Mercredi 22 avril 2009
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Les élections générales sud-africaines ont lieu aujourd'hui. Jacob
Zuma, le candidat de l'ANC, a toutes les chances d'être élu. Dans le numéro 2 de XXI (printemps 2008), Dominique Lorentz publiait ce Flashback
éclairant:
Juin 2005 : Accusé de corruption, Jacob Zuma est limogé de la vice-présidence sud-africaine
Aujourd’hui : Candidat investi par l’ANC, il est en mesure de remporter l’élection présidentielle
Jacob Zuma, 65 ans, a été désigné, en début d’année, candidat à l’élection présidentielle de 2009 par l’ANC, parti majoritaire en Afrique du Sud. Le leader noir venait pourtant tout juste d’être
inculpé de corruption, fraude, blanchiment, racket et évasion fiscale. Quelques années plus tôt, il avait déjà été impliqué dans la même affaire, portant sur des commissions dans le cadre d’un
contrat de vente d’armes. Limogé de la vice-présidence en 2005, il était considéré depuis lors comme politiquement mort.
L’histoire commence en juin 1999 avec l’élection à la présidence de la République de Thabo Mbeki, successeur de Nelson Mandela à la
tête de l’ANC. Il prend pour vice-président Jacob Zuma, leader de l’aile gauche du parti. Puis il annonce la
création d’une unité spéciale chargée de lutter contre le crime organisé et la corruption. Baptisée les Scorpions, elle est composée d’enquêteurs formés par le FBI.
Au mois de septembre suivant, l’Afrique du Sud commande pour 40 millions de dollars d’armement : avions, hélicoptères, bateaux, sous-marins... Un gigantesque
contrat est conclu avec l’entreprise française Thales (ex-Thomson). L’intermédiaire est le conseiller financier de Jacob Zuma, Shabir Shaik, un homme d’affaires actionnaire de plusieurs sociétés
d’armement.
Dès novembre 2000, le marché est dans le collimateur des Scorpions. En janvier 2001, Jacob Zuma, soupçonné d’avoir perçu une
commission, est entendu par les enquêteurs. L’information est révélée un an et demi plus tard par l’hebdomadaire The Mail and
Guardian, qui publie une lettre faisant état d’une proposition de « protection
politique » faite par Jacob Zuma à Thales, en échange d’un pot de vin. Signée de l’ancien représentant de Thales à Prétoria, Alain Thétard, elle
n’est pas authentifiée mais provoque une tempête médiatique.
Une affaire de viol
En 2003, le procureur général, également patron des Scorpions, Bulelani Ngcuka, annonce qu’il abandonne les charges contre Jacob Zuma
: « Il y a, à première vue, des raisons d’accuser de corruption le vice-président, mais nos perspectives de succès ne sont pas assez
fortes ». En résumé, « le vice-président est corrompu, mais il se pourrait bien que nous ayons du
mal à le prouver », commente le Weekend Argus, tandis que le
quotidien The Star estime qu’on assiste à un « bras de
fer » entre les deux poids lourds du parti au pouvoir.
En 2004, l’ANC remporte les élections. Thabo Mbeki démarre un deuxième mandat, avec Jacob Zuma pour vice-président. En juin 2005,
Shabir Shaik est reconnu coupable de corruption et condamné à 15 ans de prison. L’ancien conseiller aurait payé
1,3 million de rands (160 000 euros) de pots de vin à Jacob Zuma entre 1995 et 2001. Il aurait aussi négocié un accord prévoyant le versement, par Thales, de 500 000 rands (60 000 euros) annuels
au vice-président. Thabo Mbeki prend la décision, « dans l'intérêt du pays », de relever le
vice-président de sa fonction. Une semaine plus tard, Jacob Zuma est inculpé de corruption. « Zuma est fini ! » titrent les gazettes. Son procès s’ouvre en octobre et s’achève, en septembre 2006, par un abandon des charges à la faveur d’un vice de
procédure.
En parallèle, il est acquitté dans une affaire de viol après avoir expliqué que la plaignante était « en demande » et que « dans la culture zouloue, une femme en demande doit
être satisfaite ». Il scandalise en racontant qu’il savait la jeune femme séropositive, mais qu’il n’a pas utilisé de préservatif car il n’en avait
pas « sous la main ». « Pour limiter les risques,
j'ai pris une douche complète après », précise-t-il. La presse se déchaine ; le plus célèbre caricaturiste, Zapiro, prend l’habitude de le
dessiner avec une douche au-dessus de la tête. A part ses fidèles soutiens de l’aile gauche de l’ANC, plus personne ne croit en son avenir politique.
Il fait pourtant un retour fracassant. Demeuré vice-président de l’ANC, il se fait élire à la présidence du parti le 18 décembre
2007, avec 60% des suffrages. Deux jours plus tard, le procureur général, Mokotedi Mpshe, prévient sur la radio 702 qu’il a « suffisamment d’éléments pour le déférer en justice ». En retour, Jacob Zuma, dont les proches tiennent désormais les postes clés de l’ANC et du gouvernement, annonce le démantèlement des Scorpions, décision approuvée par
le ministre de la sécurité.
L’inculpation pour corruption tombe le 28 décembre. Le 8 janvier, le comité exécutif de l'ANC « confirme que son président mènera la campagne du parti lors des élections de 2009 », en dépit de son inculpation. Le
procès doit s’ouvrir le 14 juillet prochain, à moins que les charges ne soient abandonnées, faute de preuves. Jacob Zuma a déposé mi-février un recours pour empêcher l'utilisation, par
l’accusation, de documents compromettants saisis lors de perquisitions à ses domiciles. Le jeu reste ouvert.
Dominique Lorentz
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