Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /2009 10:45

Editorial

Avec ce numéro de janvier, XXI fête sa première année. C’est un cap important : moins d’un tiers des revues et des magazines existent encore un an après leur lancement. Le pari était osé : offrir le meilleur du journalisme, prendre le temps de ciseler des enquêtes, vivre du seul soutien des lecteurs, sans publicité.

A l’heure du bilan, plus de 140.000 exemplaires de XXI ont déjà été vendus. La livraison d’automne, Destins d’Afrique a été réimprimée, comme l’avait été notre premier numéro Russie : le dollar ou le marteau. Le coffret de fin d’année, rassemblant les quatre volumes, est un succès. Au final, la diffusion moyenne s’établit à 35.000 exemplaires dont 2.000 abonnements. Le pari est réussi.

Cette aventure tranche avec les diktats du moment. Elle est riche d’enseignements. Un premier constat : même s’il n’est pas ce consommateur décrit par les régies publicitaires avec sa « segmentation socioprofessionnelle », ses « attentes », ses « désirs » et sa « consommation d’infos », le lecteur existe. Nous discutons avec vous, nous vous écoutons, nous lisons vos courriers et courriels… Aucune règle ne se dégage : hommes et femmes, étudiants comme retraités, sans études et surdiplômés, membres d’un vélo-club de l’Ain comme les professeurs de l’Université de Washington, expatriés, francophones… Vous êtes passionnés, critiques, picoreurs, curieux, monomaniaques, généreux, sensibles. A chacun son caractère, son histoire, sa raison de nous lire. XXI est une drôle d’aventure pour des lecteurs singuliers. Et cela nous va bien comme ça.

Deuxième enseignement, un journal est une histoire qui s’écrit ensemble. L’amitié, la confiance et la fidélité ne se décrètent pas, elles se construisent. Dans la vie comme sur papier, pour trouver du plaisir à se voir, il faut avoir quelque chose à se dire. La légitimité d’un titre se conquiert à chaque parution. C’est notre rendez-vous avec vous. Nous avons encore beaucoup à explorer, à inventer. Mais déjà un pacte de liberté nous lie : la vente d’un numéro de XXI est réinvestie dans la création du numéro suivant. C’est le prix de notre échange, le gage de notre indépendance. Nous n’avons de comptes à rendre qu’à vous.

Troisième sentiment: mieux vaut porter au paroxysme ce que l’on sait faire plutôt que courir derrière des chimères. Beaucoup de rédactions misent leur avenir sur le multimédia. Comme s’il suffisait d’équiper les reporters d’une caméra-téléphone-micro dernière génération et d’un clavier high-tech, pour que ces nouveaux Shiva à cent bras alimentant à jets continu des « consommateurs d’info » rivés à leurs écrans. Illusion : les meilleurs outils du monde ne remplaceront jamais un regard, ni le temps pris à rencontrer les protagonistes d’une histoire, ni la patience de vérifier. Il faut des années pour apprivoiser les émotions humaines. Encore plus pour les restituer avec vérité. Ce talent est un travail. Il est rare et précieux.

Le reportage à la pointe sensible de Sylvie Caster sur les patients du Docteur Maure serait-il plus fort avec trois vidéos et une cinquantaine de liens Internet ? Dans quel « module multimédia » rentreraient les images de Balazs Gardi sur la vallée la plus dangereuse du monde ? L’impressionnante enquête de Jean-Pierre Perrin sur Arkadi Gaydamak, le seigneur de la guerre au cœur du pouvoir français avait-elle besoin de son et d’images? Nous ne le pensons pas. Il est des récits qui se lisent mieux en silence, le cœur tranquille, dans leur écrin de papier. Cela tombe bien : ils sont dans XXI.
 

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry



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Publié dans : La vie de XXI - Par XXI
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Commentaires

Voilà, l'autre jour, chez le sympathique libraire de mon quartier, je tombe en arrêt devant le n°5 de XXI. C'est drôle parce que, quelques mois avant, j'avais déjà vu un autre numéro... la couverture, qui m'avait marqué.
Mais son format à l'italienne m'avait fait croire que le contenu se lisait dans le sens de la longueur. Déplaisant... Alors, je n'avais même pas pas feuilleté.
On est si bête quelquefois.

Mais il existe des deuxièmes chances (c'est grâce à A_F) et donc des jours où l'on est plus téméraire que d'autres.

Mais quelques mois plus tard, toujours dans la même librairie, au même endroit, me voici a finalement la feuilleter, cette fameuse revue. Et découvrir alors que oui, cela se lit bien dans le sens de la hauteur.
Tout est beau là-dedans, d'abord la forme, le grain du papier, son odeur, les illustrations.
Et puis le fond. Quelque chose de précieux.

Mais comment ai-je pu rater un truc pareil ?
Alors rentré chez-moi, ce trésor dans mon cabas, recherche sur internet, où j'apprends, sur ce blog, qu'il existe un beau coffret : les 4 numéros précédents.
Alors forcément, mon sang ne fait qu'un tour. Retourne illico presto chez mon sympathique libraire et lui commande ledit coffret.

Mon dieu ce que cela fait plaisir de voir que de telles choses existent et qu'elles ont pu rencontrer leur public. Indépendant puisque pas de publicité.
Magnifique !

Merci

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Commentaire n°1 posté par Christophe Jacquemin le 15/03/2009 à 19h37
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Commentaire n°2 posté par cialis le 06/03/2009 à 14h44
Quelle tache sur notre front! Nous allons veiller à accomplir notre tâche du N°6 en chassant les accents circonflexes. Eh bien désolé! Et merci pour votre oeil...
Commentaire n°3 posté par laurent beccaria le 26/01/2009 à 20h47
La première fois que je l'ai vue dans XXI n°4, je n'y ai pas cru. Non, ce n'est pas possible, pas vous, il devait s'agir d'une coquille. Et puis avec la nouvelle livraison de votre magazine, j'en ai eu la confirmation.
Alors comme ça, vous aussi, vous cédez à cette faute très tendance du mauvais usage de l'accent circonflexe. Vous confondez "tâche", travail à accomplir, et "tache", saleté.

Dans XXI n°5, on trouve :
p. 36, 2ème col., 7ème ligne en partant du bas : "Un tissu tâché de sang."
p. 67, 2ème col., 9ème ligne : "Ma femme avait une tâche marron sur la jambe."
p. 68, 1ère col., 19ème ligne en partant du bas : "Une personne totalement incompétente qui lui a fait une piqûre dans sa tâche."

Et, pendant que j'y suis, à la même page, 2ème col., 17ème ligne en partant du bas : "Hé bien…" au lieu de "Eh bien".

Il faudrait que l'auteur de l'article arrête de faire confiance au correcteur automatique de son traitement de texte et que XXI demande à son correcteur de relire les textes autrement qu'en mode automatique.

A part cela, encore un numéo passionnant de bout en bout. Merci à tous (sauf au correcteur).

Commentaire n°4 posté par Captitaine Kérosène le 26/01/2009 à 15h55
Merci de vos remarques! Je réponds à votre critique. Il serait stupide de nier que des reportages multimédia peuvent être intéressants. Certains sujets s'y prêtent, certains journalistes également.
C'est le diktat du tout multimédia que nous refusons. Il existe des reportages ou des auteurs qui sont meilleurs en documentaires, en photoreportage, en BD ou en pure écriture. XXI est un espace ouvert pour eux. Nous pensons que les usages du numérique et du net vont se modifier. Mais qu'il faut d'abord pousser au paroxysme son savoir faire au lieu de niveler le tout.
Mais le débat est ouvert. Celui qui a la réponse de notre futur n'a pas encore levé le doigt! 
Commentaire n°5 posté par laurent beccaria le 13/01/2009 à 16h33
Lire XXI c'est prendre le temps. C'est s'arrêter un instant pour prendre du recul sur le monde, sur l'actualité pour mieux la comprendre et ne plus la subir.
Féliciataions !

Toutefois je trouve votre vision d'internet réductrice, la preuve selon moi d'une méconnaissance des choses formidables que l'on y trouve ainsi que de ses pratiques. Pour exemple, le site de Géo est très bien fait et l'idée de webreportage très bonne. Que dire des blogs tels que celui de Tristan Mendès France "Blogtrotters" et tant d'autres. Ah non décidemment pour le coup je ne suis pas d'accord avec vous !
Commentaire n°6 posté par Frédéric Cognard le 13/01/2009 à 15h54
Vu le dernier numéro. Commencé à le lire. C'est toujours aussi beau. et humain. Ca fait du bien.
Commentaire n°7 posté par florentin le 12/01/2009 à 22h09
Bonjour, Je trouve intéressant votre blog. J’y reviendrais. J’en ai un blog littéraire (nouvelles, récits) Bonne continuation pour la nouvelle année. S.D P.S. : Si vous le souhaiter, vous pouvez rejoindre ma « communauté de blogs », y publier vos articles et participer au FORUM de la communauté.
Commentaire n°8 posté par Michel Dubat le 11/01/2009 à 14h21
En refermant le numéro de XXI que j'ai acheté hier et dévoré presque toute la nuit, j'ai envie à mon tour de déposer un mot sur votre blog pour vous dire merci. 
Qui aurai cru qu'un jour je cocherai sur mon agenda les dates de sorties d'un journal comme des rendez-vous? Tous les magazines sont pareils. XXI c'est autre chose. La vie. La beauté des images. L'émotion. Cela fait tellement de bien!!!!!!
Je suis infirmière. Je n'ai pas fait de longues études. XXI me nourrit.
J'ai encore en mémoire tous les articles que j'ai lus. Ils vivent avec moi. On parle de l'Ukraine et du gaz, et hop je pense à M.Philipenko et son sous-marin et à Poutine maniant son "marteau sur la pointe". Je découvre l'affaire Mandoff et tout de suite je revois le reportage sur la charity business à New York, que j'avais lu incrédule au printemps dernier. Je comprends mieux à quoi servait cette comédie aujourd'hui!
Je pourrai écrire des pages, mais vous lire c'est mieux!!!
Comme je le dis à mes amis de l'hôpital, et parfois aux patients qui trouvent le temps long: XXI est un cadeau tombé du ciel. J'y mets l'entrain d'une chanson d'Higelin et je leur prête et ça marche !
Surtout ne changez rien. Restez un miracle. Etonnez-nous, encore, encore, encore. Restez vivants.
Une lectrice de 20 ans qui a découvert "son" journal en fouinant à la librairie Ombres blanches à Toulouse, en mai dernier et qui n'en revient toujours pas...
Commentaire n°9 posté par Emilie Berget le 11/01/2009 à 10h37
Tout à l'heure. 19h50.
J'ai feuilleté sur son présentoir le nouveau XXI.
Et, par hasard, cet article de Sylvie Caster.
Une sensation distincte et vivide à la lecture - rarement vue ces derniers temps.
Ressentir profondément une drôle et forte émotion.

Effectivement seul un article au long-cours peut procurer cela.

Merci d'écrire des articles qui fait sens, et qui portent loin un message, perçant le brouillard.
Une tâche indispensable que vous réalisez avec finesse et intelligence.
Commentaire n°10 posté par Vincent le 10/01/2009 à 23h56
Ces trois enseignements et la conclusion de ce billet témoignent d'une intelligence et d'une clarté de vue devenues rares. XXI représente pour tous les gens de ma connaissance qui le lisent un îlot dans un océan de facilité (facilité de recopier un dossier de presse, facilité de lancer une polémique, facilité de traiter de l'immobilier, du mal de dos ou des francs-maçons). Un îlot consistant et nourrissant. Pour ma part, chaque fois que j'ai conseillé XXI ou abonné à XXI, j'ai eu l'impression de faire un cadeau formidable, exigeant et excessivement plaisant. Merci pour votre travail extraordinaire.
Commentaire n°11 posté par Babyloner le 08/01/2009 à 15h03
vivement demain :-)

Et au passage, peut-être serait-il temps de changer la pub "sortie du n°2" et son sommaire sur l'accueil ?

Continuez !
Commentaire n°12 posté par Suricat le 07/01/2009 à 18h15

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