Mardi 13 mai 2008
Anne-Marie Tabart est cigaloise et ancienne adjointe au maire de Saint-Hippolyte. Citée dans le reportage de Sylvie Caster pour le numéro 2 de XXI, consacré aux «Orphelins de Saint-Hippolyte», elle réagit.
Qu’avez-vous pensé du reportage de Sylvie Caster ?
Le reportage est vraiment intéressant et retrace très honnêtement ce qu’il y a à dire sur Jallatte. Le vécu des gens est fidèlement rendu, de même que la réalité de ceux qui ont approché Pierre Jallatte et l’usine. Sylvie Caster est vraiment rentrée dans l’histoire de l’usine. Le lecteur ne peut que s’en imprégner. D’ailleurs, le récit «existe» au niveau local. Les gens se le sont appropriés, ils en discutent.
Aujourd’hui, les cadres de l’usine n’habitent pas dans le village, et suite à la relocalisation des ouvriers licenciés de l’usine Jallatte d’Alès, le centre de Saint-Hippolyte ne compte effectivement plus qu’une vingtaine de Cigalois. Il n’y aura vraisemblablement plus d’embauches.
Il faut se tourner vers l’avenir, promouvoir l’emploi sur la commune et la communauté de communes (Cévennes - Garrigue) avec la "ZAC des batailles" mais pas seulement. La proximité avec Alès, Montpellier, Nîmes, en fait une zone intéressante, notamment pour le secteur tertiaire. Les trois candidats aux dernières élections municipales partageaient ce point de vue : Jallatte devait être soutenue, mais ce n’est pour autant qu’il fallait s’endormir dessus.
Que reste-t-il de Jallatte aujourd’hui ?
Le souvenir de M. Jallatte restera, mais la ville souhaite se projeter sur d’autres horizons. Sa figure reste forte. Il «était» la ville. Il en reste quelque chose, notamment chez ceux qui sont toujours employés de l’usine : tant qu’ils seront là, l’usine existera. Il y a comme un esprit de résistance. L’usine était un fleuron, et tous ont participé à ce succès. Les salariés étaient plutôt bien payés, les gens se seraient battus pour travailler chez Jallatte. Il y a de la fierté chez les ouvriers, et les Cigalois partagent ce sentiment.
N’est-ce pas un peu idyllique comme vision ?
Aujourd’hui, beaucoup d’employés ont retrouvé des emplois, certains se sont installés à leur compte, alors que d’autres ont dû aller travailler plus loin, ou ont déménagé. Saint-Hippolyte n’est pas moribond. La plupart des gens ont pris conscience de l’impuissance des pouvoirs publics face aux mutations de l’économie. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour défendre l’usine et l’emploi. Par respect, pour des questions de racines et de patrimoine, le combat pour Jallatte a été celui d’une vie, celui d’une ville.
Propos recueillis par M.N.
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publié dans :
La vie de XXI
par XXI
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