Lundi 21 janvier 2008

Des quatre séjours qu’il a effectués au Darfour depuis 2004, Jérome Tubiana, un jeune journaliste-photographe a ramené un regard original sur le conflit.

XXI publie un diaporama qui mêle ses photographies récentes et celles de ses parents, Joseph et Marie-José Tubiana, prises le plus souvent dans les années 60, au Darfour, et parfois au Tchad, à la frontière soudanaise.

DIAPORAMA



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AIN SIRO, UNE ZONE REBELLE OÙ L'AIDE N'EST PAS TOUT


INTERVIEW

undefined La grande majorité de la population du Darfour dépend de l’aide humanitaire. Pourtant, celle-ci n’atteint pas tous les habitants. Comment ceux qui en restent privés s’en sortent-ils ?
 
Jérôme Tubiana : L’aide humanitaire est cruciale mais depuis le début du conflit, elle ne touche souvent que les personnes déplacées des grands camps, dans les zones gouvernementales. Cette aide, qui s’était étendue aux zones rurales contrôlées par la rébellion et où de nombreux civils préféraient vivre, s’est de nouveau réduite suite à l’accord de paix d’Abuja en mai 2006. Celui-ci a paradoxalement conduit à une intensification des affrontements, notamment entre mouvements rebelles, et l’insécurité qui a suivi, a amené les organisations d’aide à réduire fortement leurs activités dans les zones rurales.
 
 
undefined Pourtant, si l’aide est importante, elle n’est pas partout indispensable à la survie des populations. En mars 2007, vous vous êtes rendu dans les montagnes d’Ain Siro, dans le Darfour Nord. Pourquoi ?

JT
: Ain Siro est un petit massif montagneux au nord de la ville de Kutum. C’est un des premiers bastions de la rébellion. Quand on y arrive, l’endroit a quelque chose de très étonnant. Il est encerclé de forces gouvernementales et de Janjawid, et pourtant il y règne une ambiance paisible assez extraordinaire. Les relations entre civils et rebelles ont l’air d’être particulièrement bonnes, alors que c’est loin d’être le cas dans toutes les zones tenues par la rébellion. Les rebelles tentent de protéger les villages des attaques, et y parviennent dans une certaine mesure. A Ain Siro, on voit même des anciens déplacés qui ont abandonné les camps, et l’aide humanitaire, pour revenir vivre sur leur terre.
 

undefined Ain Siro nous montre donc que le Darfour ne se résume pas aux images de massacres et de désolation qui inondent les écrans.
 
JT : L’aide humanitaire a quasiment cessé depuis mai 2006 et la population de cette région s’en passe. Elle cultive la terre, consomme des plantes sauvages. Elle trouve de l’eau par elle-même en creusant des puits, a repris en main écoles et centres de soins laissés par les organisations humanitaires. Les enfants sont scolarisés. J’ai moi-même assisté à un moment assez extraordinaire, la cérémonie de remise des diplômes de l’école d’Ain Siro à la fin de l’année scolaire. Tout le monde y assistait, rebelles et populations civiles confondus. A la fin de la cérémonie, les rebelles ont organisé une parade militaire et les enfants ont joué une pièce de théâtre, une histoire d’amour. Vraiment des moments étonnants. On n’avait plus du tout l’impression d’être dans le Darfour en guerre.



GALERIE PHOTOS "AIN SIRO"

Neuf photos du reportage de Jérôme Tubiana à Ain Siro en mars 2007 sélectionnées par XXI sont présentées en haute définition.

Cliquez sur les images pour les afficher en grand format.

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Une journaliste britannique, Julie Flint, s'est également rendue dans la région. Elle en a tiré un article paru dans le Washingon Post en juin 2007. A lire ici. Julie Flint est également la co-auteur avec Alex De Waal de A short history of a long war, publié en 2006 chez Zed Books.


BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR

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Quatre séjours au Darfour depuis 2004 et un apprentissage ancien ont permis à Jérôme Tubiana de comprendre mieux que beaucoup la réalité du conflit. Il publie régulièrement ses reportages dans Géo et Terre Sauvage. Il a été participé à un dossier consacré au Darfour pour la revue en ligne Mouvements.

Il travaille actuellement sur un livre carnet de route de ses différents séjours au Darfour.


Certaines des photographies de Marie-José et Joseph Tubiana présentées dans le diaporama sont également visibles dans deux ouvrages: Carnet de route au Dar For, Ed. Sépia, 2006, et Femmes du Sahel,  Ed. Sépia, 2004.



Pour faire connaître autour de vous le reportage de Jérôme Tubiana: Cliquez ici ou .

Publié dans : Les reportages du blog - Par XXI
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