Jeudi 21 février 2008

Chaque année, 2 500 migrants transitent par Paris. Leur rêve d’Europe s’y effondre encore un peu plus. Etudiant en journalisme, et riverain lui-même, Dorian Chotard est allé à leur rencontre.





Au bord du mini-terrain de football du square Villemin, un jeune attend son tour. Appuyé sur les hauts filets qui encadrent l’aire de jeu, il observe ses amis déjà en train de jouer. Comme tous les jeunes, ils rigolent et se chamaillent. Comme les autres jeunes du parc ils devront arrêter quand il fera nuit. Sauf qu’eux ne savent pas encore où ils dormiront ce soir et encore moins dans quel pays ils vivront dans trois mois.

Ce sont des hommes de moins de trente ans. Originaires d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, ils sont environ 2 500 dont 500 mineurs à passer par Paris chaque année. Dans un petit périmètre du 10ème arrondissement, entre la gare de l’Est et la gare du Nord, ces immigrés clandestins vivent un quotidien précaire. Ils gravitent autour des lieux de transit car leur exil s’arrête rarement en France. Prochaine étape : Calais puis l’Angleterre ou les pays scandinaves. Quête désespérée d’un pays qui voudra bien les accueillir.

Depuis la fermeture du centre d’accueil des immigrés du Pas-de-Calais, décidée en 2002 par Nicolas Sarkozy, le 10ème arrondissement est leur nouveau Sangatte. Trente à quarante migrants arrivent et partent chaque semaine. En permanence, ils sont environ 130 à errer dans le quartier.


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Au square Alban Satragne (Paris 10ème), ce sont surtout les kurdes qui s’installent, parfois pour la nuit. Ici, certains profitent d’une sortie d’air chaud et passent leur temps en domptant les pigeons.

Rejet et isolement

La nuit tombe au Square Villemin. Les exilés se dirigent vers une camionnette de l’Armée du Salut qui distribue chaque soir près de 300 repas. Entre la gare du Nord, les voitures, et les murs crasseux de l’hôpital Lariboisière, les clandestins se mélangent aux nécessiteux du quartiers. Tous font la queue derrière des barrières pour récupérer une soupe, un bout de pain, un fruit et un laitage. Les quelques passants changent de trottoir, le regard tantôt curieux tantôt indifférent. A cause de plaintes de riverains, le lieu de distribution a été déplacé quatre fois en un an pour arriver dans cet endroit exigu. «Pour l’Etat et la mairie, la politique idéale serait de les rendre invisibles» regrette Jean-Michel Centres, membre du Collectif des exilés du 10ème. Presque chaque soir, il part à la rencontre des clandestins.

Affamés, trois jeunes s’installent et mangent à même le sol. Ils ont entre 12 et 15 ans et sont à Paris depuis un mois. Cela fait près de 100 jours qu’ils ont quitté l’Afghanistan. L’un souhaite aller en Suède, l’autre en Angleterre. Le troisième hésite encore : «Je ne sais pas si je dois rester en France. Et même si je reste, je ne sais pas dans quelle ville». Parfois, ils s’accrochent à des illusions. Mal informés, ils croient que tel ou tel pays les accueillera à bras ouvert.

A 24 ans, Zakir est lui soulagé de pouvoir rester en France. Il servait de traducteur aux forces spéciales françaises en Afghanistan. Son histoire est récente et crédible, il a rapidement obtenu le droit d’asile. «Maintenant je peux penser à mon avenir. Je vais essayer d’aller étudier les langues à l’université pour devenir traducteur».

Mais, pour la plupart, la demande d’asile représente un casse-tête. Les accords de Dublin de 2003 imputent la responsabilité de l’asile au premier pays de l’espace Schengen dans lequel le migrant a laissé ses empreintes digitales, généralement la Grèce ou l’Italie. Pendant deux ans, tant que ces empreintes sont conservées dans la base de données européenne Eurodac, le clandestin ne peut s’adresser aux autres pays sous peine d’être renvoyé dans l’Etat responsable.

«La Grèce ne respecte pas la convention de Genève et le droit d’asile. En Italie, ils sont plus souples sur les régularisations mais les conditions de vie et de travail sont trop difficiles.» soupire Jean-Michel Centres. «Ils voudraient qu’on leur rédige le guide Michelin des demandes d’asile mais c’est impossible. Pour eux, c’est dur partout».

Renvoyés de frontières en frontières, les clandestins sont comme des balles de « ping-pong » que se renvreeraient les Etats européens. Ils l'acceptent car leur plus grande crainte reste d’être expulsé vers les pays qu’ils ont fuit.

En France, la législation semble plus simple pour les mineurs. Ils peuvent être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Les moins de quinze ans pourront même obtenir la nationalité française à leur majorité. Mais prouver son âge n'est pas évident: il est difficile d'obtenir la fiche d’état civil du pays d’origine. Alors il ne reste que l’expertise osseuse dont la marge d’erreur est importante. Seuls 18 mineurs ont été pris en charge cette année.

Un dossier bourré de papiers sous le bras, Jean-Michel, du Collectif des exilés du 10ème tente d’informer les mineurs sur leurs droits lors de ses maraudes nocturnes. Beaucoup le connaissent et viennent lui demander conseil. Assailli de questions, il traduit des papiers administratifs, distribue des plans et se tient au courant de la situation de chacun.


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Inscriptions en farsi sur une cabine publique du square Satragne (Paris 10ème). Grâce à ces téléphones, les clandestins demandent de l’argent à leur famille et contactent les passeurs.

La distribution de repas terminée, Jean-Michel se rend place du Colonel Fabien. C’est là que les bus Atlas, gérés par la RATP, emmènent les sans-abris à la «Boulangerie», un ancien local de l’armée qui héberge 280 personnes tous les soirs. Il y a toujours plus de demandes que de places disponibles, les clandestins attendent deux heures dans le froid sans savoir s’ils monteront dans l’une des trois navettes. Le premier bus est réservé aux personnes âgées et aux malades. Trente minutes plus tard, le bus reparaît pour son deuxième aller-retour. Alors qu’il n’est pas encore à l’arrêt, les exilés se bousculent, se jettent sur le bus, s’agrippent à ses portes. Une situation dangereuse dont les bénévoles et le personnel de la RATP sont les témoins impuissants. Durant l’appel, de petites bagarres éclatent. Elles sont mineures mais fréquentes, dues aux tensions ethniques et à l’énervement.


Dortoirs à ciel ouvert

Le parcours d’un exilé dure en moyenne plus de deux mois. Il a traversé la Turquie, s’est embarqué pour la Grèce avant de parcourir l’Italie et la France souvent planqué sous des camions. Pendant ce périple, il faut survivre mais aussi payer les passeurs. La plupart contactent leurs familles à l’étranger pour recevoir des virements. Ceux qui n’ont aucune source de revenus servent de petites mains aux passeurs ou travaillent clandestinement, dans les nombreux restaurants du 10ème ou dans le bâtiment.

Autre phénomène tabou : la prostitution. Devant les néons d’un sex-shop du quartier Saint-Denis, un homme vient de se faire aborder par un Irakien. «Ils te demandent une cigarette puis où t’habites, et si tu veux, pour 20 euros tu les fais dormir chez toi. Je l’ai fait mais maintenant je mens à cause de leur hygiène, je dis que j’habite trop loin. A la limite, je préfère aller dans les cabines avec eux» raconte-t-il en désignant le rideau à l’entrée de la boutique. Mais le racolage vient aussi des clients visant les mineurs. Un soir, l’un de ces rôdeurs a failli se faire tabasser par un groupe de jeunes après avoir proposé 30 euros pour coucher avec un exilé.

Place du Colonel Fabien, il fait quatre degrés. Le dernier bus Atlas vient de partir, laissant derrière lui une vingtaine de clandestins. Résignés, ils se groupent en file indienne et donnent leur nom à un bénévole. Chaque soir en hiver, une trentaine de clandestins en moyenne passent la nuit dehors. En juin dernier, ils étaient deux fois plus à camper sous le pont Louis Blanc avant d’être délogés par les forces de l’ordre. «A part quelques problèmes liés à l’alcool, on n’a pas du tout affaire à eux» reconnaît l’officier Jean Veyron, chef de l’Unité de police du quartier de la Porte Saint-Denis.

La bande du Colonel Fabien se disloque. Par petits groupes, ils regagnent les arcades de la Place Raoul Follereau ou les squares Satragne et Villemin. En attendant mieux, ils se contenteront de ces dortoirs à ciel ouvert. Au moins, ils vivent en Europe…




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Dorian Chotard est étudiant à l'Institut Pratique de Journalisme.


Pour faire connaître autour de vous le reportage de Dorian Chotard : Cliquez ici
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Mercredi 20 février 2008

narco_merlin_3.jpgArmelle Vincent a enquêté plusieurs semaines dans l'Etat mexicain du Sinaloa pour son reportage "Narcoballades. Ils font chanter les rois des cartels", paru dans le numéro 1 de
XXI. Pour le blog, elle plante les coulisses de son reportage.




undefined Avant mon départ pour le Sinaloa, en juillet dernier, je reçus un message de Patrick de Saint-Exupéry, le rédacteur en chef de XXI. “N’oublie pas de prendre des photos”, disait-t-il. “Oui, bien-sûr, je n’y manquerai pas”, répondis-je, comme si ça allait de soi, au pays des narcotrafiquants, de cadrer un visage ou une scène, puis d’appuyer sur le déclic. Je savais où j’allais. Dans un pays que je connaissais bien et sur lequel j’avais lu de nombreux témoignages de journalistes, mexicains surtout, enquêtant sur le trafic de drogue. Et puis je connaissais assez bien Tijuana, la ville frontière, la porte d’entrée sur le plus gros consommateur de stupéfiants au monde, la métropole tentaculaire, fief du cartel Arellano-Félix, où meurtres et fusillades se disputent la Une des journaux quotidiennement.

Tijuana et Culiacán, même combat, me répétais-je. Sauf qu’à Tijuana, on n’est jamais qu’à quelques kilomètres de la frontière et qu’on a l’impression de pouvoir au moins fuir vers les USA. Alors qu’une fois à Culiacán, à tort ou à raison, on se sent piégé. Enfin, seulement si on est informé de ce qui s’y passe ou si on a demandé aux exilés de décrire la région. “C’est simple : lorsqu’un compatriote te demande d’où tu es et que tu réponds ‘du Sinaloa’, il prend peur et passe son chemin le plus rapidemment possible. Lorsqu’en plus, il apprend que tu es originaire de Culiacán, alors là, il prend ses jambes à son cou”, m’avait raconté un membre du groupe La Nueva Rebelión à Los Angeles avant mon départ. “Retourner à Culiacán ? Pas même dans un accès de folie”, avait-il ajouté. Pourtant, à part l’opulence et le parc automobile, on pourrait presque se croire dans une ville normale. Et même si on n’est pas épié, lorsqu’on est journaliste, on a quand même l’impression de l’être. Parce que forcément, on pose des questions et que la curiosité l’emporte sur la prudence.


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Je ne suis pas arrivée à Culiacán directement. A la dernière minute, j’ai décidé de passer moi aussi par Mazatlán, la station balnéaire des narcos (et des touristes américains ne pouvant s’offrir Acapulco ou Cancun), à 200 kilomètres au sud, sur la côte Pacifique. Je dis moi aussi parce que c’est le trajet qu’empruntent les “sicarios” (tueurs) du cartel du Golfe pour venir descendre leurs rivaux du cartel de Sinaloa. Ils ne peuvent pas débarquer comme si de rien n’était à l’aéroport de Culiacán. Ils seraient tout de suite repérés, torturés, puis abattus. Alors, ils font mine de venir en vacances à Mazatlán. Dans le flot des touristes, ils ont plus de chances de passer inaperçus. Et puis ils peuvent ainsi passer une soirée au fameux Club Magno Music Hall, la nouvelle discothèque où se produisent les groupes de narcocorridos. Ensuite, ils prennent l’autoroute 15, beaucoup fréquentée par leurs collègues. A tel point d’ailleurs que les règlements de compte y sont réguliers. Une vraie promenade de santé, à ses heures jonchée de cadavres, cette route! Très jolie par ailleurs.  

DSC_0166.jpgBref, pour être honnête, Culiacán me faisait un peu peur et je m’étais dit que prendre la température du Sinaloa à Mazatlán serait une bonne idée. Du reste, j’y avais rendez-vous avec “l’impresario” Edmundo Mendietta pour aller écouter le groupe Los Nuevos Rebeldes au Magno Music Hall. Leur numéro commençait à 23 heures. En attendant, Edmundo m’avait conseillé de me poster à l’entrée pour observer les arrivants. Il m’avait dit, énigmatique : “Tu vas voir du beau monde, des hommes d’affaire”. J’avais mon appareil photo à la main. Après tout, je venais pour faire un reportage sur la musique norteña et ses chanteurs. Mais je compris rapidemment qu’à peine arrivée à Mazatlán, j’étais en plein dans le sujet du narcotraffic.

Des camionettes énormes et rutilantes déposaient des hommes couverts de lourds bijoux en or, habillés en campesinos qui auraient touché le jackpot : jeans, bottes de cowboys en lézard ou serpent avec ceintures assorties, sombreros, toujours, et chemises fines mais voyantes. Les femmes qui les accompagnaient étaient vêtues de presque rien, sexy, certaines très belles, très fines mais dans l’ensemble plutôt vulgaires. Par moment arrivaient des groupes d’adolescents dont on devinait au comportement l’extrême richesse.  Commentaire d’Edmundo : “Ce sont des chiqui-narcos (petits narcos). Les fils des narcos. Ils ont plusieurs centaines de millions de dollars à leur disposition. Ils ne savent tellement pas quoi faire de leur argent qu’ils changent de voiture tous les quinze jours, comme ça pour s’amuser”.

L’envie de prendre des photos me démangeait, bien sûr. D’un point de vue visuel, il n’y avait pas mieux. Ce défilé de riches “cultivateurs” descendus de leurs montagnes pour venir se divertir, libres d’aller et venir…  J’avais beau m’y attendre, avoir écrit plusieurs articles sur le sujet et lu encore plus de livres, j’étais fascinée par le spectacle. Mais je savais que pointer l’appareil sur l’un de ces personnages de film n’était pas possible, du moins si je voulais éviter de me faire remarquer. Quoi qu’une heure plus tard, j’allais réaliser que c’était déjà fait. Il faut dire que dans mon désir de passer inaperçue, je m’étais habillée en jeans, tee-shirt et baskets. Toutes les autres filles étaient à moitié nues! Jupes ultra courtes, hauts leur couvrant à peine la poitrine et talons aiguilles.

undefinedJ’étais donc enfin entrée dans la discothèque. Forêt de sombreros. Bouteilles de Scotch, de Rhum ou de Tequila sur les tables. Sur la scène, les Nuevos Rebeldes avec leurs chemises noires brodées. Tous habillés pareil comme le veut la tradition des groupes de musique norteña. Sur les airs nasillards, les couples dansent. Les lumières sont tamisées et la fumée du tabac forme un nuage. C’est le moment de prendre des photos et peut-être même de mettre la caméra en route. En dirigeant l’objectif vers la scène, je pourrai sûrement prétendre, si on me demande, vouloir photographier les musiciens et rien d’autre. Sauf qu’en jetant des regards furtifs autour de moi, je réalise qu’on m’observe. “Fais attention”, me dit Edmundo en passant. L’impresario virevolte, discute avec les uns et les autres. Il a l’air très à l’aise dans ce milieu. “Ma famille a émigré du Nicaragua à Culiacán”, me racontera-t-il plus tard. “Ils sont dans les affaires. J’ai des relations ici”.

J’ai à peine rangé l’appareil photo qu’un homme d’une cinquantaine d’années, très Mexicain avec ses cheveux de jais, sa moustache épaisse, une physionomie qui n’invite ni à la plaisanterie ni à la légèreté, s’approche de moi et me demande : “Bailas con migo?” (Tu danses avec moi?). Je le regarde. Je ne peux évidemment être sûre de rien, mais il a la dégaine, l’assurance et la panoplie du puissant narco. Bel homme du reste. Mais de la race de ceux qui n’apprécient guère d’être éconduits. Que faire ? Je suis tentée. Danser avec un narco… écouter sa conversation. Que racontera-il ? Pour qui se fera-t-il passer ? Mais non. Bien trop risqué. Là-bas, en Californie, j’ai des enfants.
Non merci, je ne danse pas”, finis-je par dire le plus humblement possible.
Porque?” Le ton est impérieux.
Parce que je ne sais pas danser cette danse”.
Je vais t’apprendre”, insiste-t-il.
Non, vraiment Señor. Pardonnez-moi. Je préfère ne pas danser. Je suis désolée”.
Je sens bien que ce n’est pas le moment de jouer les femmes libérées. Offenser un narco est considéré comme un manque de respect, le pire des affronts. Au Sinaloa, je vais apprendre que le mot “respeto ” revient sans cesse dans les conversations.

Regard pénétrant pendant quelques secondes. Et le Señor s’éloigne. Ouf! Je ne l’ai pas pris en photo. Dommage. Il avait une tête à illustrer mon reportage. Mais j’ai préféré rester entière. Comme ça, j’ai pu raconter mes aventures sinaloannes.


BIOGRAPHIE

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Armelle Vincent est correspondante aux Etats-Unis, installée à Los Angeles où elle vit depuis 17 ans, et se rend régulièrement au Mexique. Elle est diplômée de l’Institut pratique de journalisme. Elle a notamment publié dans Rolling Stones, Géo, Le Figaro, Le Point, Marianne, L'Amateur de cigare, Elle et XXI, bien sûr. Les histoires de narcotrafiquants l'ont toujours passionnée. A chacun de ses voyages au pays de Pancho Villa, elle constate leur influence grandissante sur la société mexicaine. 



SUPPLÉMENTS :

Pour un diaporama des photos prises par Armelle Vincent pendant son reportage, cliquez ici.

Les Narcorridos sont très présents sur Internet. Une rapide recherche sur Daily Motion ou YouTube permet d'entendre et de voir les groupes les plus célébres. Exemple :






Pour faire connaître autour de vous le reportage d'Armelle Vincent: Cliquez ici
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Lundi 18 février 2008

Quintin Leeds et
Sara Deux, directeurs artistiques du Monde, ont imaginé la maquette de XXI. Avec la volonté de sortir des sentiers battus, expliquent-ils.




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Une page de XXI : le choix de Quintin Leeds et Sara Deux (.jpg)



INTERVIEW


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  Pourquoi vous êtes-vous lancés dans XXI ?


Sara Deux : Le projet nous a tout de suite enthousiasmé. Il offrait la possibilité de matérialiser, d’inventer un magazine de caractère au sein duquel les personnalités de tous et de chacun pouvaient s’affirmer.

Quintin Leeds : Nous nous sommes dit que XXI était vraiment différent de tout ce nous avions fait jusqu'à présent. Quand le projet m'a été présenté, il m'a fait penser dans son contenu à Granta, une revue britannique que j'aime bien, qui propose de longs récits à la façon d'un livre. La grande originalité de XXI est de pouvoir développer un univers graphique plus élaboré, ce qui place cet objet dans un territoire rarement exploré en France.

Sara Deux : Il s’agissait d’abord d’un plaisir de lecteurs : de longs textes, des illustrations, des récits graphiques. L’envie était forte de changer nos habitudes, de prendre le contre-pied de ce qui se fait dans la presse. L’arrivée de XXI sur la scène journalistique nous parait importante. Ce journal transgresse des codes bien ancrés dans notre profession.
 
 
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Comment s’est organisé votre travail avec les dessinateurs ?


Quintin Leeds : Dès le début, XXI nous a été présenté comme devant être illustré davantage par le dessin que par la photo. Celle-ci pouvait être présente sous la forme de reportage mais pas en tant qu'illustration. Ce choix nous a paru particulièrement intéressant et même audacieux à une époque où toute actualité se doit d'avoir sa vidéo ou sa photo.
 
Sara Deux : Nous avons beaucoup discuté avec Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria pour nous imprégner du concept, trouver un équilibre délicat entre « livre » et « magazine » et dégager un ton propre au thème traité. L’espace et le temps étaient donnés aux illustrateurs pour dépasser les sujets et donner leurs visions personnelles. Il s’agissait de créer une famille rédacteurs-illustrateurs et d’illustrer par la variété des genres la diversité des regards présents dans les papiers.
 
Quintin Leeds : Jamais, jusqu’ici, nous n’avions eu à passer des commandes à une douzaine d’illustrateurs. De façon inattendue, nous sommes retrouvés confrontés à de nouvelles questions, celle de la cohérence des traits, de la diversité des styles : il est rare que l’on doive ce poser la question du rythme dans l’illustration. Il a fallu se dire : «Nous allons choisir tel illustrateur, et puis tel autre, ils vont bien aller ensemble, puis seront suffisamment différents de ce qui vient après.» Nous avons beaucoup tergiversé pour le dossier Russie, notamment. Devait-on confier toutes les illustrations au dessinateur de l’ouverture et de la couverture, Beb-Deum? Les traits devaient-ils être similaires ou différents? Comment créer une cohérence graphique sur le dossier, qui se détache du reste?
 
 
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Pourquoi ce choix du format, du colonnage ?

 
Sara Deux : Nous avons voulu créer un objet qu’on garde. L’idée de la couverture à l’italienne ramène et intègre XXI au monde du livre. La revue prend, sur  l’étagère de la librairie, la place de deux livres côte à côte. Nous ne voulions ni être formaté comme des magazines, ni comme des livres. Le format en longueur permettait de se démarquer et de dynamiser l’objet. La verticalité compensée par l’horizontalité de la Une créait une vision
spatiale intéressante. L’idée est de coller à la dichotomie Magazine-Livre, d’en faire une différence, une marque de fabrique.
 
Quintin Leeds : La maquette de XXI propose plusieurs rythmes de lecture, à quoi répondent des choix de caractères et de colonnages différents. Ainsi, les pages « Actualité » se lisent à la façon de la presse quotidienne ou hebdomadaire traditionnelle : la taille des caractères est plus petite, les textes sont plus courts et se lisent rapidement. Les articles plus longs nécessitent un plus grand confort de lecture. On retrouve des tailles de caractères similaires à ceux d'un livre. Concernant les titres, nous avons joué sur la largeur et la proximité des lettres, du "gras" et de l'"étroit",  pour créer une identité forte propre à XXI. Ce principe graphique a ensuite été décliné au fil des pages.
 
 
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Comment avez-vous fait le choix du logo ?

 

Quintin Leeds
: Ecrit en chiffres romains, c’est davantage un logo qu’un titre de magazine : il est énigmatique, mais il fonctionne visuellement. En librairie, les impératifs de lisibilité sont plus souples qu’en kiosque. Le "I" de XXI est en pleine lumière, le "XX" dans la pénombre. Un jeu de lumière qui symbolise ce que veut faire ce magazine : observer ce nouveau siècle que se dévoile.
 

Propos recueillis par M.N.



BIOGRAPHIE

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Quintin Leeds est graphiste et directeur artistique du Monde depuis 2005 après avoir occupé cette même fonction à Libération et dans plusieurs magazines et site Internet.

Sara Deux est graphiste et directrice artistique adjointe du Monde. Elle a travaillé à Libération et a été directrice artistique à Sciences et Vie Découvertes.



Pour faire connaître autour de vous cet entretien: Cliquez ici.

par XXI publié dans : La vie de XXI
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Vendredi 15 février 2008
Photographe, Yves Marrocchi pratique l'exploration urbaine depuis 2004. Il capture en images la mémoire des centres industriels brutalement délaissés.




DIAPORAMA


Télechargez Quicktime pour visionner le diaporama




INTERVIEW


undefinedQu'est-ce que l’exploration urbaine ?


Le terme d'exploration urbaine a été inventé par le groupe canadien "Infiltration" dans le milieu des années 1990. Il définit l'activité underground d'exploration de bâtiments, abandonnés ou non, afin de les photographier. Cette activité repose sur une éthique qui a été résumée par le slogan: "Ne rien prendre sauf des photos, ne rien laisser sauf des traces de pas". En effet, l'exploration urbaine attache une très grande importance à la conservation des bâtiments en tant que friches. Il est hors de question pour les gens pratiquant cette activité de dégrader un bâtiment pour y rentrer ou de partir les poches pleines d'objets récupérés.


undefinedQuelles sont vos motivations ?


Je n’explore et ne photographie que des lieux abandonnés. Au délà de la dimension esthétique, forcément subjective, j’accorde beaucoup d’importance à la notion de patrimoine historique. La majorité des gens ont tendance à voir un bâtiment abandonné comme étant gênant et inutile. Pourtant, les usines de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle présentent des architectures remarquables. Leur sauvegarde rentre dans le cadre de la reconnaissance et de la mise en valeur du patrimoine industriel. En outre, l'exploration urbaine offre la possibilité de s'interroger sur l'histoire d'une région. Le monde industriel a façonné des régions entières à leur image.


undefinedPourquoi vouloir présenter votre exploration du Lavoir des Chavannes, à Montceau-les-Mines?


Le "Lavoir" a été construit en 1923 pour les Houillères de Blanzy. Composé de 8 lignes de production entrées en service entre 1927 et 1930, ce monstre d'acier est alors l'une des plus importantes usines de traitement de produit minéral en Europe. Après de nombreuses réorganisations, l'activité a cessé en novembre 1999. Le bâtiment est immense, il fait neuf étages, 3000m2. Il m’a fallu dix heures pour en faire le tour. Rien ne semble avoir bougé : on trouve encore les bleus de travail dans les casiers. C’est comme si la vie s’était arrêtée, d’un seul coup.



GALERIE PHOTOS : LE LAVOIR DES CHAVANNES

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BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR

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Yves Marrocchi est cosmo-chimiste et photographe: il s’est lancé dans l’exploration urbaine depuis 2004. Ses «visites» sont visibles sur son site : residues.net. Son travail fait actuellement l’objet d’une exposition à Sochaux, ville dont il est originaire et l’un des symboles de la France industrielle.

Un lien vers infiltration.org, «the zine about going to places you’re not supposed to go», en anglais.



M.N.


Pour faire connaître autour de vous le travail d'Yves Marrocchi: Cliquez ici
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Mercredi 13 février 2008

La presse et l'édition sont d'éternels recommencements. Dans vos messages, vous évoquez parfois Actuel, L'Autre journal, ou les titres anglo-saxons. Mais XXI ressemble plutôt, sans l'avoir voulu, à un mensuel aujourd'hui oublié, mais qui a accompagné plusieurs générations de lecteurs dans la France du baby-boom. Son nom? Réalités.

realites.jpgNous l'avons découvert le week-end dernier en lisant un essai illustré, documenté et vivant, écrit par Anne de Mondénard et Michel Guerrin et publié par Actes Sud, en coédition avec la maison européenne de la photographie. Nous connaissions vaguement le nom de ce journal, né en 1946 et mort en 1978. Mais son histoire résonne avec XXI, de manière troublante, comme si à soixante ans de distance, nous avions mis nos pas dans les leurs.

Laissons les auteurs décrire Réalités : "Cette revue de grand format, abondamment illustrée, publiait de longs articles sur tous les sujets. Ses abonnés lisaient en prenant leur temps, puis conservaient leurs numéros. Réalités ambitionne d'être un "observatoire du monde", une revue d'information et de reportages. Non pas l'actualité à chaud, non pas le fait spectaculaire, brut violent, mais le monde en profondeur et les bouleversements des sociétés. Réalités envoie des reporters et des photographes aux quatre coins de la planète. Ces photographes peuvent partir plusieurs mois s'il le faut. Une revue à faire pâlir de jalousie les journalistes d'aujourd'hui en raison du temps accordé pour faire un reportage et de la place donnée aux articles aussi longs qu'une nouvelle. Ce titre est classé dans les revue, hors de la sphère des journaux."

Présentant son projet à Pierre Lazareff, le patron de France-Soir, l'ancien résistant Didier Rémon est confronté au chef des ventes du quotidien, qui prend l'objet dans la main, le soupèse et sans vraiment le consulter dit: "Pour celui qui aime ça, il y en a!". Tout est dit.

Dans ses Mémoires, le rédacteur en chef, Alfred Max décrit Réalités: "La cible: tous ceux curieux de connaître. La forme: un papier de poids, une couverture attrayante. Le fond: une quinzaine d'articles nerveux, substantiels, novateurs, sans exclure l'humour (la réalité dépasse la fiction)". Il est vendu 150F, ce qui est cher à l'époque, les articles s'enchaînent sans publicité. La direction artistique est à la pointe du goût et sait prendre des risques, tout en respectant le confort de lecture des longs articles.

Réalités
a marché tout de suite. La revue a vu ses ventes décoller pour atteindre jusqu'à 200.000 ex au pic de sa notoriété avec un taux d’invendus ridiculement faible de 5%. Un jeune romancier comme Michel del Castillo y publia "des reportages de grande tenue sur l'Espagne, l'Amérique latine, mais recueille aussi "la confession angoissée d'un petit épicier" à Paris" notent les auteurs. La galerie des signatures, alors jeunes et peu connues, est impressionnante: Philippe Sollers, Claude Levi-Strauss, Jean Malaurie, de grands journalistes comme André Fontaine, Pierre Viansson-Ponté, Jacqueline Piatier, des photographes comme Edouard Boubat, Robert Doisneau, Jean-Philippe Charbonnier, Sabine Weiss, Henri Cartier-Bresson, Irving Peng, William Klein...

Michel Guerrin et Anne de Mondénard ont réalisé un travail remarquable, dont chaque intertitre résonne pour XXI: “contre les vents dominants, anticiper l'information, un journalisme d'observation, une revue éclectique, découvrir les gens, une couverture comme une affiche...” Chaque page de cette étude, consacrée à une aventure de presse et d’édition aujourd’hui oubliée, a été pour nous une excitation, la confirmation que notre pari était possible, et la découverte, par-delà les années, d’un ami de papier.

L.B.


Anne de Mondénard/Michel Guerrin
Réalités
Un mensuel français illustré (1946-1978)

Actes sud/ Maison européenne de la photgraphie,
158 pages en couleurs, 29€
par XXI publié dans : La vie de XXI
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Mardi 12 février 2008
Le 70ème Prix Albert Londres sera remis le 10 mai 2008 à Dakar. La presse francophone et tous les genres de presse sont invités à concourir (économique, politique, sportive, culturelle, scientifique...). Seules les qualités d'écriture et d'enquête sont appréciées. Chaque Prix est doté de 3.000 euros.

Pour accéder aux conditions de participation, cliquez ici (.pdf).

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