Vendredi 18 décembre 2009
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L'archipel des Halligens, dans la mer du Nord, est menacé de disparition. Chaque jour, ses 330 habitants construisent à la main des digues pour se protéger de
l'inexorable montée des eaux.
Il faut attendre que la marée soit basse pour prendre le petit autorail qui mène aux Halligens, un miniscule archipel de la Mer du Nord, au large des côtes
allemandes. Les rails construits en équilibre à fleur de mer semblent percer les flots, si calmes en cet hiver naissant. A l’horizon, des gouttes de terre comme un mirage. C’est là qu’habite Ruth
Hartwig-Kruse, qui conduit le wagon pour rentrer chez elle après une journée de courses sur le continent. Elle roule sur l’eau dans un halo de bruits mécaniques.
Ruth Hartwig-Kruse rentre du continent avec ses courses.
Elle pensait que sa famille vivrait sur l'archipel jusqu'au crépuscule des temps.
Depuis trois siècles les racines de la famille Kruse courent dans ces îlots de tourbe et de boue. Ruth pensait qu’il en serait ainsi jusqu’au crépuscule des temps.
Mais le réchauffement climatique pourrait avoir sonné le glas des Halligens. Elle monte, elle monte, la mer. Elle devient insistante, envahissante, hargneuse même, à rôder inlassablement autour
des dix îles posées à raz de l’eau. « Le niveau de la mer est bien monté de 50 cm en vingt ans et tous les jours, lors des marées, elle menace un peu plus de pénétrer sur nos
champs, de tuer nos bêtes et de saccager nos cultures. De quoi vivrons-nous alors ? », s’inquiète Ruth, fière héritière d’une lignée de paysans.
Les 330 habitants des Halligens vivent d’élevage, d’agriculture et de tourisme. L’hiver, ils ramènent les bêtes à l’abri sur le continent, de peur des inondations. Ils ne sont pas de ceux
que les défis effraient. La mer leur a déclaré la guerre, ils se battront jusqu’au bout.
Chaque matin, tous les hommes des Halligens se mobilisent sur les rives de leur île. La journée du mari de Ruth, Hermann, commence à sept heures. Avec les autres hommes de son île,
Nordstrandischmoor, ils agencent une à une des pierres pour élever une digue de fortune qui enserre l’île minuscule. L’Etat les paie pour cette tâche de « protection des côtes
allemandes ». « Quand nous aurons fini de faire le tour, il faudra recommencer car le niveau de la mer aura certainement de nouveau augmenté », dit Hermann d’une voix lasse. « Nous sommes en colère parce que les responsables du réchauffement climatique ne réalisent
pas ce que c’est que de perdre la seule terre qu’on ait jamais connue. C’est comme devenir orphelin du jour au lendemain», dit-il.

La digue peut résister contre les petites marées mais, contre les « Landunter », une montée soudaine des eaux de plusieurs mètres qui intervient dix à vingt fois par an, elle ne
peut rien. Un fort vent d’ouest, des courants capricieux, une pleine lune, et soudain la mer prend possession de l’archipel, l’aspire d’un coup, à l’exception des maisons construites chacune sur
une colline artificielle de 8 mètres de haut. Quand l’océan se retire, il abandonne un dépôt de sédiments qui fertiliseront les prés salés.
« Les enfants adorent les Landunter, c’est toujours un peu la fête, comme si nous étions tous en voyage », dit Ruth. Elle aussi les aime bien, ces irruptions inattendues. Sa
maison a encore quelques mètres d’avance mais, si la mer continue de monter, il sera impossible de surélever la maison. « Il faudrait construire une nouvelle colline et cela coûte
des millions d’euros. L’Etat les a financées une fois, il ne le fera pas une deuxième fois », déplore Hermann.
L’archipel est né en 1362 des restes d’un pan de continent qui s’effondra sous une gigantesque tempête. On comptait alors une centaine d’îles. En 1720, un quart de la surface fut engloutie par la
mer puis des tempêtes et, en 1825, l’archipel fut à nouveau amputé de nombreuses de ses îles. En 1962, une grande tempête acheva de lui donner sa configuration d’aujourd’hui.
La victoire des hommes, c’est qu’ils y vivent encore.
L'AUTEUR
Géraldine Schwarz. Après dix ans d’AFP, deux prix et un ras-le-bol des conférences de presse, elle reprend sa liberté pour pouvoir se saouler de reportages. Sans
limite de temps ni d’espace. Depuis Berlin, elle s’est réinventée reporter photo, texte et caméra, en français et en allemand, avec des rêves à la Tintin plein la tête. Elle collabore avec
Arte, Deutsche Welle, la presse française et est rédactrice en chef d’un journal germano-italien en devenir Il Punkto/Der Punkt.
Publié dans : Les reportages du blog
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