Les Chinois de Paris investissent dans les bars PMU, traditionnellement tenus par les Auvergnats.
En quelques mois, le café PMU Diplomate, près de Bastille, s'est enrichi de statuettes en faïence et de fleurs en tissu. Comme dans des dizaines d’autres cafés parisiens, un propriétaire Chinois a remplacé le traditionnel patron auvergnat.
Longtemps, les « bougnats », les Auvergnats « montés » à Paris dans le quartier de Bastille pour travailler le charbon ont tenu les cafés populaires. Les deux métiers allaient de pair. C’est au bar du coin que l’on se fournissait en charbon. Aujourd'hui, le quartier de la Bastille s’est embourgeoisé. Les prix ont grimpé et de nombreux Auvergnats, enrichis après des années de dur labeur, tiennent ou travaillent désormais pour de grandes brasseries ou des restaurants de cuisine fine.
Issus de la deuxième ou la troisième génération, des Chinois ont racheté à tour de bras les bars PMU. Vivant le plus souvent en autarcie, parlant peu le français, ceux-ci n’étaient a priori pas les mieux placés pour s’improviser patrons de cafés. C’était sans compter leur goût d'entreprendre. Les anciens restaurateurs ou chauffeurs de taxi évoquent un « atterrissage » quand ils parlent de leur nouveau travail. S’occuper d’un café leur permet de travailler en famille à des horaires normaux, tout en échappant à la concurrence en vigueur dans le textile.
Longtemps les métiers de cafetier et bougnat sont allés de pair: on se servait en charbon au café du coin. Cette peinture se trouve
dans le café restaurant auvergnat "Le Bougnat", dans le 17ème.
En Asie, les jeux sont rois. Dans les bars parisiens, le tiercé est en majesté. Les nouveaux propriétaires ont, en effet, vite compris leur intérêt : à la différence des adeptes des « loteries », qui la plupart du temps ne font que passer, les « turfistes » suivent les courses et consomment. Ils sont donc choyés. Au Diplomate, le patron a installé une télévision qui passe en boucle les courses et les résultats.
Trop timides, certains échouent à fidéliser leur clientèle et ferment boutique en peu de temps. D'autres embauchent en dehors de la communauté asiatique des serveurs. Ils sont là pour discuter avec les clients. Au Soleil Levant, M. et Mme Wang en ont recruté deux.
Comme beaucoup de Chinois de Paris, le couple vient de la province de Zhejiang, une riche région côtière qui, depuis des décennies, commerce avec le monde. Le grand-père de Mme Wang est arrivé en France en1979, la famille l'a rejoint.
Ici, la patronne se fait appeler Sophie. Elle a le bagout d'un pilier de bar et ne craint pas les clients éméchés : « Au bout de quatre verres achetés, le cinquième est offert par la maison ».
Les Auvergnats, toujours majoritaires dans le secteur des brasseries, s'inquiètent de l’arrivée de ces nouveaux venus, qui leur rappellent des souvenirs. La tontine des Chinois, le parrainage financier entre parents ou amis, n'est pas sans évoquer le patronage des Tafanel ou des Etablissements Richard, ces brasseurs auvergnats qui sponsorisaient jadis les nouveaux arrivants.
« La tontine n'offre plus la même capacité d'investissement qu'avant. Malgré la solidarité de la communauté chinoise, les gens ont peur que leurs amis ne les remboursent pas», regrette néanmoins Kuan Tso Ling, président de l’association des restaurateurs et cafetiers asiatiques, et l’un des premiers Chinois à avoir ouvert un restaurant à Paris en 1969.
Kuan Tso Ling a demandé à chaque adhérent de son association de recruter quinze personnes. Il vise les 400 adhésions d'ici la fin de l'année.
Peggy Corlin. Née à Marseille, je me
suis rapidement expatriée à Bruxelles, après un diplôme en droit communautaire. J'ai commencé le journalisme en suivant un des correspondants français en poste sur place. D'abord pigiste pour un
site anglais d'information sur l'Europe, Eupolitix.com, j'ai ensuite travaillé pour le quotidien belge la Libre Belgique. De retour en France depuis 2007, je collabore à la presse
spécialisée autour des questions européennes, tout en écrivant dans la presse papier et web sur des sujets de société.