Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /2008 16:30

Après "Les regrets de Percival", Sophie Bouillon nous emmène à la rencontre de Comrade Fatso, un des plus grands poètes zimbabwéens.





Comrade Fatso brandit son micro lorsque son président, Robert Mugabe, brandit le poing de la révolution. C’est un poète moderne, un slameur qui monte sur scène, dans les bars de la capitale Harare, pour chanter son opposition au régime du Zanu-PF.



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Né en 1980 à Harare, la capitale du Zimbabwe, Samuel Farai Monro part faire ses études à Londres et à Montpellier, où il apprend le Français. Après quatre années passées en Europe, il décide de rentrer au Zimbabwe, pour «mener la lutte de la liberté et de l’égalité». À son arrivée en 2002, la réforme agraire menée par Robert Mugabe se durcit, entraînant les foudres de la communauté internationale. La crise économique ternit le pays, l’inflation galope, la pénurie alimentaire commence. En 2002 déjà, les élections qui portent Robert Mugabe au pouvoir pour son cinquième mandat se déroulent dans un climat extrêmement violent.

Six ans plus tard, Samuel Farai s’appelle Comrade Fatso. Et il est devenu l’un des plus grands poètes du pays, internationalement reconnu. Son blog (www.comradefatso.vox.com), repris par les médias étrangers, est devenu le symbole de la lutte contre le pouvoir zimbabwéen. Il y décrit les rues remplies de chômeurs, les militaires, «l’espoir, la colère, la résistance, la tristesse. Puis l’espoir encore» des dernières élections du 29 mars, où Robert Mugabe s’accroche au pouvoir comme à son dernier souffle.

Samuel Farai Monro est blanc. Un détail qui n’en est pas un dans l’ancienne colonie britannique, qui a décidé de faire la guerre aux injustices héritées de l’histoire. Sa couleur de peau peut surprendre dans un pays, où les Blancs ne sortent ni de leur voiture ni de leur ferme. Mais le poète se revendique avant tout comme Zimbabwéen. Il parle Shona, la langue traditionnelle africaine, une ouverture d’esprit rare dans ces pays d’Afrique australe. Son personnage, son nom et sa musique incarnent cette double culture, ce double héritage que personne, au Zimbabwe, n’a jamais réussi à assumer. On déteste les Anglais, mais on soutient l’équipe d’Arsenal. Les Blancs, eux, se revendiquent fièrement Africains, mais ne se mélangent pas aux «locaux».

Dans ses slams, Comrade Fatso revendique l’héritage de la musique traditionnelle, malgré sa couleur de peau. Il mixe Anglais et Shona. Il associe hip-hop, jazz et mbira, l’instrument ancestral. Il s’inspire du célèbre poète zimbabwéen Dambudzo Marechera, mort en 1987. Certains y verront une pure provocation. Noir, exilé à Londres, Marechera écrivait sa haine contre Ian Smith, fondateur de l’Etat raciste de l’ancienne Rhodésie du Sud.
 
 

Extraits de l'album, House of Hunger de Comrade Fatso et Chabvondoka

Bread and Roses


MaStreets





INTERVIEW


En quoi consiste votre blog?



Comment s'exprime votre opposition au régime actuel?




Quelle a été l'évolution du Zimbabwe ces dernières années?



Propos recueillis par Sophie Bouillon.




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MaStreets

« You wanna chain me, you wanna contain me
You wanna chop off my head and de-brain me
You want me to develop this « Yes Comrade » mentality
All in the name of your supposed unity.
Well, listen shamwari, my mind decides to be free
So through you control the police, the army, the TV and most society
You can’t control the hearts of humanity
You can’t control the desire for equity
Cos you can beat our bodies but our minds will be free
I said you can beat our bodies but our minds will be free. »


« Vous voulez m’enchaîner, vous voulez me retenir
Vous voulez me décapiter, nettoyer mon cerveau
Vous voulez que j’adhère à cette mentalité du « Oui Camarade »
Au nom de votre soi-disant unité.
Et bien, Shamwari, Monsieur, mon esprit a décidé de rester libre
Même si vous contrôlez la police, l’armée, les médias, et la majorité de la population
Vous ne pouvez contrôler le cœur de l’humanité
Vous ne pouvez contrôler le désir d’égalité
Parce que vous pouvez frapper nos corps, mais nos esprits resteront libres,
J’ai dit : vous pouvez frapper nos corps, mais nos esprits resteront libres. »





Comrade Fatso sera en France pour le championnat mondial de Slam, qui aura lieu du 27 au 31 mai à Bobigny. Le programme est disponible, ici (.pdf).




BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR



Sophie Bouillon termine sa formation de journaliste à l'ESJ de Lille. Elle a collaboré pour La Croix, Jeune Afrique, lemonde.fr et pour Radio France. Elle connait bien l'Afrique australe pour y avoir vécu pendant 6 mois - c'est de là que vient son envie de journalisme.



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Publié dans : Les reportages du blog - Par XXI
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