Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /2010 09:01


En Cisjordanie, la fabrication des kippas fait vivre des familles entières.

Sur la route de Ramallah, aucun panneau n'indique Deir Abu Mash'al. Le village n’est pourtant pas loin. Ses façades d’immeubles craquelées, ses rues mal entretenues et quasi-désertes, sont connues. C’est là, à Deir Abu Mash'al, que se fabriquent les kippas, ces couvre-chefs portés par les juifs pratiquants.

femmesDans ce village de 3000 habitants, près de mille femmes travaillent à domicile à la fabrication de kippas.©Pierrick Bonno

Si en Cisjordanie l'artisanat tend à disparaître, ici la confection de kippas permet à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins. Pour les fabriquer, un atelier n'est pas nécessaire. Les ouvrières arabes travaillent à domicile. Sur les 3.000 habitants, “elles sont mille” à être ainsi employées, explique un élu local, Mohamed Atta.

Ce matin, sous le porche d'une maison inachevée, trois ouvrières tissent en silence, sous la surveillance des négociants qui les emploient et leur interdisent de témoigner. Le système est bien rôdé. Les marchands distribuent aux ouvrières la laine, les aiguilles et les modèles de kippa. Elles en produisent près de 1200 par semaine. Chaque pièce, revendue entre 15 et 20 dollars, leur rapporte de 3 et 5 dollars. Une fois par semaine, les négociants bénéficient d’une permission exceptionnelle pour se rendre à Jérusalem, le lieu de livraison.

Le commerce dure depuis vingt ans. “C'est la misère qui pousse ces femmes à travailler pour l'occupant”, dit Iryat, un autre membre du conseil municipal, qui souligne l’importance de ces emplois pour le village:  “Les femmes ont même continué à travailler pendant la seconde Intifada.»

“La kippa a une réelle valeur”

A Deir Abu Mash’al, la kippa – qui s’est substituée à la monnaie locale -  est devenue un moyen d’échange. “Je suis bien obligé d’accepter, dit le patron de l’épicerie. Les clients sont pauvres et la kippa a une réelle valeur”. Justement, un jeune garcon lui apporte deux kippas en échange d'une boîte de tomate concentrée.

épicierL'épicier du village accepte désormais les kippas comme monnaie d'échange.©David Segal

Année après année, le commerce s’est développé. D’abord exclusivement tourné vers le voisin israëlien, il s’est internationalisé. Les couvre-chefs s’exportent désormais aux Etats-Unis et les marchands palestiniens rivalisent d’imagination pour séduire les juifs d’Occident : kippas aux couleurs des grands clubs de foot européens ou des héros des Comics américains.  La concurrence asiatique ?  Même si le keffieh, le foulard palestinien, est désormais fabriqué en Chine, elle n’effraie pas l’épicier: “La qualité de notre travail est inégalable”, dit-il, sans doute un peu naïvement.

Le marché des kippas n'est pas près de se tarir. Des hauteurs du village, on aperçoit les gratte-ciels de Tel-Aviv qui percent. Symbole de la puissance économique israélienne, les buildings portent leur ombre sur la terre convoitée des faiseurs de kippas.

L'AUTEUR

DSCF7594 Mustapha Sandid. Enfant, du haut de mon immeuble de Clichy-sous-Bois, je rêvais de découvrir des pays lointains. Après un parcours scolaire chaotique, je décide de partir. La Californie m'accueille et m'ouvre d'autres horizons. Venezuela, Brésil, Pologne, Roumanie... Ma décision est prise, je serai journaliste. Mes études me ramènent à Paris, à l'IPJ. Avec toujours la même idée en tête : raconter les histoires de ceux que l'on veut mettre dans des cases.

Publié dans : Les reportages du blog - Par XXI
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