Journaliste, auteur et documentariste basé à New York, Anthony Lappé est l'auteur de Shooting War, une bande dessinée d'anticipation consacrée à la guerre en Irak en 2011. Il sera l'un des
participants de la Table ronde sur la BD reportage organisée par XXI dans le cadre du Prix Bayeux - Calvados 2008, le 10
octobre. Pour le blog, il revient sur la genèse de Shooting War et sa vision du journalisme.
Vous avez une formation de
journaliste. Pourquoi écrire un récit graphique comme "Shooting War" ?
Ce livre est en partie inspiré de mon documentaire en Irak,
Battleground : 21 Days on the Empire's Edge. J’y étais alors que l'insurrection commençait à gagner en puissance. A la fin de ma
traversée du pays, je me suis trouvé au cœur du triangle Sunnite. Je voulais interviewer le lieutenant-colonel Nate Sassaman. Ancien quarterback (NDLR : joueur de football américain) et ancien de
l’université militaire de West Point, cet homme était devenu une légende pour ses hommes. Après avoir nié les accusations de violences portées contre son unité, Nate Sassaman a explosé de
frustration: "
Ma vie est un film surréaliste. Chaque jour, je me réveille et me retrouve dans un film". (NDLR : Sassaman a plus tard démissionné pour avoir tenté de couvrir le meurtre d'un
adolescent irakien par deux de ses hommes).
Ce propos m'a marqué. Revenu aux Etats-Unis, j'ai commencé à ébaucher une histoire. Toute guerre est surréaliste, mais le conflit irakien est le plus surréaliste de notre époque. Des centaines de
milliers de jeunes ados - branchés sur Playstation, incapables de placer l'Irak sur une carte, et moins encore d'expliquer la différence entre chiisme et sunnisme – ont été plongés dans des siècles
de haine et de conflit. Le personnage central de
Shooting War, Jimmy, n'est pas très éloigné de ce qu’était Sassaman : un Américain sans-gêne, une grande gueule pour qui tout a toujours
été facile – les filles, les amis...
Pourquoi avoir opté pour l’anticipation dans votre récit ?
J’ai déjà réalisé un documentaire sur mon voyage en Irak. Situer
Shooting War en 2011, c’était comme tenter une expérience: prendre les gros titres des journaux d’aujourd'hui et envisager
leur évolution. "Mon" futur n'est pas joli. Imaginez les mauvaises nouvelles multipliées par dix, onze...
Pensez-vous qu'un récit graphique soit
plus efficace qu’un récit traditionnel?
Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est qu’aux Etats-Unis, plus personne ne lit de récits ou de romans. La bande dessinée, elle, peut atteindre des jeunes gens trop occupés à s'exploser les uns les
autres dans les jeux vidéos.
Votre récit graphique a été plutôt bien accueilli, non ?
Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les critiques de
Shooting War ont été excellentes, du
Village Voice, au
Financial Times. La préparation d'une mini-série pour la
télé est en cours.
Dans Shooting War, le
reporter est issu du milieu internet. C’est là qu’est l’avenir du journalisme, selon vous ?
J'ai un grand respect pour les standards du journalisme traditionnel. J'ai travaillé pour le
New York Times et pour d’autres publications. Et j'ai un respect tout particulier pour les
correspondants de guerre.
Blogger moi-même, je gère un site Internet de bloggers et je suis un défenseur acharné du "journalisme citoyen", mais j'ai un problème avec la culture Internet : son nombrilisme et son manque
d'ouverture. Il est faux de penser qu’on peut tout comprendre du canapé du salon, ou pire, du Starbuck au coin de la rue.
Propos recueillis par M.N.
Anthony Lappé est également le créateur et le rédacteur en chef du site alternatif d'informations
Guerrilla News Network. Son livre
Shooting War
paraît aux éditions
Les Arènes, le 9 octobre.
Tous les renseignements sur la Table Ronde "La BD - Reportage" sont disponibles sur le site du
Prix Bayeux-Calvados.
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