une sorte de rituel. Chaque année fin décembre, Carole Bohanne, militante pour la cause des sans-papiers, installée à Montfort-sur-Meu, près de Collinée, en Bretagne sud, découvre devant sa porte de drôles de cadeaux de noël : des cartons remplis de cochonaille et de bouteilles d’alcool…

 

Les colis sont déposés par les Maliens du village, salariés à l’abattoir, l’un des plus gros pourvoyeurs d’emplois de la région. Pour remercier cette co-fondatrice du collectif Mali-Monfort, ces Musulmans lui donnent systématiquement les présents qu’ils reçoivent de leur patron. Carole, qui vit en face de l’abattoir, est régulièrement allée voir la direction : « Je leur ai gentiment demandé s’il ne pouvait pas leur offrir autre chose, des chocolats par exemple ! Mais visiblement, je vais encore me retrouver avec du cochon pour l’année ! »

 

L.M.

 

Terminus, station Collinée, un récit de Zoé Lamazou, retrace l'histoire des Maliens de Collinée. A découvrir dans le dossier du n°8 de XXI, actuellement en librairie.

 

Voir le blog Mali-Monfort.


Par XXI - Publié dans : Les reportages du blog
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 10:05


France Info est partenaire de XXI: chaque dimanche à 8h54, Célyne Bayt-Darcourt reçoit un des auteurs de la revue.
 
Le 20 décembre, son invité était Thierry Oberlé. Le journaliste a publié dans le numéro 8 de XXI un entretien avec Gabriel Périès, historien et spécialiste des doctrines de la "guerre révolutionnaire". Le chercheur note un retour en grâce des logiques d'exception, et s'inquiète des politiques sécuritaires actuelles de la France.

Ecoutez l'interview.

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Par XXI - Publié dans : La vie de XXI
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Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /2009 12:00

L'archipel des Halligens, dans la mer du Nord, est menacé de disparition. Chaque jour, ses 330 habitants construisent à la main des digues pour se protéger de l'inexorable montée des eaux.


Il faut attendre que la marée soit basse pour prendre le petit autorail qui mène aux Halligens, un miniscule archipel de la Mer du Nord, au large des côtes allemandes. Les rails construits en équilibre à fleur de mer semblent percer les flots, si calmes en cet hiver naissant. A l’horizon, des gouttes de terre comme un mirage. C’est là qu’habite Ruth Hartwig-Kruse, qui conduit le wagon pour rentrer chez elle après une journée de courses sur le continent. Elle roule sur l’eau dans un halo de bruits mécaniques.


HalligenRuth Hartwig-Kruse rentre du continent avec ses courses.
Elle pensait que sa famille vivrait sur l'archipel jusqu'au crépuscule des temps.


Depuis trois siècles les racines de la famille Kruse courent dans ces îlots de tourbe et de boue. Ruth pensait qu’il en serait ainsi jusqu’au crépuscule des temps. Mais le réchauffement climatique pourrait avoir sonné le glas des Halligens. Elle monte, elle monte, la mer. Elle devient insistante, envahissante, hargneuse même, à rôder inlassablement autour des dix îles posées à raz de l’eau. « Le niveau de la mer est bien monté de 50 cm en vingt ans et tous les jours, lors des marées,  elle menace un peu plus de pénétrer sur nos champs, de tuer nos bêtes et de saccager nos cultures. De quoi vivrons-nous alors ? », s’inquiète Ruth, fière héritière d’une lignée de paysans.

Les 330 habitants des Halligens vivent d’élevage, d’agriculture et de tourisme. L’hiver, ils ramènent les bêtes à l’abri sur le continent, de peur des inondations. Ils ne sont pas de ceux que les défis effraient. La mer leur a déclaré la guerre, ils se battront jusqu’au bout.

Chaque matin, tous les hommes des Halligens se mobilisent sur les rives de leur île. La journée du mari de Ruth, Hermann, commence à sept heures. Avec les autres hommes de son île, Nordstrandischmoor, ils agencent une à une des pierres pour élever une digue de fortune qui enserre l’île minuscule. L’Etat les paie pour cette tâche de « protection des côtes allemandes ». « Quand nous aurons fini de faire le tour, il faudra recommencer car le niveau de la mer aura certainement de nouveau augmenté »,
dit Hermann d’une voix lasse. « Nous sommes en colère parce que les responsables du réchauffement climatique ne réalisent pas ce que c’est que de perdre la seule terre qu’on ait jamais connue. C’est comme devenir orphelin du jour au lendemain», dit-il.


Tempête sur les Halligen 1

La digue peut résister contre les petites marées mais, contre les « Landunter », une montée soudaine des eaux de plusieurs mètres qui intervient dix à vingt fois par an, elle ne peut rien. Un fort vent d’ouest, des courants capricieux, une pleine lune, et soudain la mer prend possession de l’archipel, l’aspire d’un coup, à l’exception des maisons construites chacune sur une colline artificielle de 8 mètres de haut. Quand l’océan se retire, il abandonne un dépôt de sédiments qui fertiliseront les prés salés.

« Les enfants adorent les Landunter, c’est toujours un peu la fête, comme si nous étions tous en voyage », dit Ruth. Elle aussi les aime bien, ces irruptions inattendues. Sa maison a encore quelques mètres d’avance mais, si la mer continue de monter, il sera impossible de surélever la maison. « Il faudrait construire une nouvelle colline et cela coûte des millions d’euros. L’Etat les a financées une fois, il ne le fera pas une deuxième fois », déplore Hermann.

L’archipel est né en 1362 des restes d’un pan de continent qui s’effondra sous une gigantesque tempête. On comptait alors une centaine d’îles. En 1720, un quart de la surface fut engloutie par la mer puis des tempêtes  et, en 1825, l’archipel fut à nouveau amputé de nombreuses de ses îles. En 1962, une grande tempête acheva de lui donner sa configuration d’aujourd’hui.

La victoire des hommes, c’est qu’ils y vivent encore.


L'AUTEUR

 

 

 

 

Géraldine Schwarz. Après dix ans d’AFP, deux prix et un ras-le-bol des conférences de presse, elle reprend sa liberté pour pouvoir se saouler de reportages. Sans limite de temps ni d’espace. Depuis Berlin, elle s’est réinventée reporter photo, texte et caméra, en français et en allemand, avec des rêves à la Tintin plein la tête. Elle collabore avec Arte, Deutsche Welle, la presse française et est rédactrice en chef d’un journal germano-italien en devenir Il Punkto/Der Punkt.



Par XXI - Publié dans : Les reportages du blog
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