Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 10:48


Des milliers de passagers ont emprunté jusqu’en 1930 les vingt-trois kilomètres du chemin de fer de la Petite Ceinture de Paris. Construit au 19ème, ce réseau a ensuite servi au transport de marchandises. L’exploitation s’est terminée au début des années 90. Aujourd’hui abandonnées, les voies sont l’un des derniers terrains vierges de Paris. Promenade sur un tronçon du 20ème arrondissement.

 

« Voici l’emplacement de l’ancienne gare, à l’endroit de l’immeuble avec les arceaux, elle a été démolie il n’y a pas si longtemps ». Perchés sur le pont de la Mare qui domine la voie ferrée, les élèves du lycée Etienne Dolet de Ménilmontant écoutent distraitement leur professeur. Un rapide coup d’œil. Ils passent leur chemin. L’accès à la voie est barré par des grilles. La visite est finie. En contrebas, posés entre deux tunnels, les rails longilignes de la Petite Ceinture. Broussailles, herbes folles, la nature a repris ses droits. Le dernier train de marchandise est passé là en 1993.


A Ménilmontant, les voies passent au pied des immeubles.©Marine Vlahovic

 

 

Pour accéder à la Petite Ceinture, il suffit de trouver une brèche . Dès lors, la voie est libre et offerte. « Les promeneurs sont attirés par le rail, ils se sentent à la fois dans la ville et hors de la ville, c’est un lieu à part », explique le locataire de l’ancienne gare d’Avron, Richard Marti Vives.

 

Artiste peintre, Richard est le gardien de l’ancienne gare. Difficile : la station est bariolée de tags et graffitis. Il occupe l’atelier depuis 1991, ses tableaux pop art dorment sous les voies. Tous les jours, il emprunte le petit escalier qui mène aux rails. «  La petite ceinture, dit-il, est une cicatrice dans Paris, une jachère ».

 

Le peintre Richard Marti Vives est le gardien de l'ancienne gare.


Sur la voie, un petit groupe de promeneurs croise l’artiste. Des considérations sur les graffitis sont échangées, on se souhaite bonne chance. Les promeneurs sont partis de la porte de Charenton et veulent gagner le nord de Paris. Ils sont équipés de mini lampes de poches et de grosses chaussures, ont repéré l’itinéraire sur Internet. Explorateurs urbains, ils sont en ce dimanche en quête d’aventure et de frisson.

 

Cyril et Mathieu, deux jeunes bobos employés dans des musées sont aussi venus pour le frisson. Ils sont en train de franchir le tunnel de 1.300 mètres qui mène de la rue de Bagnolet, à Ménilmontant.

 

 

 

Dans le gouffre noir,  le silence est d’or… et de cuivre. D’anciens câbles d’alimentations dénudés jonchent le sol. Installés dans les tunnels, des camps de Roms faisaient commerce, jusqu’en janvier dernier, du précieux métal.

 

A la sortie du tunnel, la rumeur de la ville se fait à nouveau enveloppante. Sur les voies, souvent masquées par les graviers et les feuilles, s’entassent carcasses de vélo, matelas éventrés, et détritus.


 Des explorateurs urbains en quête de frisson et d'aventure parcourrent les voies. 

 

Thibault, un habitué des rails, dresse un inventaire à la Prévert de ses rencontres : « Il y a des promeneurs, des jeunes venus pour être tranquilles, des SDF, des groupes de musique ». « On ne sait jamais qui on va croiser », insiste Richard Marti Vives, le gardien de la station.

 

A deux mètres des voies, dans un recoin discret, se trouve une cahute dissimulée sous un fatras de broussailles et de tapis. « C’est ma maison, dit Victor, qui l’a construite de bric et de broc. Police pas problème, drogués pas problème, moi ici tranquille ». Roumain, Victor est SDF. Des tables et des chaises lui servent de terrasse improvisée, il vit dans un chaos organisé : « Moi maniaque ». Victor lave son linge et l’étend près des grillages de la voie ferrée.

 

 

Victor, un Roumain, s'est fabriqué une cahute dans un recoin discret.

 

A l’intérieur de sa cabane, il a l’électricité grâce à un cable relié à un panneau publicitaire de la rue de Ménilmontant. Il dispose d’un frigo et d’une télé. Ses costumes sont accrochés à la bâche qui sert de plafond. Tous les soirs, après sa journée de travail à faire le ménage, il escalade les grilles et traverse le petit bois qui mène à son repère : « Moi tranquille, depuis que police est venue et a fait partir tous les gens qui vivaient dans les tunnels ».

 

Du pont de la rue de la Mare, une dâme agée demande : « Il est pas trop dégoûtant le tunnel ? ». Puis, Marie-Paule reprend :  « Pourquoi ils en font pas une balade ? ».

 

L’avenir de la Petite Ceinture est à l’étude depuis des années. « Depuis 1993, très exactement », s’exclame Jean Emmanuel Terrier, de l’association pour la sauvegarde de la petite ceinture.

 

SDF, promeneurs, curieux de tous âges: sur la Petite ceinture, on ne sait jamais qui on va croiser.

 

Dans l’attente d’une décision, les voies restent un terrain de jeu attirant. Karim 12 ans fait le funambule sur les rails. Il trottine à côté de sa grande sœur et de ses amis. D’une voix sifflante, il demande : « Mais… c’est quoi la ceinture ? »

 

 

L'AUTEUR

 

 Marine Vlahovic a 24 ans. Elle est en contrat d'apprentissage à Radio France et au CFJ. Elle a réalisé ses premiers reportages avec un dictaphone avant de piger pour Arte Radio. Elle privilégie les problématiques sociales et a milité pour les droits des sans-papiers.
Marine est également l'auteur des photos de ce reportage.


Publié dans : Les reportages du blog - Par XXI
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