Alors que les mines du Katanga sont au cœur des convoitises (voir le reportage de Colette Braeckmann), la population de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est victime d’un conflit
qui n’en finit pas. Coralie Lechelle, la responsable des programmes de Médecins sans Frontières dans le pays y est allée en mai dernier. Pour le blog de XXI, elle raconte.
INTERVIEW
Quelle est la situation aujourd'hui?
Coralie Lechelle : Le processus de paix initié en 2002 a abouti à l'élection d'un président, Joseph Kabila, dans des conditions plutôt bonnes. C'était à la fin 2006. De nombreuses régions du
pays ont été pacifiées, notamment l'Equateur (au nord), et le Katanga (au sud est). Mais une grande partie de l'est du pays est toujours le théâtre de nombreuses violences. C'est le cas du Nord
Kivu et du Sud Kivu, deux régions très densément peuplées qui sont au coeur du conflit congolais depuis plus de dix ans.
Les populations civiles y sont victimes d'affrontements entre les forces armées congolaises soutenus par les casques bleus des Nations unies (MONUC) et de nombreux groupes armés. La situation est
extrêmement complexe et mouvante.
Selon la MONUC, plus de 200 incidents ont été comptabilisés dans l'est de la RDC rien que pendant les deux dernières semaines de mars.
Camp de déplacés à Nyanzalé
Miljena Dukanovic/MSF
Comment se traduit cette précarité?
Coralie Lechelle : La population civile est la première victime des violences, les groupes armés s’en prenant à leurs ressources et leur nourriture. Elle continue de fuir.
Depuis le début de l'année, plusieurs dizaines de milliers de Congolais ont été déplacés. Beaucoup vivent actuellement dans des camps, non loin des frontières rwandaise et ougandaise. Les
mouvements de populations dans la région sont anciens, mais cela ne fait qu'un an et demi que les personnes déplacées se sont regroupées dans des camps. Elles convergent vers les sites où les
casques bleus ont monté des bases afin d'y trouver la sécurité. L'accès à l'eau potable est un problème majeur, de même que l'équipement des familles en biens de première nécessité et l'accès à la
santé. Depuis quelques semaines, ces déplacés font face à une épidémie de choléra et une épidémie de rougeole. Les cas de viols sont extrêmement nombreux : entre février et avril, nous avons pris
en charge 1280 victimes de violences sexuelles, et plus de 550 nouveaux cas en mai.
Comment travailler dans ces conditions?
Coralie Lechelle : Il arrive que les combattants, et parfois également les civils, nous confondent avec les casques bleus et cette confusion entre humanitaires et militaires est dommageable.
Mais les incidents, vols, braquages... sont réguliers. Le risque est un élément avec lequel doivent vivre nos employés. Il peut arriver que les humanitaires soient perçus comme de riches
colonisateurs ou comme des espions dont la priorité n'est pas la fourniture d'aide. Souvent, ce sont simplement nos ressources qui attirent les groupes armés. C’est pourquoi il est essentiel
d’expliquer ce que nous faisons et quel est le sens de notre mission.
Tente d'isolement pour les rougeoleux à Nyanzale.
Miljena Dukanovic / MSF
Vous vous êtes rendue dans la région en mai dernier. Qu'en
retenez-vous?
Coralie Lechelle : J’ai surtout été choquée par les regroupements de populations. C’est un élément nouveau, parce que pendant longtemps, les déplacements se faisaient à proximité des
villages et, étaient en général, de courte durée. Ces populations étaient accueillies dans des familles des villages voisins. Aujourd’hui, ces mêmes voisins sont eux aussi déplacés, et ne peuvent
plus accueillir des nouvelles familles. Les conditions de vie dans les camps de déplacés sont extrêmement précaires : les habitations font 2 à 3 m² pour une famille de 5 à 6 personnes en moyenne,
elles n’ont pas accès à leurs champs, à l’eau potable, il y fait froid la nuit …
Quelle est la situation dans les autres régions de l'est de la
RDC?
Coralie Lechelle : Partout, les conditions sanitaires sont très précaires, la guerre ayant mis à mal un système de santé structurellement déficient. Mais au Katanga par exemple, un calme
relatif prévaut. Il y a toujours des incidents, notamment liés à la mise en place d'une armée unifiée, par l'intégration des anciens combattants des différentes factions. Mais nos interventions
sont surtout liées aux épidémies. Nous venons par exemple de répondre à une épidémie de choléra à Lubumbashi, la capitale, et à Likasi, une ville de 400000 habitants. En Ituri, à la frontière avec
l'Ouganda, les opérations de désarmement donnent encore lieu à des affrontements violents. Les différents groupes armés continuent de défendre leurs propres intérêts et leur lutte pour le contrôle
d'un territoire s'accompagne souvent d'exactions sur les populations civiles et de pillages.
Propos recueillis par M.N.
Pour faire connaître ce reportage autour de vous:
Cliquez ici.