Mercredi 4 février 2009
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XXI a publié dans son numéro 2 un récit de Gilles Jacquier intitulé Ceux de la dernière frontière et consacré au camp
de rétention de Pavshino. Celui-ci a fermé il y a quelques semaines, l'Ukraine ayant décidé, en coordination avec l'Union européenne, de le remplaçer par d'autres, plus éloignés de la frontière.
Jeunes journalistes, Aurélie Charon, Caroline Gillet et Mathilde Goanec ont souhaité rendre compte de cette fermeture. Sur place, elles se sont heurtées aux craintes d'une population délaissée qui
côtoie les migrants au quotidien.
DIAPORAMA
Cela fait trois jours que Natalya, notre interprète ukrainienne, rencontre avec nous des migrants brisés, arrivés du monde entier jusqu'aux portes de l'Europe. Refoulés par l'Union
Européenne, bloqués dans sa région à elle. Dans le camp ukrainien de Pavshino, Natalya recueille les témoignages de ceux qui attendent depuis des mois, voire des années, une solution à leur demande
d’asile. Elle traduit les témoignages des gardes frontières, des spécialistes, la peine des uns, l’impuissance des autres. Mot pour mot, sans faire de commentaires. Le camp fermera ses portes
demain.
Le soir du dernier jour, dans la voiture qui nous ramène en ville, Natalya se retourne brusquement: «
J’en ai marre d’entendre ces paroles négatives sur l’Ukraine. Ces
conditions
de détention sont normales. Mon pays fait ce qu’il peut, Il a d’autre priorités».
«Ca m’énerve quand on dit : l’Ukraine, vous devez faire quelque chose pour améliorer les conditions des réfugiés, pour les illégaux».
Natalya n'est pas la seule à exprimer ces griefs. Dans la région, les camps dérangent. Ils alimentent les peurs et les fantasmes. Notre interprète craint les maladies : «
Si tu tombes malade en
Ukraine, tu peux rien faire, c’est fini, tu meurs»,
Les migrants suscitent aussi des convoitises. Près du centre, devant la rivière de Mukachevo, une énorme bâtisse a été rénovée, avec des financements de l'Union européenne et de l'Italie, pour
accueillir les demandeurs d’asile. Plusieurs dizaines de chambres individuelles, des salles de douche, des Télévisions écran plasma… . Le lieu est interdit d’accès aux journalistes. Non pas cette
fois, en raison de leur vétusté, mais au contraire, parce qu'ils sont trop neufs, trop propres. L’implantation de structures aux standards européens dans une région délaissée n’est pas toujours
bien reçue.
«
Ce n’est pas tant de la jalousie que de la haine parmi les habitants»
, explique Ilya Pierchak est en charge de NEEKA, une association qui vient en aide aux migrants
. Ce sont
les hommes politiques qui répandent ces idées : ‘pourquoi on donne tout ça aux réfugiés alors que dans nos foyers d’étudiants, il n’y a pas d’eau, pas de possibilité de se laver’.
De nombreux observateurs ont comparé le camp de Pavshino au centre de Sangatte, près de Calais. La différence, c’est qu’ici, les habitants qui entourent ces migrants veulent eux aussi traverser la
frontière.
Pour en savoir plus :
RFI Grand Reportage : L'Ukraine ferme Pavshino (8 janvier 2009)
BIOGRAPHIE DES AUTEURS
Aurélie Charon, 23 ans, a étudié le journalisme à New York University et Sciences Po Paris. Elle a collaboré avec le
Jerusalem Post, France Culture, RFI, ARTE info. Elle
est aujourd'hui reporter pour les programmes de France Inter.
Caroline Gillet est diplômée de l'Ecole de journalisme de Sciences Po. Lauréate du prix Daniel Pearl en 2007, elle a collaboré avec RFI, France Culture, la RTBF, ARTE info et
CNN-ibn New Delhi. Elle est aujourd'hui reporter pour les émissions de France Inter.
Diplômée de l'IUT de journalisme de Lannion,
Mathilde Goanec, 25 ans, travaille comme journaliste pigiste dans l'espace post-soviétique. Après une année de reportages en Asie
centrale, elle s'est installée en Ukraine et collabore avec
Libération,
Ouest-France,
Le Soir,
Le Temps... Pour plus d'informations sur son travail et sur
l'Ukraine,
www.reporters-est.fr.
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