Mardi 12 février 2008
Le festival Images de Justice de Rennes a décerné son prix, le 10 février, au documentaire A côté, réalisé par Stéphane Mercurio. Le film, non diffusé en salle, avait été choisi par XXI pour son premier numéro, pour faire l'objet d'un traitement graphique par le dessinateur Jacques Floret. En décembre dernier, pendant le bouclage du journal, A côté s'est vu décerner le Prix du Public, prix du documentaire, lors du festival Entrevues de Belfort.

Le film est également sélectionné pour le Festival international des Droits de l'Homme à Paris en mars et également au festival international du documentaire It's All True qui se tiendra à Rio de Janeiro et São Paolo au Brésil, en mars-avril.

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Jeudi 7 février 2008
Pour les lecteurs qui ont apprécié Ploërmel-sur-Russie, le reportage de Jean-Pierre Perrin paru dans le numéro 1 de XXI, voici le blog d'une étudiante du CFJ, Mélanie Delaunay. Elle y suit l'actualité de sa ville natale : Ploërmel toi de ce qui t'regarde. Les faits, simplement.


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Mardi 5 février 2008
En septembre 2007, le Blacksmith Institute réintégrait la cité minière de La Oroya (35000 habitants) dans la liste des 10 sites naturels les plus contaminés au monde. Située dans les Andes centrales péruviennes, la ville - un des principaux centres métallurgiques du globe – est devenue un symbole. Journaliste, Sébastien Jallade a pu y passer trois jours.




undefinedLa Oroya est une mosaïque étrange de scènes de rues chaotiques et oppressantes, d'habitants fuyants et d'univers cloisonnés. C'est une ville en transit permanent, traversée par des milliers de camions sur la route reliant Lima, la capitale péruvienne, à l'Amazonie. Des dizaines d'échoppes s'agglutinent sur les bas-côtés. Etrange paradoxe pour un lieu dont la seule vocation est d'exporter ses trésors, - plomb, cuivre, zinc -, vers le reste de la planète. Projet industriel hors du commun, La Oroya est le plus ancien et le plus important centre de fonderie d'Amérique latine. Edifiées à partir de 1922, ses installations, - usines, fonderies, raffineries, gares et voies ferrées -, sont vétustes et inadaptées. Le relief est couvert de poussière de plomb et d’arsenic émis par le centre métallurgique tout proche. Ce sont les deux fléaux de la ville. Près de 99% des enfants seraient atteints de saturnisme et de difficultés respiratoires. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, les taux de dioxyde de souffre et d'oxyde d'azote émis à La Oroya sont 10 fois supérieurs aux normes autorisées, provoquant des pluies acides dévastatrices pour la végétation de la région.


1er jour

La Oroya est sous contrôle de la Doe Run, l'entreprise américaine propriétaire du site industriel. Des barbelés et des miradors protègent les usines et les raffineries qui s'étalent le long de la voie ferrée. Ici, les visages sont fermés et les regards méfiants, surtout parmi les jeunes. Nous ne comptons plus les refus de témoigner et de photographier, les coups d’œil inquisiteurs, sans oublier les taxis qui connaissent mieux la géographie de la Doe Run que celle de leur propre ville : le bureau des relations industrielles, le bureau des relations publiques... Chaque branche de l'entreprise possède ici son adresse et sa devanture sur la route principale. Pas d’autre choix pour des étrangers que de se rendre dans un de ces bureaux...

Dans une ville où tout appartient ou provient d'une même volonté, la liberté d'expression est à géométrie variable. La Doe Run s'affiche partout : infrastructures routières, hôpitaux, syndicats de métallos, cantines populaires, services sociaux. On se croirait revenu au paternalisme de l'Europe du début du XXème siècle où l'industrie locale accompagnait ses salariés et leur famille partout, y compris dans leur vie.

Nous apprenons d'un chauffeur de taxi que les usines emploient 4000 personnes, qu'elles fonctionnent 24h sur 24h, que les ouvriers et leurs familles vivent tous dans les baraquements visibles le long de la route. Silva*, le chauffeur, est méfiant, pose des questions, regrette certaines paroles aussitôt après les avoir prononcées. Chaque famille a un de ses membres qui travaille pour la Doe Run. Il évoque le drame que peut représenter un licenciement, la perte du logement et de tout ce qui s'accompagne...

Un rendez-vous est pris avec le frère du chauffeur, qui travaille dans la raffinerie de plomb. Il ne viendra pas. Les dirigeants de la compagnie jouent habilement la carte du nationalisme, de la paranoïa anti-coloniale et du patriotisme économique pour fédérer la communauté. Le court terme domine: lutter contre la Doe Run ne peut ici qu’aboutir à l'impasse. C'est le dilemme quotidien auquel sont soumises des milliers de familles de La Oroya, écartelées entre les impératifs de survie économique et la santé de leurs propres enfants.

Une étude menée en 1999 par le ministère de la santé péruvien précise que la présence de métaux lourds dans le sang des enfants de 0 à 6 ans est trois fois supérieur à la moyenne, y compris chez les nouveaux-nés. Près de 20% d'entre eux nécessiteraient une prise en charge médicale immédiate.



2ème jour

undefinedA l'approche du pont, situé face à la fonderie de la vieille ville, la pression s'installe d'un seul coup. Les avertissements semblent désormais inutiles. Caméras et appareils photos sont devenus objets non grata. Une voiture du service de sécurité de la Doe Run nous arrête: «Raisons de sécurité. La Oroya est une ville dangereuse», «Où allez-vous?», «Je vous amène»,  «Mais si, j'insiste, c'est mon travail...». Le sourire ne peut masquer le ton impératif. Pas de refus possible. Si à La Oroya, la police et l'armée sont étonnement discrètes, le service de sécurité de la Doe Run gère sa ville comme bon lui semble, avec ses véhicules flambant neufs, ses gorilles aux sourires façonnés par des responsables de la communication dont la première fonction est de faire oublier qu'il s'agit bien là d'une police privée. Comment sait-il que nous sommes Français? Les informations courent vite...

Nous voilà conduits au bureau des relations publiques. Une grande pancarte à l’allure d’un slogan proclame la raison d’être du lieu. La Doe Run n'a donc rien à cacher puisque c'est écrit. La mise en scène surprend, surtout lorsque le service de communication a pour colocataire et voisin immédiat le siège de la milice privée suréquipée de la Doe Run.

Le service de presse est un archétype : discours figé d'une entreprise qui entend donner à croire qu'il n'y a rien à cacher. Telle est la délicate fonction de l'adjointe aux relations publiques, jeune femme énergique issue de la haute bourgeoisie de Lima, qui nous accueille d'un ton affable. Le monde ici présent doit lui sembler aussi étranger qu'à des journalistes français cherchant les clés d'une ville insaisissable, mais cette professionnelle des relations publiques navigue sans contrainte dans ce flot de contradictions.

La méfiance de la Doe Run ne serait qu'une réaction logique face aux préjugés du monde extérieur qui les accuse de tous les maux: «Regardez, il n'y a plus qu'une cheminée en activité sur les trois initiales ! La Doe Run investit chaque année 1 million de dollars dans les services de santé de l'Etat péruvien. Une nouvelle usine de traitement des eaux vient de voir le jour». Efforts incontestables, même si le gouvernement péruvien et les associations environnementales critiquent la lenteur de la Doe Run. L'entreprise du Missouri aurait plus de 5 ans de retard sur un plan écologique de remise à niveau aux contours pourtant flous.

Rendez-vous est pris pour le lendemain afin de visiter la fonderie, le coeur des activités métallurgiques de la Doe Run au Pérou. Il est 17h00. Les sirènes retentissent dans l'étroite vallée de la vieille ville. C'est la sortie de l'usine pour des centaines d'ouvriers. Nous parcourons les restaurants et les ruelles de la vieilles villes, plongées dans la pénombre de la fin du jour. Nous visitons les lieux de culte. La seule église catholique que nous trouvons est déserte. Par leur dynamisme, les groupes évangélistes prospèrent à La Oroya : l'Eglise du sang du Christ, l'Eglise de Jésus, le Christ des Saints des derniers jours... La vigueur de ces groupes semble être la seule alternative possible à un monde sans horizon, où les acteurs institutionnels traditionnels semblent avoir abandonné la partie.



3ème jour

undefinedLe vent s'en va. Levé glacial. Ce que nous n'avions pas ressenti jusqu'à maintenant s'impose à nous avec la violence de l’évidence. Un nuage de pollution couvre la ville. Nos gorges se teintent d'un goût de fer. La Oroya s'invite dans nos corps et nous commençons à tousser. Les bronches se bouchent. Les yeux piquent et pleurent. Il suffit donc d'une journée sans vent pour comprendre ce que signifie «site contaminé» et «pollution de l'air». Nous allons à notre rendez-vous. Imperturbable, la chargée des relations publiques nous accompagne, la voix rouée par sa gorge piquée, une écharpe autour du cou pour mieux protéger sa bouche lorsqu'elle le peut. Dans la fonderie, tout est prêt pour nous. Entrepôts et usine balayés, ouvriers prêts et équipés de masques. L’inquiétude perce chez nos hôtes. Ils ne nous accordent que cinq minutes pour filmer, pas plus. Chaque plan est contrôlé. A la vue des appareils photographiques et de la caméra, les relations se tendent. Les interdictions tombent : pas le droit de sortir du bâtiment, interdit de filmer dans certaines directions, de s'approcher de la fonderie, si proche... La vue de nos appareils affole. Comment contrôler ce que l'on n'ose pas interdire ouvertement ? Nul besoin d'évoquer l'absurdité de la situation. Face à la pollution, tout le monde est à égalité. Le service de communication prend peur. On nous reproche notre manque de neutralité. Ça y est, les mots sont jetés. La méfiance se libère, les reproches fusent.

A la sortie de l'usine, un véhicule tout terrain du service de sécurité de la Doe Run nous photographie discrètement. De retour à l'hôtel, nous surprenons un autre véhicule du service de sécurité de l'usine devant notre chambre. Elle a été fouillée. Nous sommes abasourdis. Par cette paranoïa.



* Les noms des personnes citées ont été modifiés.


BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR

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Sébastien Jallade est journaliste pour la presse écrite et la télévision. En 2007, il s'est rendu six mois dans les Andes, en Equateur, au Pérou et en Bolivie, pour mieux comprendre l'identité andine d'aujourd'hui. Il prépare actuellement un livre sur ce sujet et un film documentaire de 90 minutes, "Qhapac Nan, la voix des Andes".


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Samedi 2 février 2008
Ou l'engagement d'un diplomate dans la guerre. (cliquez ici, .pdf)
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Jeudi 31 janvier 2008

En décembre 2006, Frédéric Sautereau s’est rendu dans le Nord-Ouest de la République centrafricaine, une région alors confrontée à des nombreuses violences.

Depuis ce premier reportage, la situation a évolué. Frédéric Sautereau a décidé de retourner à la fin mars dans la région de Paoua. XXI prend date.


DIAPORAMA


Télechargez Quicktime pour visionner le diaporama


INTERVIEW

undefinedAvant votre reportage, peu de témoignages étaient disponibles sur le conflit dans le nord-ouest de la Centrafrique (RCA). Pourquoi avoir choisi de vous y rendre ?

Frédéric Sautereau
: J’ai choisi la RCA justement parce que les informations sur le conflit étaient très rares. Je sais que des Centrafricains ont courageusement tenté de rassembler des documents prouvant les exactions des militaires locaux. Cependant, ces informations ne sont pas sorties du pays.

J’ai réalisé ce reportage à la suite de deux séjours en Centrafrique, où je suis resté un mois au total.

 
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Qu'est-il advenu de votre travail ?


FS : Les photos ont été publiées dans Le Monde 2 au printemps 2007, mais n'ont eu aucun écho. Un documentaire photo-son réalisé en collaboration avec Arnaud Contreras a été diffusé sur différents sites Internet et au festival photo de Arles.

Mais, le sujet n'intéresse pas. Peu de médias français parlent de la RCA et souvent mal. Une première erreur souvent commise est de lier le problème en République Centrafricaine avec le Darfour, ce qui est une vue partielle: le conflit au Nord-Ouest est un conflit interne à la Centrafrique. Le second travers est d’occulter le fait que des militaires centrafricains ont brûlé les villages du Nord-Ouest. Jusqu'à la sortie du rapport du Human Rights Watch (qui a utilisé mes photos) en septembre dernier, il en a été très peu question.

Lorsqu'une volontaire de MSF a été tuée par balle, en juin  dernier, la presse s’est un peu réveillée, mais il n’y a pas eu de suivi.
 

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Quelle est la situation aujourd’hui ?

FS: La violence est moindre et il semble que les villages ne sont plus incendiés. Mais la situation est loin d’être réglée: près de 290 000 personnes seraient déplacées. Cette population se trouve confrontée à la recrudescence des activités de bandits de grand chemin (les coupeurs de route) qui tuent, rançonnent et kidnappent. L’activité des divers groupes armés étouffent l’économie de cette région.
 

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Pourquoi y retourner?

FS: Pour témoigner de la situation actuelle, essayer de revoir les personnes que j’ai rencontrées en décembre 2006 et reprendre le fil de l’histoire.
 

BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR
 
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Frédéric Sautereau est photographe. Il est membre et directeur de l’agence Œil Public.

La notion de frontière et de division est le thème central de son travail. Entre 1999 et 2000, il a travaillé sur les villes divisées : Belfast, Nicosie, Mostar, Jérusalem et Mitrovica. Ce travail a été exposé au festival Visa pour l'image de Perpignan en 2001 et à fait l'objet d'un livre Des Murs et des Vies paru en 2002 aux éditions Le Petit Camarguais. Il a publié avec Guy-Pierre Chomette Lisières d'Europe en 2004, aux éditions Autrement.

Il a reçu le Prix Fuji en 2003 pour un travail sur le mur érigé entre Israël et la Cisjordanie. Son travail réalisé à New York après les attentats du 11 septembre 2001 a été exposé en France, en Allemagne, en Suisse et au Portugal. Un livre, N40°42'42'' W74°00'45'', est paru en septembre 2003 aux éditions 779.

Ses reportages ont notamment été publiés dans Le Monde 2, l'Express, Newsweek....  Vous pouvez retrouver son travail sur la Centrafrique sur le site Internet de l'Oeil Public, ici.
 
Le documentaire a été réalisé en collaboration avec Arnaud Contreras, de À 360 Productions.

M.N.


Pour faire connaître autour de vous le reportage de Frédéric Sautereau : Cliquez ici
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Mercredi 30 janvier 2008

Merci. De votre confiance, de votre enthousiasme, de vos curiosités. Grâce à vous, les paris de XXI sont en passe d’être emportés.

Après dix jours de vente, le premier tirage de 40.000 exemplaires est épuisé. Vous nous obligez à mettre en oeuvre, très rapidement, une réimpression. Merci.

Notre confiance envers vous, lecteurs, était importante. Nous avions néanmoins sous-estimés vos attentes: tous les jours, nous recevons des courriers et des mails nous demandant où - dans telle et telle région - trouver XXI . Ne nous en veuillez pas! Voici encore très peu de temps, croire en votre curiosité et votre appétit apparaissait aux yeux de nombre de professionnels comme une étrange lubie.

Dix jours plus tard, nous prenons acte de ce qui nous arrive aux oreilles. Une lectrice venue de Bordeaux en train nous indiquait, hier, que dans son compartiment 4 voyageurs lisaient XXI. D’autres lecteurs, nombreux, nous ont raconté être d'abord allés vers les kiosques avant de se trouver orientés vers les librairies. Sans que nous l’ayons cherché, des exemplaires de XXI sont déjà arrivés dans les montagnes de Somalie, au Cambodge ou à Pékin. Le Canada a demandé à être servi. Il le sera à compter du 15 février.

Nous prenons également acte des résultats chiffrés qui nous sont parvenus :
- 12ème tous genres confondus dans les Fnac (.pdf)
- 3ème au classement Libération / Datalib des ventes de livres (.pdf)
- 8ème tous genres confondus dans les Relay
- 5ème dans les essais et documents, 13ème tous genres confondus (Roman, poche, BD, essai) selon Livres Hebdo (.pdf)
- 3ème des meilleures ventes de la librairie Sauramps de Montpellier (.pdf)

(Une précision: vous ne trouverez pas la mention de XXI dans le palmarès de l’Express, le directeur de la rédaction de ce journal ayant décidé de ne pas faire apparaître XXI dans les meilleures ventes où il aurait été 3ème des essais et documents.)

Tout cela, nous vous le devons, à vous, lecteurs.
Merci donc.

Les experts en marketing, media planning et autre spécialistes des panels vous ignoraient. Vous leur faites un pied de nez: vous existez!

Vous êtes là, bien réels.
A nous de poursuivre sur l’élan que vous nous donnez.


Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry  
par XXI publié dans : La vie de XXI
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