Lundi 5 mai 2008

David Blanc est responsable des opérations de l’organisation Action contre la Faim – USA (Action Against Hunger). Il réagit à «Donne, l’incroyable business de la charité à New York», le reportage de Guillemette Faure consacré au business de la charité à New York, paru dans le numéro 2 de XXI.
 


 
Guillemette Faure insiste sur l’omniprésence du business de la charité à New York. Est-ce comme ça que vous le vivez, et que vous en profitez ?
 
David Blanc: ‘Donne’ décrit de façon minutieuse et assez complète l’environnement du don aux Etats-Unis. Guillemette Faure aborde cette question par son versant le plus sensationnel, qui toutefois côtoie les actions plus modestes. Les activités d’ACF aux Etats-Unis dans le domaine de la recherche de fonds en sont un témoignage. En 2003, les dons privés aux Etats-Unis à destination d'organisations internationales représentaient 6 milliards de dollars. Il ne s’agit que d’une petite part d'un marché essentiellement domestique, qui était, cette année-là évalué à 250 milliards. Dans ces conditions, la pertinence d’une présence aux Etats-Unis est, pour nous, évidente.
 
 
Que pèsent les fonds privés dans le budget de votre organisation ?
 
David Blanc: Encore assez peu. Quand ACF s’est établi aux Etats-Unis, il y a environ 25 ans, c’était avant tout pour aller chercher les fonds institutionnels. Nous pensions, faussement d’ailleurs, qu’il nous fallait un bureau pour accéder aux financements gouvernementaux. Nous n’avons investi que récemment le champ de la recherche de fonds privés. Il a été décidé de le faire pour des raisons d’indépendance financière. En 2006, nous avons récolté environ 2,5 millions de dollars en fonds privés, soit 10% de notre budget. Le reste est composé de fonds américains ( 4 millions en 2006) et de divers fonds institutionnels (gouvernements, Nations Unies, Union Européenne…).
 


Quelles techniques de « fund-raising » utilisez-vous ?

 
David Blanc: Nous utilisons les techniques présentées dans le reportage de XXI. ACF emploie 6 personnes à plein temps pour la recherche de fonds, et de nombreux bénévoles. Nous organisons notamment un gala annuel, qui nous a rapporté l’année dernière, 1,2 million de dollars. Le retour sur investissement est très intéressant  Nous y invitons des chefs célèbres pour concevoir les menus. On se fait donner les fleurs, les repas, le vin… Avec un bon public, des célébrités, la recette du gala fonctionne. Nous souhaitons développer ce type d’opérations spéciales, les décliner à travers les «Restaurants contre la faim» que nous avons lancés l'année dernière.
 
Nous ne nous limitons pas à ces activités ponctuelles et cherchons aussi à développer des opérations plus modestes, à destination des écoles, de groupes professionnels, de ce qu’on appelle le « direct mail », très répandu en France. Mais ces activités demandent des investissements beaucoup plus importants. Il en va de même pour la recherche des gros donateurs, que nous attirons via des contacts directs. Il peut nous arriver d’envoyer certains de nos bailleurs sur le terrain, pour le permettre de visiter les projets. Ce fut notamment le cas pour quelqu’un qui a souhaité visiter notre programme au Niger après avoir donné 250 000 dollars. Il y a eu quelques débats avant de prendre cette décision, mais nous avons estimé que la demande était légitime et que nous pouvions l’appuyer.
 
 
Quelles sont les différences entre la France et les Etats-Unis dans l’univers de la charité ?
 
David Blanc: Le don fait intégralement partie de la culture nord-américaine. En France, le don repose beaucoup sur le rôle de l’Etat et la redistribution par le biais de l’impôt. Aux Etats-Unis, l'Etat fédéral est peu impliqué. L'acte de donner est fréquent, normal, voire obligatoire. On donne pour son hôpital, son école, son Eglise, donc d’abord pour soi, puis on donne pour les autres.
 
 
N’y t-il pas de risque de se voir dicter des choix opérationnels par de gros donateurs ?
 
David Blanc: La question est légitime, d’autant que le donateur aime savoir où va son argent. Mais dans nos discussions avec eux, nous insistons sur l’importance d’avoir des fonds non affectés. Et c’est là que le développement d’une relation de confiance prend toute son importance.
 


Un dernier commentaire sur l'article ?


David Blanc: Le reportage donne parfois l’impression qu’il suffit de se baisser pour trouver de l’argent. Or si l’argent est disponible, il y a une forte concurrence entre organismes d’aide. Et la difficulté est d’autant plus grande qu’on est une petite organisation. Les problèmes ne sont pas les mêmes pour le musée Guggenheim  ou New York University, la Fondation Raoul Follereau… et ACF. Le gâteau existe, mais certains ont 100 ans d’avance.



Propos recueillis par M.N.


Des vidéos des opérations de collecte de fonds d'ACF / AAH sont visibles sur YouTube :




Le site d'Action Against Hunger : www.actionagainsthunger.org


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publié dans : La vie de XXI par XXI
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